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Balayer, fermer, partir de Lise Benincà

Publié le 25 mars 2008 par Antigone

balayer_fermer_partirFermer une maison suite au décès de son père n'est jamais facile, mais cela l'est encore moins lorsque l'on revient dans ces lieux après tant d'années de rupture. Lorsque notre narratrice se retrouve seule dans son propre appartement, son compagnon parti en déplacement professionnel, la solitude s'empare d'elle, se mélange à ses souvenirs et rejoint la folie de son père pour cette maison construite de ses mains et de sa sueur, les murs deviennent ennemis, l'angoisse prend toute la place. Le soulagement ne pourra venir que de cette idée, imaginer des enfants "dessiner sur les murs de (son ancienne) chambre des bonhommes avec un gros ventre et une bouche qui sourit."

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Ce que je suis heureuse d'avoir reçu ce livre...

J'ai très vite été touchée par les émotions de cette narratrice, presque dès le début de ce petit roman. Ses étranges manies m'ont semblé si familières : celle de compter les carreaux de la cuisine et de tenter d'en comprendre la logique, celle de rester des heures à observer les détails d'une tapisserie, celle de demeurer songeuse, trempée, assise sur le bord de la baignoire, apparemment sans rien faire, celle de laisser mon imagination s'emparer des lieux, des ombres et des possibles, celle de parfois me laisser doucement sombrer dans ce qui m'émeut et me bouleverse. Et puis, il y a ces allusions, parsemées au fil du récit, aux contes et peurs enfantines, cette fameuse pièce interdite, par exemple, du château de Barbe-Bleu qui m'a moi aussi toujours marquée. Je ne sais pas si ce livre vous atteindra de la même manière que moi, mais je ne peux que vous le recommander !!

Un extrait...
"Mon corps s'est assis sur le bord du lit. La tête penchée dans les mains, je contemple imbécile ce combat qui dessine de petites taches sombres sur le brun du parquet. Je réfléchis. J'essaye de me souvenir. Mon esprit n'a enregistré que des images matérielles, palpables. Pas de sensations, rien d'indéfini. Du concret, qui m'empêche d'établir un lien, quel qu'il soit, entre les évènements de ma vie et cette avalanche interne. A l'intérieur, tout s'effondre. Mon corps est poreux. Mon corps est sujet aux intrusions de l'extérieur. S'il y a un courant d'air, je m'enrhume. Et les mots que j'entends, les mots qu'on me dit. Calme toi, dit Jean. Quelque chose à l'intérieur se dénoue un instant. Le corps est mon lieu. Y suis-je enfermée ?"

Ouf ! Je sais que c'est pour lire ce type de phrases que je lis...

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Note de lecture : 5/5

L'auteur nous explique d'où vient le projet du livre en postface...
"L'année où j'ai commencé à écrire ce livre, je louais un appartement dont l'une des pièces m'était interdite par les propriétaires. Ce qu'il y avait à l'intérieur, je ne le savais pas. Elle était fermée à clé.
De cette pièce inhabitée (ou habitée par autre chose), et tandis que je vivais autour d'elle, un questionnement a surgi. Que signifie
habiter un lieu ? S'installer dans un lieu qui appartient à quelqu'un d'autre ? Que symbolise cette porte fermée sur un espace intouchable ?"

Ce livre est le cinquième titre de la collection "déplacements" dirigée par François Bon, éd. du Seuil, 13€

Voici un

livres, critiques citations et bibliothèques en ligne sur Babelio.com
et je tenais particulièrement à remercier ici Babélio et Guillaume pour me l'avoir gentiment envoyé suite à la défection étonnante des éditions du Seuil.

Une belle critique également sur Ligne de fuite


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