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Le cinéma ne doit pas avoir peur d’internet

Publié le 18 juillet 2012 par Monartiste

La crise de l’industrie cinématographique entraînera-t-elle la mort du cinéma ?  Est-ce que les quatre grands studios américains sont-ils les mieux placés pour résoudre cette crise, alors qu’en refusant le changement, ils sont sans nul doute les principaux fautifs ?

Une nouvelle génération de jeunes cinéastes n’ont pas attendu d’essayer de répondre à ces questions et prennent, pourrait-on dire le contre-pied de ce que font les studios et les majors, en faisant le choix de l’ouverture et du partage. Ils prennent des initiatives, explorent de nouvelles pistes et n’ont pas peur d’exploiter tout ce qu’offrent les nouvelles technologies pour développer de nouveaux modèles économiques et trouver une alternative au tout répressif. Ils s’affirment et s’expriment en toute liberté en s’appuyant sur leur public et en utilisant des nouvelles solutions de financement et de partage comme le crowdfunding et les licences Creatives Commons.

«  Nous avons le pouvoir de tout réinventer avec cet outil spectaculaire qu’est internet. Nous avons les moyens en restant au contact du public de développer un vrai cinéma indépendant. »

Ces jeunes réalisateurs souhaitent voir en cette crise, l’opportunité d’un changement et l’occasion de développer un vrai cinéma indépendant. Ils prennent conscience qu’ils sont à l’aube de pouvoir connaître une culture libre, où pourra régner le partage et où la créativité sera à l’honneur. Aujourd’hui, si quelqu’un veut tourner, grâce au numérique, il peut tourner. Vite. Tout de suite. Mais alors qu’ils sentent à peine le souffle de la liberté, la flamme peut déjà s’éteindre par l’intervention de forces contraires et contre-productive des grands producteurs, qui préfèrent mettre des barrières, limiter et maintenir un système obsolète. Le principe, selon lequel toutes les informations, que cela soit celle des créateurs ou du public soient traités de la même manière au sein de la toile, que l’on appelle communément « neutralité du web » est déjà en danger. Les entreprises de télécommunication, médias, les grands studios hollywoodiens tentent de se maintenir en haut de l’échelle.  Leur modèle datant de la révolution industrielle du XIXe siècle, basé sur l’accumulation capitaliste et une économie de la rareté, est largement remis en question sous la poussée de forces technologiques, mais aussi sociales (fin des hiérarchies traditionnelles, communautarisme, prise de pouvoir des consommateurs et apparition de nouvelles valeurs comme l’investissement éthique).

Ils n’ont pas encore toutes les solutions, mais souhaitent prendre leur destin en main et s’émanciper du système grâce à internet. Face aux évolutions d’usages et aux nouvelles habitudes de consommation medias, il faut établir de nouvelles règles, nous changeons de terrain, changeons de stratégie. Ce nouveau modèle ne se fera pas sans le public et tout particulièrement les internautes. Ils ne voient justement pas les internautes comme des ennemis et s’insurgent même contre la criminalisation du téléchargement, qui est entré qu’on le veuille ou non dans notre quotidien. (…)

Je vous propose un panorama de projets, d’expériences et de réussites explorant de nouveaux modèles économiques fondés sur l’accès à la création, sans compromettre la liberté des internautes.

Je reviens pour commencer sur deux beaux exemples portés par des artistes, qui ont fait d’internet leur principale arme et dont la science de la communication et du teasing pourrait être érigé en art.

Four Eyed Monsters est un long métrage dirigé par Arin Crumley et Susan Buice. C’est sans doute l’un des meilleurs exemples de ce que peut permettre le partage sur internet. Le projet débuta en 2004 et sortit en 2006. Durant cette période, les cinéastes réalisèrent neuf web épisodes téléchargeables sur Itunesstore. Chaque épisode a été visionné près de 50 000 fois.

Dans cinq villes des Etats-Unis, Ils organisèrent des projections en avant-première pendant le mois de septembre, (un jeudi qui plus est sur toute une journée). Cela s’est soldé par une belle réussite, au total 1691 personnes ont assisté aux séances, ce qui représente une moyenne de 70 personnes par projection, alors que la moyenne pour un film indépendant est de 7 personnes par projection. Permettre aux internautes de visionner leur travail en amont a alimenté le bouche à oreille, à favoriser la création d’une communauté. Les gens se sont déplacés pour voir le film, même s’il était disponible sur internet. Ensuite, ils ont obtenu le prix du festival Hidden Gems qui leur permit de présenter leur film dans 31 salles pendant la période de la Saint Valentin, pour un chiffre d’affaire de 13 253 $.

Afin de rentabiliser le film, (qui coûta 100 000 $ selon les derniers chiffres), ils le diffusèrent sur You Tube et s’associèrent au site musical Spout.com, ainsi pour chaque membre  inscrit en passant par eux, ils recevaient 1$. Four Eyed  Monsters utilisa donc un modèle de financement participatif indirect. Même si je ne suis pas totalement convaincu par ce dernier modèle de financement, il y a des pistes à creuser qui vont dans ce sens, cela peut être une source de financement complémentaire intéressante.

En France, nous ne sommes pas en reste avec  Vincent Moon, réalisateur français qui utilise également beaucoup internet pour financer et diffuser son travail. (Efkterlang, petites planètes). Il appuie quant à lui sur un autre levier pour amener les gens à voir son travail. Le porteur du concept de la blogothèque, a construit un événement autour de la diffusion de son dernier film An Island. En s’inspirant tout simplement des concerts live où une alchimie et une rencontre se réalisent parfois avec le public, il a organisé des séances privées de visionnage. Je vous rappelle le principe qui est somme toute assez simple, tout le monde pouvait organiser une projection du film à partir du moment, où celle-ci s’organisait dans un lieu pouvant accueillir au minimum 5 personnes et que l’entrée soit gratuite. Le choix du lieu était totalement ouvert, cela pouvait être chez soi, dans une bibliothèque, ou encore dans un bar.

Partage et valeur ajoutée

Aujourd’hui, ce film est disponible en téléchargement, en DVD et en Pack Deluxe. La possibilité est même laissée de faire un don, si l’on a déjà eu la chance de voir le film. Place au partage et à la valeur ajoutée sur cette page. On peut donner ce que l’on veut pour télécharger le film et le Pack DVD disponible en jette vraiment, une petite vidéo de présentation, vous laisse entendre, que vous allez acheter un vrai objet de collection.

Pour découvrir la vidéo sur le pack, elle est disponible sur le site et sur Flickr

N’hésitez pas à partager vos exemples ou vos expériences dans les commentaires. Au plaisir de vous lire.


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