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Envers du décor aux Etats-Unis

Par Borokoff

A propos de Summertime de Matthew Gordon ★★★☆☆

William Ruffin - Summertime de Matthew Gordon - Borokoff / Blog de critque cinéma

William Ruffin

Robbie Hendrick, 14 ans (presque 15), vit avec son demi-frère Fess, plus jeune que lui, et sa grand-mère dans un village du Mississipi. L’année scolaire vient de s’achever. La chaleur est écrasante. Robbie traine avec Fess dans les champs, erre près d’une station-essence. Les autres élèves l’apprécient peu. Lorsque son proviseur lui propose, en échange de son passage au lycée, qu’il écrive une rédaction sur un sujet qui lui tient à cœur, Robbie ne répond rien mais sait qu’il a d’autres problèmes en tête. Il attend le retour hypothétique de sa mère qui les a abandonnés. Lorsque son grand-frère Lucas rentre à la maison, Robbie croit de plus belle à une reconstruction de leur famille. A l’inverse de Lucas, beacoup plus pessimiste…

Premier long-métrage de Matthew Gordon, qui a beaucoup œuvré dans le documentaire pour la télé américaine, Summertime (The Dynamiter en anglais) est une chronique touchante. L’histoire simple d’un adolescent livré à lui-même et qui veut croire au retour de sa mère et à la réunification de sa famille, lui qui n’a jamais connu son père.

Pas d’artifices dans la mise en scène ni la narration de Gordon, mais une manière d’aller droit au but, à l’essentiel dans ce qu’il veut raconter. On sent, dans la manière réaliste de filmer caméra à l’épaule, l’empreinte du documentaire sur Gordon.

Summertime de Matthew Gordon - Borokoff / Blog de critque cinéma

La mise en scène, sobre, épurée, peut s’appuyer sur un acteur non-professionnel, William Ruffin, qui porte le film de bout en bout. Omniprésent à l’écran, Ruffin campe un jeune homme au caractère fort mais qui doit s’occuper de tout tout seul, de son demi-frère, de sa grand-mère, du chien et de la maison en l’absence chronique de son grand-frère et celle, permanente, de sa mère. Robbie est un battant mais comme tous les adolescents de son âge, il porte en lui une part de naïveté et veut croire à des retrouvailles familiales qui paraissent pourtant lointaines voire impossibles.

William Ruffin a été bien choisi comme acteur. Son physique se prête parfaitement à l’évolution de son personnage. Trapu, Ruffin a des gros bras et les traits du visage un peu lourds. On pense que c’est un adolescent « limité » au début du film, ce que semble penser aussi ses camarades de collège, mais il s’avère être en fait un jeune homme réfléchi qui doit gérer concrètement une situation qui le dépasse pourtant complètement. Sa mère n’étant pas là, il doit mentir aux Services Sociaux. Lorsque Lucas, son grand-frère, revient à la maison, Robbie croit un temps que les choses vont aller mieux, mais Lucas est un fardeau de plus. Ancien espoir du football, c’est un trentenaire paresseux qui végète, obligeant Robbie à travailler dans une station-essence pour subvenir aux besoins de la famille. Mais a-t-il le choix pour nourrir cette famille diabolique, lui qui ne peut compter sur aucun de ses membres ?

Robbie n’est pas un intellectuel, certes, mais un garçon qui a grandi trop vite. La maturité, l’expérience qu’il a acquises ont forgé son caractère mais aussi accéléré sa croissance, lui qui parle comme un adulte et donne des leçons de morale à son grand-frère à 15 ans.

Au fur et à mesure que la situation évolue et que les choses périclitent, Robbie mûrit. Il délaisse ses rêves de famille réunie, comprenant qu’elle est synonyme chez les Hendrick d’échec et de désillusion, et décide de penser d’abord à lui pour s’en sortir. L’impératif pour lui est désormais de se réaliser et de s’accomplir lui-même avant de penser aux autres. Tout cela est bien amené dans le film et subtilement raconté. Summertime est le portrait réussi et finalement plutôt optimiste d’un jeune homme qui réalise, en même temps qu’il passera par des expériences et un apprentissage cruels de la vie, que sa seule chance pour s’en sortir est de travailler dur.

Malgré cela, l’expression au départ dure, tendue du visage de Ruffin laisse peu à peu place à des sourires retrouvés d’enfant qu’il est resté au fond de lui. Ce qui rend le jeu du jeune acteur assez émouvant. Une douceur nouvelle apparait à la fin du film sur ce visage, non pas de la sérénité, mais une forme de libération peut-être malgré les pertes que Robbie a subies et des manques affectifs irréparables. Robbie a surtout compris que la vie commençait avec la fin ou plutôt le renoncement à des utopies familiales.

Si le jeu du jeune acteur américain est la principale force du film, le scénario mêle habilement en voix-off des passages d’une rédaction que Robbie aurait pu écrire au proviseur sur sa vie mais qu’il n’écrira pas. Ce sont ses pensées intimes, comme un journal personnel où il confierait toutes ses épreuves, ses espoirs et ses désillusions. Et cette bonne idée de scénario contribue à rendre le film émouvant, malgré certaines maladresses dans l’omniprésence de la musique et des compositions de Casey Immoor.

Reste une belle découverte et un film indépendant américain qui montre l’envers du décor dans une Amérique profonde qui a cessé depuis longtemps de croire à l’American Dream

http://www.youtube.com/watch?v=_TlyEE4V4bg

Film américain de Matthew Gordon avec William Ruffin, John Alex Nunnery, Patrick Rutherford, Ciara McMillian (01 h 13).

Scénario de Matthew Gordon et Brad Ingelsby  :

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Mise en scène : 

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Acteurs :

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½
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Dialogues : 

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Compositions de Casey Immoor :

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