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Xu Xu Fang, Viper au sein

Publié le 24 mars 2008 par Bertrand Gillet
Quatrième partie


Aujourd’hui, il se trouvait assis sur un énorme amas de fric agencé en mètres de carrosserie polie, en perpendiculaire de cuir d’importation et de chromes lustrés et appelé Limousine extended version. Nous fîmes une halte pour refourguer sa dose à un cloporte insectoïde puis nous filâmes en direction de West Hollywood, au 8852 Sunset Boulevard, adresse du mythique Viper Room, nous étions le 15 octobre et la nuit s’affaissait calmement à l’occident. Je dois vous faire à ce moment précis une révélation : je n’étais pas venu pour découvrir le dernier album des Warlocks, bien que le groupe m’ait séduit à l’époque de Phoenix, non, j’étais invariablement obsédé par l’autre formation, celle dont le tout L.A. parlait, Xu Xu Fang et là à cet instant, une pensée surgit au plus  profond de moi, insistante, un nom suffit parfois à faire d’une œuvre une immortelle référence, putain le mythe du titre de bouquin que l’écrivain s’échine à trouver, perpétuel Saint Graal, car le plus souvent le titre fait l’œuvre : souvenez-vous Les fleurs du mal, Les chants de Maldoror, Mémoires d’outre-tombe, Le festin nu, Sentiments élégiaques américain, Orange mécanique, Crash, Sergent Pepper’s Lonely Hearts Club Band… Et Xu Xu Fang. La limousine étincelante nous déposa devant l’entrée du club serti dans un écrin noir que l’épaisse pénombre aux miroitements bleutés rendait alors invisible. Nous entrâmes. À l’intérieur, la foule s’était agglomérée autour du bar, les breuvages dorés circulaient, les pilules et autres dragées illicites aussi. Les plaisirs interdits ! Johnny Yen leva le bras avec une affable discrétion et un tourbillon de serveurs se déploya pour nous installer, posant sur la table basse seau à champagne, coupes, vodkas russes à profusion, cendriers, époussetant chaque centimètre de banquette cirée. Je me vautrais sur un pouffe et me servis une double vodka pomme que je vidais illico afin de mettre dans les meilleures dispositions, quant à Johnny Yen, il faisait allusion à cette soirée d’Halloween 1993 où l’acteur River Phœnix avait trouvé la mort d’une fatale overdose de Valium mélangé à des méthamphétamines alors qu’il était à cette même place, la mienne, il s’était levé aussi raide qu’un cadavre pour finir par s’effondrer quelques mètres plus loin sur le trottoir, le cœur en berne, la bave aux lèvres, mort au champ’ d’honneur. Cette sinistre histoire n’avait pas entaché la réputation de l’établissement, au contraire, les stars et les dealers continuaient à taquiner la mort mais nous n’étions pas là ce soir pour éprouver les limites de nos corps ; que je croyais. Les roadies multipliaient les apparitions, spectrales et informes, pour tester les instruments, nombreux dans ce capharnaüm de câbles et de pédales d’effets. La vodka, elle aussi commençait à faire son effet, j’étais cool, je riais sans qu’aucun des convives n’ait prononcé un mot, je n’étais pas ivre mais incroyablement en harmonie avec la nature et l’univers bien qu’enfermé entre les 104 murs du Viper Room, le nuage de drogues était tel que l’on ne pouvait rien distinguer à un mètre à la ronde. Parfait. Quelques spots rouges transperçaient ce rideau opaque, nous étions presque, pour celui dont l’imaginaire est puissamment stimulé par la Culture Classique, au cœur des forges de Vulcain.
A suivre...

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