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Portishead - Third (2008)

Publié le 23 mars 2008 par Oreilles

Onze ans d’attente. On n’y croyait plus. Le successeur de Dummy (1994) et Portishead (1997) atterrira pourtant dans les bacs le 28 avril. Baptisé Third, il prendra certainement à contrepied les fans du groupe britannique. Là où les deux premiers albums de Portishead offraient de langoureuses ballades bercées de cordes, Third fait œuvre de complexité. Plus nerveux et plus sombre encore que les précédentes productions du trio de Bristol, cet album audacieux risque de décevoir ceux qui attendaient un ersatz de “Glory Box” en format long.
Certes, la voix de Beth Gibbons témoigne toujours d’un spleen profond et déchirant - ”I don’t know what i’ve done to deserve you / I don’t know what i’d do without you”, sanglote-t-elle sur la rythmique minimaliste de “Nylon Smile”, comme en écho aux complaintes de “Sour Times” (“Nobody loves me...”), qui nous faisaient tous chialer à l’époque de Dummy. Et l’outrageusement élégante “Threads”, avec son ambiance de film noir, prouve que Portishead sait toujours nous faire frissonner. Mais au lieu de s’adonner paresseusement à une redite de leurs succès passés, Adrian Utley, Geoff Barrow et Beth Gibbons prennent des risques insensés et se renouvellent complètement. La plupart des onze plages de Third évoquent davantage le krautrock de Can ou l’indus de Nine Inch Nails (les guitares apocalyptiques de “Plastic”) que le trip-hop des origines. Ce n’est pas un hasard si Portishead a choisi Kling Klang, groupe de kraut futuriste de Liverpool, pour assurer sa première partie sur une bonne moitié de sa tournée de printemps, qui passera par le Zénith de Paris les 5 et 6 mai. Plus surprenant encore, certaines plages taquinent les 120 BPM. Sur “We carry on”, par exemple, c’est à un psychédélisme guerrier et “disciplinaire” (pour reprendre le mot cher à Turzi) que les trois Anglais s’adonnent, droits dans leurs bottes.
Dans son foisonnement, Third offre aussi de splendides curiosités, comme ce “Deep water” aux faux airs de Velvet Underground, où Beth Gibbons adopte une candeur inédite, soutenue par un ukulélé et des choeurs masculins façon barber shop. Ou encore “Hunter”, sorte de sirtaki ralenti auquel se greffent de violentes saturations. Enfin, il y a The Rip. Soyons clairs : cette chanson est un chef-d’oeuvre. A la fois cheaps et émouvants, les arpèges de guitares qui soutiennent d’abord la voix de Gibbons laissent place, à mi-parcours, à un synthé moog cotonneux et une batterie brute de décoffrage. Jamais le chant de Gibbons n’aura été aussi splendide que sur cette fausse ballade qui me condamne, tel Sisyphe, à pousser la touche repeat de ma platine pour l’éternité.
Rappelons pour finir que 2008 devrait marquer le retour en force de la fameuse école bristolienne, avec les nouveaux albums de Massive Attack (date encore inconnue) et de Tricky (Knwole West Boy, à paraître en avril). Tout vient à point à qui sait attendre.
En bref : Le trio de Bristol revient avec une œuvre à tiroirs, bourrée de paradoxes. Un son indéfinissable, entre saillies krautrock et lointains souvenirs trip-hop. Un grand disque.


Pour se donner une idée, deux morceaux live en décembre 2007.
“The Rip”, d’abord :

Et “We carry on” :

Le site officiel
Le Myspace
A lire aussi : Four Tet - Dialogue (1999)


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