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Le banissement

Par Rob Gordon

Le banissementPour son grand retour après... Le retour, Andrei Zvyagintsev déçoit. Sous des dehors de grand film exigeant, Le bannissement est un monument de tiédeur indigeste, tant les intentions du réalisateur de montrer qu'il est un grand cinéaste prennent le pas sur le film lui-même. Outrageusement long, contemplatif par défi, Le bannissement n'a pas grand chose à dire, et encore moins à raconter. Baser deux heures et demie de film sur un minuscule quiproquo et l'étirer à l'envi était une idée suicidaire, même pour un réalisateur à l'indéniable talent d'esthète. De ce fait, si le titre se réfère au myhte d'Adam et Ève, c'est plutôt du côté de celui de Sisyphe que lorgne le spectateur, condamné à revoir encore et encore les mêmes scènes en attendant que la mécanique se décoince un peu.
Mais rien n'y fait, et nous voilà réduits à savourer la composition des plans et le travail sur les textures visuelles et sonores. L'occasion de constater à quel point Zvyaguintsev se regarde filmer : les mouvements de caméra sont trop voyants, et sa façon de croquer la nature en tant que révélateur des tréfonds de l'esprit humain a du plomb dans l'aile. On a déjà vu ça en mieux ailleurs, notamment chez Tarkovski, qui est indéniablement le modèle du réalisateur. Mieux vaut revoir Le retour, drame aussi sec que poignant, dont la mise en scène était au service de l'histoire. Quant à Zvyaguintsev, souhaitons que l'accueil relativement frileux reçu par son film le pousse à réfléchir sur sa condition d'artiste et à trouver des motivations plus saines avant de se lancer dans un troisième long-métrage qu'on espère plus honnête et habité.


3/10


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