Magazine Beaux Arts

La critique d'art et la putain*

Publié le 22 mars 2008 par Anne Malherbe
(* titre copyrighté par un commentateur anonyme que, bien qu'il ait été la source d'inspiration de cette nouvelle note, j'ai dûment censuré)
Hier, c'était jour d'équinoxe, peut-être était-ce aussi la pleine lune, à moins qu'il n'y ait eu conjonction de Mars et de Saturne, ou bien alors soufflait-il un vent mauvais.
Quoi qu'il en soit, hier, "on" est venu se déchaîner sur ce blog. (Oui, "on", car il s'agissait notamment d'un ou deux anonymes).
Mais cela m'a donné l'occasion d'une petite réflexion.
On me fait en effet le reproche, notamment, d'allier des fonctions de critique d'art à des fonctions de "commerciale" (je cite).
Pourquoi? Parce qu'il se trouve que je conseille aussi des collectionneurs sur des acquisitions d'oeuvres.
A vrai dire, qu'être "commerciale" revienne à être "putain" relève de considérations idéologiques dont la portée me paraît plus que limitée. Mais après tout, pourquoi pas, et qu'importe. Les putains, les commerçants et l'argent font pleinement partie de l'histoire de l'humanité (faite, avant tout, d'échanges ...).
Mais surtout, si mon rôle de critique d'art est de défendre les artistes, il me semble que faire en sorte que leur oeuvre intéresse des collectionneurs est l'un des meilleurs moyens de tenir ce rôle.
(NB: les critiques d'art n'étant pas des êtres angéliques, ils sont payés pour leurs textes, en quoi ils ne sont pas moins commerçants que d'autres).
Enfin, n'ayant d'actions dans aucune galerie, et ne prenant de commission auprès d'aucun artiste (c'est auprès des collectionneurs eux-mêmes que la commerciale que je suis vend ses services)**, je suis entièrement libre de mes choix et les oriente en fonction de critères liés aux oeuvres elles-mêmes.
(** et ses charmes).
D'autre part, certains sont choqués, peut-être, par le fait que désormais je parle rarement d'oeuvres sans annoncer leur prix. Mais à moins de considérer l'art dans la perception éthérée et absolue qu'en donnent les salles blanches des musées et quelques vestiges de romantisme, je ne parviens pas à comprendre en quoi l'art et l'argent seraient incompatibles.
La question est de savoir si l'on considère que l'art a une valeur — ou pas —, c'est-à-dire s'il peut être objet d'échange — ou doit moisir, orgueilleusement protégé au fond de l'atelier.
Or il y a d'une part la valeur que l'amateur, l'historien , le critique, l'artiste (qui crée en regardant l'histoire de l'art), le collectionneur donnent par leur jugement.
Mais il se trouve aussi que le collectionneur (qui peut être aussi critique d'art) et le musée (où travaillent des historiens de l'art) achètent les oeuvres. Il se trouve qu'une oeuvre ne vit pas sans être vue, sans circuler, sans être échangée. Et il se trouve enfin que la seule monnaie d'échange dont notre société (dont l'histoire est brève, certes) ne soit pas encore parvenue à se passer, c'est l'argent. Que l'on considère qu'une oeuvre d'art n'a pas de rapport à entretenir avec l'argent, revient à l'estimer sans valeur.
Les Medicis étaient banquiers —et, que je sache, on s'en réjouit encore.
(Image: John Avelluto, Monsta, 2005, courtesy de l'artiste et Regis Kempf Gallery, NY)

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