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Espace et défense (P. Pascallon et St. Dossé)

Publié le 10 juillet 2012 par Egea

Voici un ouvrage passionnant à la suite d'un colloque qui s'était tenu le 15 novembre 2010 et qui avait réuni une assistance nombreuse. J'y étais, et un de mes textes se trouve dans le recueil. Pour ne pas courir le reproche de subjectivité, je publie les recensions qui en ont été données dans la RDN (eh! oui, il y en a deux....).

Espace et défense (P. Pascallon et St. Dossé)
source

O. Kempf

Pierre Pascallon et Stéphane Dossé : Espace et Défense ; Éditions L’Harmattan, 2011 ; 259 pages. 24,7 € la version papier, 19 € la version numérique

Qui aurait eu le bon goût d’accueillir, année après année, les recueils que Pierre Pascallon a consacrés à la défense se serait constitué une belle bibliothèque, ce livre est le 33e de la série. Comme à l’habitude, il s’agit des actes d’un colloque, tenu à l’Assemblée nationale le 15 novembre 2010. Le thème est d’importance, son actualité évidente, les perspectives qu’il ouvre… eschatologiques. Le plan, en trois parties, est d’une logique séduisante : militarisation de l’espace, une réalité ; arsenalisation, un projet ; gouvernance, un rêve. En bon universitaire, M. Pascallon nuance aussitôt le partage, la ligne qui sépare militarisation et arsenalisation étant floue.

Christian Lardier ouvre le débat, dressant l’état des lieux, séparant domaines (imagerie, écoute, alerte, télécommunications, navigation, météo) et acteurs (États-Unis, Russie, Chine et les autres). Thierry Garcin juge inéluctable la militarisation croissante de l’Espace. Le général Lemoine (directeur du Cesa) est aussi pessimiste, arguant du statut de puissance que conférerait aux nations qui en sont capables la mise en orbite de leurs merveilleux objets. Bon élève, le colonel Leitner (CID) applique à l’Espace des « principes de la guerre » que le fantassin, pieds dans la glaise, peine à discerner. La deuxième partie, arsenalisation, s’offre à la spéculation. Deux thèmes en ressortent. Le premier est le lien entre Espace et arme nucléaire, mis en lumière par Alain Dupas qui évoque l’IDS du président Reagan et par Olivier Kempf en une excellente présentation de la défense antimissiles. Le second thème est la Chine, acteur nouveau qui comble le désir de peur, drogue dont nos contemporains ne sauraient se passer. Quatre intervenants en traitent, quatre va-t-en-guerre : Isabelle Sourbes-Verger, Alain de Nève, le général Paris, le colonel Cholley.

La troisième partie va nous remonter le moral. La gouvernance de l’Espace n’est pas un rêve aussi fou que le titre l’annonce. Elle est déjà bien réelle et témoigne de la lucidité des princes de ce monde. Comment pourrait-il en être autrement alors que quelque 20 000 « objets », nous rappelle Mario Hucteau, du Cnes, encombrent notre ciel ? Dès 1959 est créé le Comité de l’ONU sur les usages pacifiques de l’Espace et, en 1967, un beau traité déclare l’Espace « espace à protéger ». Florent Mazurelle rappelle aussi le rôle de l’Agence spatiale européenne. Tout cela n’empêche pas le général Arnaud, commandant le Commandement (sic) interarmées de l’Espace, créé le 1er juillet 2010, d’affirmer que la présence d’une nation dans l’Espace est le symbole de son rang. Colomban Lebas lui avait déjà répondu, changeant il est vrai de registre. La dernière imprudence de l’homme lui a fait quitter son petit monde clos orienté vers une fin. Nous voici projetés dans l’univers sans borne dont le sens, dit-il, nous échappe. Courage, bonhomme, cherche !

Général (CR) Claude Le Borgne

L’ouvrage présente un rapport synthétique du colloque « Espace et Défense » qui s’est tenu le 15 novembre 2010 à Paris, au sein des établissements de l’Assemblée nationale. Déclenchée en 1950 par les deux protagonistes de la guerre froide, la conquête de l’Espace marquerait la fin de la sacralisation de l’espace extra-atmosphérique. La diversité des activités qui y sont menées (civiles et/ou militaires) et leur intensification sont indéniablement sources de progrès.

Pour autant, les intervenants ne manquent pas de déplorer la dépendance et la vulnérabilité qui en découlent ainsi que les problèmes environnementaux susceptibles d’en résulter (les débris spatiaux par exemple). Les États n’étant plus les utilisateurs exclusifs de l’Espace (missions scientifiques privées, compagnies commerciales, touristes parfois) et compte tenu de la pluralité des acteurs impliqués (le duopole américano-soviétique a laissé place au polycentrisme contemporain), la nécessité de renforcer la gouvernance mondiale de l’Espace est, plus que jamais, une priorité. En outre, les intervenants du colloque expriment le vœu de voir émerger une nouvelle perception du bien commun qu’est l’Espace. Cette gouvernance mondiale est assurée par l’United Nations- Committee on the Peaceful uses of Outer Space (UN-COPUOS) qui vit le jour aux lendemains du lancement par l’Union soviétique de Spoutnik, le premier satellite artificiel.

En sa qualité de res universalis, l’Espace doit faire l’objet d’un usage pacifique. Étant donné que l’homme a exporté la guerre sur chaque territoire qu’il a conquis, la crainte que l’espace extra-atmosphérique devienne un théâtre de combat est fondée. Pour l’heure en tout cas, l’Histoire n’a connu qu’un seul cas de « guerre spatiale » ou « guerre technologique », à savoir la première guerre du Golfe de 1991. Ce principe d’usage pacifique de l’Espace est énoncé dans le Traité sur les principes régissant les activités de l’État en matière d’exploration et d’utilisation de l’espace extra-atmosphérique, y compris la lune et les autres corps célestes ouvert à la signature le 27 janvier 1967. Si des incertitudes planent sur l’avenir de ce traité, le principe d’usage pacifique de l’Espace est bien acquis.

Ce principe n’empêche en rien l’utilisation de l’Espace à des fins stratégiques, tout en sachant qu’établir une suprématie spatiale est une condition sine qua non pour pérenniser toute puissance militaire ou pour l’asseoir. En effet, l’Espace serait le « catalyseur des moyens de sécurité et de défense » en ce sens que les moyens spatiaux (tels que les satellites de reconnaissance ou de télécommunication tactique et stratégique) constituent un soutien non négligeable voire indispensable aux opérations militaires conduites avec le soutien des autres moyens (terrestres, maritimes, aériens). À cela s’ajoute le fait que les moyens spatiaux peuvent être mis à contribution à chaque niveau de combat dans la mesure où « l’Espace est naturellement stratégique, il peut être tiré vers l’opératif, son emploi tactique reste possible mais coûteux » (propos tenus par le colonel Jean-Luc Lefebvre). Ainsi, pour consolider son leadership spatial tant au sein de l’Union européenne que de l’Otan et, plus généralement son rang de puissance globale, la France a mis en place le Commandement interarmées de l’Espace, opérationnel depuis le 1er juillet 2010. De même, les pays émergents s’engagent à leur tour dans cette conquête de l’Espace et y consacrent des investissements colossaux.

En somme, les initiatives menées en la matière s’inscrivent essentiellement dans une logique individualiste, ce qui au fond, se comprend aisément. Cependant, la voix des auteurs s’élève à l’unisson pour affirmer que la coopération est incontournable pour un développement optimal des capacités spatiales ; et de préciser ensuite que telle coopération devra être respectueuse des souverainetés nationales et garantir la protection de certains éléments comme le savoir-faire, les données sensibles des personnes concernées. Un autre point mérite d’être mentionné. Il s’agit de la subtile distinction entre la militarisation de l’Espace qui renvoie à son utilisation passive et ; l’arsenalisation de l’Espace ou weaponization qui désigne son utilisation active. La militarisation de l’Espace a débuté sous l’empire de la bipolarité. C’est au cours de cette période que le bloc soviétique mettra au point un système de bombe nucléaire orbitale qui fonctionnera de 1968 à 1983. C’est l’unique exemple d’arsenalisation de l’Espace. Cette dernière reste effectivement au stade de projet bien que l’Administration Bush-fils ait cherché à en ressusciter l’idée en 2001.

L’ouvrage est non seulement une mine d’informations historiques mais contient également d’abondantes explications théoriques et techniques ; schémas, tableaux ainsi qu’images à l’appui. Y figure notamment un développement important sur l’Initiative de Défense Stratégique, pensée par le président Reagan et ses vestiges contemporains. On peut y trouver aussi un panorama des moyens spatiaux existants assortis de leurs caractéristiques. Si vous ressentez l’envie (ou le besoin) de vous faire une idée générale des enjeux stratégiques afférents à l’Espace, ne cherchez plus, cet ouvrage vous donnera satisfaction.

Miarantsoa Anne Rakotondrafara


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