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[Critique] MALVEILLANCE

Par Onrembobine @OnRembobinefr

Titre original : Mientras Duermes

Note:

★
★
★
★
☆

Origine : Espagne
Réalisateur : Jaume Balagueró
Distribution : Luis Tosar, Marta Etura, Alberto San Juan, Petra Martínez, Pep Tosar, Margarita Roset, Iris Almeida, Carlos Lasarte…
Genre : Thriller/Épouvante
Date de sortie : 28 décembre 2011

Le Pitch :
À première vue, César est un gardien d’immeuble tout à fait normal. Disponible, gentil et discret, il fait partie de la vie quotidienne de ses locataires. Des locataires qui ne s’imaginent pas qui se cache derrière le masque souriant du concierge. Ce dernier qui ne semble heureux que lorsque qu’il provoque le malheur chez les autres. Son dévolu se porte en particulier sur Clara, une jeune femme insouciante et pétillante qui réveille chez César, une haine sourde et insidieuse…

La Critique :
Voici précisément le genre film qui encourage à regarder sous son lit avant de se coucher. À se méfier de son concierge aussi. Car Malveillance est redoutable. Il commence de manière anodine, exerce petit à petit une étreinte palpable et finit par ne plus vous lâcher. La faute au scénario (signé par Alberto Marini) bien sûr, modèle de simplicité et d’efficacité, qui réserve des coups de théâtre assez bluffants, mais aussi et surtout à Luis Tosar, le comédien principal.
En Espagne, Luis Tosar est un peu l’équivalent humain du couteau suisse. Il joue la comédie donc, mais produit également, écrit et chante avec le groupe The Ellas. Rompu aux planches via notamment Tennessee Williams et Shakespeare, Tosar a aussi beaucoup fréquenté les plateaux de cinéma. Pour Alex de la Iglesia (Mes Chers Voisins), Michael Mann (Miami Vice), Jim Jarmush (The Limits of Control) ou encore Bernard Rose (Mr. Nice). Récemment, on a pu aussi le voir dans Cellule 211, film qui a fait son petit effet en France et ailleurs. Luis Tosar est le genre d’acteur qui cache bien son jeu. Tout d’abord, il faut souligner son charisme. Sous ses airs d’homme ordinaire, Tosar cache une présence et une prestance hors-norme. Dans Malveillance, il interprète un concierge qui s’aperçoit que pour lui, le bonheur ne passera que par le malheur des autres. Sous le vernis des bonnes manières, César -c’est son nom- camoufle de bien funestes ambitions, qui débouchent sur de violentes attaques sur sa cible, une jeune et jolie locataire qui n’en demandait pas tant.
Son association avec le réalisateur Jaume Balagueró fait mouche. Balagueró qui est connu pour avoir offert aux amateurs de frissons, des films comme La Secte sans nom, Darkness, l’excellent Fragile, ou encore les deux premiers Rec, qu’il a réalisé avec son pote Paco Plaza. Prochainement, il sera à la tête de Rec 4. L’homme est occupé et bien occupé. Son curriculum impressionne, même s’il semble, en prenant un peu de recul, que Malveillance est son meilleur film.

La Secte sans nom peinait quand il s’agissait de maintenir un rythme constant. L’ennui n’étant jamais loin. Pareil pour Darkness. Jusqu’à aujourd’hui, et si on ne regarde que la partie solo de la filmographie de Balagueró, seul Fragile donnait l’impression de mener à bien toutes ses ambitions. Et ce malgré un climat un peu convenu à base de sursauts prévisibles et autres poltergeists revanchards.
Avec Malveillance, la tambouille n’est pas la même. Plus personnel, plus viscéral, le dernier méfait de Balagueró n’en est que plus perturbant. Il ne se refuse pas un peu d’humour et ne cherche pas à surprendre en tirant des ficelles grosses comme des cordes d’amarrage. Malveillance dénote d’un désir de liberté. Et être libre quand on veut foutre les jetons, ce n’est pas évident. Balagueró réussit, en chassant sur les terres de Polanski ou des grands thrillers domestiques américains des années 80/90, à imposer sa patte. Son film appelle des références, mais ne s’y repose jamais totalement. Et lorsque qu’on lorgne un poil du côté de Hitchcock, notamment dans la relation du protagoniste principal avec sa mère, la manœuvre tient du tour de force.

En outre, Balagueró dresse avec son dernier film un portrait sans concession d’une société malade. Prisonnière des apparences et construite sur une structure faible, qui menace à tout moment de s’écrouler. Le bonheur ne tient qu’à un fil. Et à celui qui cherche à le détruire de trouver le fil en question et de le couper. C’est ce que fait Malveillance. Il cherche les failles de notre inconscient social collectif. Dépeint des relations humaines banales et injecte dans cette normalité une large dose d’épouvante sourde.
Flippant, Malveillance l’est assurément, même si parfois, il donne l’impression d’appuyer inexplicablement sur le frein. Comme pour ménager ses effets. Du coup, la tension, bel et bien croissante, traverse quelques plages plus calmes, traversées elle-même de vignettes d’humour noir. C’est osé, mais globalement ça fonctionne.
Malveillance orchestre le combat de la haine la plus perfide, contre le bonheur ordinaire. C’est l’histoire d’un gars qui se lève en tirant la gueule et qui se met en tête d’effacer le sourire de la nana qui chante sous la douche. C’est le combat du bien contre le mal. À une différence près, c’est qu’ici, le bien n’a pas connaissance du mal, qui lui, sait très bien ce qu’il fait.
Personnifié par la radieuse Marta Etura, ce bonheur s’écaille au fil des minutes et autant dire que la détresse de ce regard perdu dans un océan d’incompréhension, devrait glacer le sang de plus d’un spectateur.

@ Gilles Rolland

[Critique] MALVEILLANCE

Crédits photos : Filmax


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