Magazine Cinéma

[Critique] ABRAHAM LINCOLN, CHASSEUR DE VAMPIRES

Par Onrembobine @OnRembobinefr

Titre original : Abraham Lincoln : Vampire Hunter

Note:

★
½
☆
☆
☆

Origine : États-Unis
Réalisateur : Timur Bekmambetov
Distribution : Benjamin Walker, Dominic Cooper, Anthony Mackie, Mary Elizabeth Winstead, Rufus Sewell, Marton Csokas, Jimmi Simpson, Joseph Mawle, Robin McLeavy, Erin Wasson, John Rothman, Cameron M. Brown, Frank Brennan, Lux Haney-Jardine…
Genre : Fantastique/Horreur/Action/Adaptation
Date de sortie : 8 août 2012

Le Pitch :
Avant de devenir Président des États-Unis et d’abolir l’esclavage, Abraham Lincoln était un chasseur de vampires redouté de ses ennemis. Un guerrier qui passa les premières années de sa vie d’adulte à traquer sans relâche le meurtrier de sa mère et à décimer la population des goules, à grand coups de hache (en argent) dans les dents…

La Critique :
Abraham Lincoln passait ainsi ses nuits à battre la campagne à la recherche de vampires à exterminer. Avant de devenir la figure emblématique de l’histoire américaine, Lincoln joua donc un rôle purificateur, en éradiquant la vermine suceuse de sang des terres de ses ancêtres. Pourquoi pas…
Nous devons ce pitch ô combien improbable, à Seth Grahame-Smith, un romancier/scénariste franchement porté sur le révisionnisme borderline, qui a également remanié le classique de la littérature Orgueil et Préjugés, en y injectant une large dose de zombies (ce qui donne Orgueil et Préjugés et zombies donc, c’est logique). En soi, l’idée de réinventer la biographie du Président Lincoln, n’est au fond pas si saugrenue que cela. On a connu pire et l’idée de voir Grahame-Smith rédiger le scénario adapté de son propre bouquin ne pouvait que rassurer un tant soit peu quant au résultat final. La pilule sera peut-être difficile à avaler pour les fans hardcore du Président et pour les historiens purs et durs, mais pour les autres, l’idée de voir le célèbre barbu dessouder du vampire pourra avoir un certain charme.
Un peu comme si, en France, un type avait l’idée de sortir un truc du genre : Jean Jaurès, Équarrisseur de loups-garous… Vous voyez le tableau.

L’idée de base du film est donc acceptable. Le traitement par contre, laisse franchement à désirer. Rien d’étonnant quand on connait un petit peu le curriculum du chef-d’orchestre. Parce que Timur (pour des raisons pratiques, nous ferons l’impasse sur son nom de famille), son truc, c’est de ne pas faire dans la dentelle. Timur est un gros bourrin sans foi ni loi, qui concentre son attention sur le spectacle visuel. Le reste, c’est clair qu’il s’en fout comme de sa première chemise. Pour preuve son mépris pour les scènes de transition et d’exposition qu’il expédie avec un je-m’en-foutisme impressionnant, pressé de retourner à ses chorégraphies au ralenti et à ses bastons homériques improbables. Car quiconque ayant vu les précédents longs-métrages du réalisateur russe -à savoir Wanted, Night Watch, Day Watch…- sait à quel point Timur affectionne les ralentis. Dans la continuité de sa catastrophique filmographie, le cinéaste bourre le mou à Abraham Lincoln avec des ralentis et ce jusqu’à l’écœurement. Et vas-y que je te balance un vampire à travers une grange, vas-y que je coupe un arbre d’un seul coup de hache etc…, Abraham Lincoln, chasseur de vampires est une orgie numérique où les corps voltigent dans les airs en slowmotion. Au début c’est drôle, à la fin beaucoup moins. Et à moins de vouer un culte aux effets à la Matrix, il y a de grandes chances qu’Abraham Lincoln provoque chez de nombreux spectateurs de fortes migraines. La 3D n’arrangeant pas les choses, c’est certain.

Périmé avant l’heure, le dernier film de Timur est donc bordélique au possible. Du coup, le pitch, qui, en d’autres mains, aurait pu déboucher sur un film beaucoup plus plaisant et décalé, sert de prétexte à la boulimie d’un type qui s’amuse à mettre en scène des situations où la connerie est devenue la norme. En gros, Abraham Lincoln, chasseur de vampires, c’est Wanted, avec des vampires. Dommage quand on s’arrête un peu sur les décors, plutôt chiadés et sur la photographie pas dénuée de charme non plus. À titre d’exemple, le métrage nous montre Lincoln jouant à la majorette en faisant tournoyer sa hache (geste à l’utilité quasi-nulle) ou s’amusant à faire de l’équitation avec un pote vampire en bord de falaise. Un grand moment, la séquence équestre ! Tout comme la fin, sur le train, qui n’est rien d’autre qu’une resucée rassie de celle de Wanted, les flingues en moins.

Les acteurs, de leur côté, font le boulot proprement. Une prouesse, si on prend en compte l’inexistence d’une quelconque direction d’acteur. Dans le rôle titre, Benjamin Walker est, de plus, plutôt bon. La ressemblance avec le Président est là. Mais cela ne suffit pas. Timur a tiré la couverture à lui, certainement avec l’aval de Tim Burton, ici producteur, qui de toute façon n’a plus grand chose à perdre. Les deux briscards tissent un tableau qui peut avoir de la gueule, mais qui est constamment gangrené par une crétinerie galopante embarrassante. Abraham Lincoln, chasseur de vampires, c’est un peu Scooby-Doo qui rencontre Buffy
Et si le postulat de départ est acceptable, les choses tournent carrément au vinaigre quand Timur nous sert sur un plateau d’argent un plaidoyer humaniste super démago en faveur de la politique américaine, en mettant la majorité des problèmes du pays sur le dos des vampires. Et là on parle de la Guerre de Sécession, du racisme, etc… C’est tellement con que ça en devient drôle et/ou pathétique. À la façon d’un Roland Emmerich (Independence Day), Timur cherche la Carte verte en caressant l’Oncle Sam dans le sens du poil. Chez lui, l’histoire d’un pays se résume à une bataille toute pourrave entre un type et des vampires.

« La guerre secrète du Président » affirme l’affiche… Peut-être aurait-elle dû le rester.

@ Gilles Rolland

[Critique] ABRAHAM LINCOLN, CHASSEUR DE VAMPIRES

Crédits photos : 20th Century Fox


Retour à La Une de Logo Paperblog