Magazine Culture

Ronan contre la mère poupoune

Publié le 02 août 2012 par Teamvivia56

avec dans le rôle principal, Ronan Le Mat un des héros de 7 Nouvelles pimentées. mon dernier livre paru chez Gaïa Village Publications.

LOGO GAIA JPEG

Les vacances tirent à leur fin. Peut-être même avez-vous déjà repris le travail. Aurez-vous profité de la période estivale pour lire 7 Nouvelles pimentées, le recueil de nouvelles que je vous ai présenté dans les notes qui précèdent. Non ? Le temps est passé trop vite et vous n’avez pas encore eu le temps de déguster mon menu de lecture du jour, Rassurez-vous, il n’est pas trop tard. Une de mes nouvelles s’intitule « Les injustices commencent dès l’école ». L’histoire débute à la rentrée des classes 1964. Un plat de saison. Un scénario dont l’atmosphère n’est pas sans rappeler La guerre des boutons, mais en beaucoup plus réaliste et donc forcément plus cruel. Le sous-titre de cette fiction, La rondelle d’andouille de Guémené avec sa purée de châtaignes aux épices de Lorient, donne un avant-goût du plat servi aux lecteurs. Une tranche de vie saignante accompagnée de salades indigestes qui sont toujours restées sur l’estomac du pauvre Ronan.

Je pourrais avancer de nouveaux arguments pour vous inciter à télécharger 7 Nouvelles pimentées sur le site de son éditeur, Gaïa Village Publications. Bien sûr, vous pouvez le télécharger immédiatement avant de lire la fin de cette note :

http://www.gaiavillage.fr/catalog/7-Nouvelles-pimentees,7923.html

Mais plutôt qu’une nouvelle chronique sur ce recueil, j’ai choisi de vous présenter Ronan Le Mat à l’occasion d’une anecdote vécue en 1968, quatre ans après La rondelle d’andouille de Guémené avec sa purée de châtaignes aux épices de Lorient qui figure dans le recueil. Cette fois, Ronan se trouva confronté à la Mère Poupoune. Une adversaire bien moins féroce que l’ennemi qui l’entraîna en enfer dans Les injustices commencent dès l’école. Voici donc un amuse-gueule avant de retrouver Ronan dans 7 Nouvelles pimentées.

* * *

Avez-vous déjà eu le sentiment devant un guichet de vous trouver à la porte d’un pénitencier tant votre interlocuteur imitait un rottweiler dressé à l’attaque ? Oui, forcément. Vous apprécierez donc les facéties de Ronan, vengeur d’un grand-père Victor opprimé par la mère Poupoune, l’acariâtre postière de Lanester dans le Morbihan.

La mère Poupoune était une veuve en forme de petit tonneau – la faute sans doute à un goût immodéré de la bouffe et des alcools que son foie en béton armé ne modérait pas -, une sorte de gourdasse attifée avec le goût d’une gardienne de bagne, une grognasse aussi hargneuse que Sumo, le bichon maltais que les Chirac durent se résigner à exiler à la campagne.

Le grand-père Victor était un carrossier retraité. Un ancien résistant. Un homme au caractère bien trempé qu’il ne fallait pas chercher. Et aussi un type foncièrement généreux avec ceux qu’il aimait, surtout Régine, sa compagne, et Éric, son petit-fils. Victor s’occupait beaucoup d’Éric. Il organisait régulièrement des activités pour sa bande de copains, une équipe dont Ronan Le Mat faisait partie depuis l’époque du jardin d’enfants. Ronan, c’était un gaillard râblé, pas très grand mais costaud, amateur de lutte, de bagnoles, de motos, de sensations fortes. Un blond avec quelques taches de rousseur qui lui donnaient l’air espiègle. Un bon gars qui avait quinze ans en 1968 et était apprenti carrossier, non seulement à cause de son amour des voitures mais également parce qu’il admirait le grand-père d’Éric et voulait lui ressembler. Il n’existait pas beaucoup de secrets entre la bande de Ronan et d’Éric et le grand-père Victor. Le retraité avait partagé leurs pires galères et s’était toujours mis en quatre pour eux. Alors Ronan, qui ne supportait pas les injustices, voyait rouge dès que quelqu’un osait s’en prendre au grand-père Victor.

La mère Poupoune en fit les frais à plusieurs reprises. Pourquoi cette hostilité tenace partagée par Victor et Ronan ?

- La postière s’était attirée les foudres de mon grand-père par un acharnement obsessionnel à le contrarier, m’a révélé Éric lorsque je l’ai interviewé afin de vous rapporter cette anecdote.

Ne me dites pas que l’interview d’un personnage de fiction vous étonne, « Les personnages de fiction vivent dans un monde parallèle où ils entraînent non seulement leur créateur mais aussi les lecteurs », a affirmé l’écrivain Serge Dallens. Il est donc tout à fait normal de les interviewer dans ce monde parallèle qui, je vous l’assure, ressemble beaucoup au nôtre.

- Personne ne sut jamais si l’attitude de la mère Poupoune relevait de la stupidité – ses yeux ne pétillaient pas d’intelligence – ou de la mesquinerie, a poursuivi Éric. Postière à une époque qui inspira Pierre Perret lorsqu’il chanta sa fameuse postière avec des points noirs sur le nez et qui ressemblait à un homard – une époque très antérieure à la nôtre où les employés de la Poste sont devenus les plus aimables des services public, la mère Poupoune s’acharna durant quatre décennies à réclamer systématiquement sa carte d’identité à mon grand-père Victor lorsqu’il venait retirer un recommandé ou faire une opération sur son CCP alors qu’elle le connaissait. Bon, le fait que mon grand-père l’ait un jour traitée de vieille toupie et ait ajouté qu’elle était vraiment conne à bouffer du foin n’a sans doute pas arrangé les choses. Mais quand même, elle était vraiment trop conne aussi, cette foutue mère Poupoune.

Un autre défaut la rendait insupportable.   

2-CV-MERE-POUPOUNE.png
  - Elle conduisait comme une patate, ricane Éric. Mon grand-père vouait un culte aux voitures. Ronan et moi rêvions de vitesse et de bolides comme la majorité des jeunes de notre génération. Alors, la vieille enquiquineuse qui conduisait comme un pied une vieille dodoche toute cabossée, elle insultait notre arrogance d’adolescents dont la came, c’était les messages véhiculés par SLC Salut Les Copains. Ronan était un fan absolu de Johnny qui faisait de la course auto en Mustang. Moi, je l’aimais bien aussi et je vénérais Sylvie (NDLR : Vartan). Nous n’éprouvions aucune compassion envers la mère Poupoune qui avait pourtant dû souffrir et réaliser qu’elle avait raté sa vie avant de devenir la vieille bête aigrie que nous détestions, Les jeunes sont impitoyables.

Impitoyables, oui, au point de faire payer ses affronts à la mère Poupoune.

- Ronan s’était mis dans la tête de faire tourner la toupie en bourrique, témoigne Éric avec un sourie malicieux. Une fois, il a enfoncé une patate dans le pot d’échappement de sa 2 cv. Mon grand-père Victor et lui s’étaient planqués à quelques mètres dans la DS. Ils voulaient voir ce qui allait se passer. Lorsque la mère Poupoune a essayé de démarrer, le moteur a étouffé. Elle a cru qu’elle était en panne. Elle s’est gratté la tête, l’air ahuri. Puis elle a tenté un dernier coup de démarreur. Là, la patate s’est éjectée de l’échappement dans un vacarme d’explosion. La mère Poupoune a sursauté au point que sa tête à heurté la capote. Heureusement qu’elle roulait en 2 cv. Si elle avait eu une 4L par exemple avec un toit en dur, elle se serait assommée. Mon grand-père et Ronan ont fait des gorges chaudes dans le coin avec cette histoire. Je me demande si la vérité a fini par revenir aux oreilles de la mère Poupoune ?

Pressé de questions, Éric finit par avouer qu’il a lui-aussi œuvré à la préparation d’un piège contre la mère Poupoune.

- J’ai préparé le coup, mais je n’y ai pas participé directement, regrette-t-il. J’étais au lycée au moment précis où Ronan l’a mis à exécution.

Une bonne blague qui fit un tabac à la Poste.

- Ronan a laissé une carte sur le pare-brise de la dodoche. Il y prétendait qu’une autre automobiliste avait éraflé sa peinture. Il avait noté un numéro à rappeler pour le constat. La mère Poupoune est revenue téléphoner au bureau de poste. Elle est tombée sur une prostituée qui s’occupait d’habitude du plaisir des marins de la ville. Quand la mère Poupoune a parlé d’un rendez-vous, la fille a répondu que d’habitude, elle ne faisait pas les femmes, mais que moyennant un petit supplément… Tout le monde a entendu. Les gens se tordaient de rire. Ronan faisait semblant d’attendre son tour pour téléphoner. Il a assisté à toute la scène en direct. De toute façon, il avait décrété que ça ne se faisait pas de faire perdre son temps au grand-père Victor et qu’il fallait que la mère Poupoune paye la note et le pourboire…   

1 DE COUV

Vous l’aurez constaté, si Ronan aimait rigoler, ses plaisanteries n’étaient pas bien méchantes. Beaucoup moins féroces et barbares que les tortures et humiliations qu’il subit dans « Les injustices commencent dès l’école ». Des épreuves qui furent sans nul doute à l’origine de son tempérament d’écorché vif réactif aux provocations et aux injustices. Pour retrouver Ronan et La rondelle d’andouille de Guémené avec sa purée de châtaignes aux épices de Lorient, téléchargez 7 Nouvelles pimentées sur :

http://www.gaiavillage.fr/catalog/7-Nouvelles-pimentees,7923.html

QUELQUES AUTRES LIENS A SUIVRE

Suivez-moi sur Twitter

https://twitter.com/ThierryLeBras2

Une présentation sympathique et originale de 7 Nouvelles pimentées par Sébastien Sarraude :

http://sebsarraude.tumblr.com/post/28291502256/7-nouvelles-pimentees

  

LARMOR PLAGE, été 1964, un peu de douceur de vivre Vintage après les rondelles d’andouille

http://circuitmortel.hautetfort.com/archive/2012/07/26/larmor-plage-1964.html

ça, ce ne sont pas les souvenirs des personnages de fiction, mais quelques souvenirs d’enfance à cette époque. Ils sont moins angoissants, plus conviviaux, et se déroulent dans un univers plus policé. C’est normal. Les héros de mes fictions, ce sont mes personnages. Moi, je ne suis que leur biographe. Je n’ai pas joué de rôle essentiel au cœur d’abominables faits divers. Les montées d’adrénaline les plus délicieuses que j’ai connues, c’est au volant de voitures de course. C’est bien aussi…

Thierry Le Bras  


Retour à La Une de Logo Paperblog

A propos de l’auteur


Teamvivia56 420 partages Voir son profil
Voir son blog

l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte

Magazines