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Les Lisières, Olivier Adam

Publié le 26 août 2012 par Antigone

leslisieres"Qu'est-ce qui me poussait à toujours imaginer les gens rongés par l'ennui, usés par le quotidien, blessés d'être ainsi réduits, leurs vies tenant dans des boîtes à gants ? Pourquoi voulais-je donc toujours que tout le monde soit malheureux, dépressif, usé, à contresens de son être profond ? Moi qui au fond n'avais jamais été apte à quoi que ce soit. Qui avais tout déserté. Qui me réfugiait dans l'écriture pour vivre, sentir, goûter chaque chose, chaque heure comme elle disait. Moi qui était incapable de saisir la vie dans sa plus simple expression, d'en prendre possession, d'y être présent."

Paul Steiner est tout juste séparé de sa femme, et malgré la présence de l'Océan devant les fenêtres de son appartement, la situation lui pèse, ses enfants lui manquent. Il monte quelques jours en région parisienne afin d'aider ses parents. Sa mère vient de se faire opérer et son frère s'inquiète de ses quelques absences. Retrouver ainsi le lieu de son enfance, cet environnement où il lui semble avoir été si malheureux, enfermé, étouffé, est un supplice en même temps que le début d'une quête salvatrice. Quelques vingt ans plus tard, c'est la cartographie d'un passé qui se recrée devant ses yeux mettant à jour les failles sociales, les différences et les difficultés de cette classe moyenne reléguée en banlieue, oubliée en lisière...

J'avais été moyennement touchée par Le coeur régulier, le dernier roman d'Olivier Adam. Cependant, je partais confiante vers celui-ci, forte de mon souvenir Des vents contraires. Et j'avais raison de faire confiance car je viens de passer en compagnie de ce roman un très beau et fort moment de lecture.
Pourtant, le personnage de Paul Steiner est loin d'être pleinement sympathique, car ses prises de position sont évidentes et sans appel, trop tranchées, son attitude souvent égoïste et détachée.
Ce qui m'a plu ici est la sincérité des phrases, ce style qui semble s'être véritablement lâché, plus ample, moins facile, moins commercial.
Et comme le fait Annie Ernaux dans Les Années, il est agréable de lire l'actualité dernière le regard d'un auteur, ici la montée du FN avant les élections, le drame du tsunami au Japon, etc... Il est évident qu'Olivier Adam se cache à peine derrière son double de papier, auteur à succès comme lui, confrère - ou presque - de Nothomb en cette rentrée.
Et puis, bon, soyons honnêtes, de nombreuses réflexions m'ont touché en plein coeur. La relation que cet homme de quarante ans entretient avec les siens fait écho. A l'heure de certains bilans, rien n'est vraiment comme on l'aurait voulu, les autres ont bougé à côté de nous, en parallèle, vécu leurs vies, leurs bonheurs et leurs douleurs. Et, comme l'a dit si bien Jeanne Benammeur lors d'une rencontre, on a que deux bras pour entourer les gens que l'on aime...

Une lecture dont la grande qualité est de ne pas être lumineuse et simple, mais dérangeante, obscure, désagréable, et au final assez grandiose. Ah, et j'aime ça. Encore un coup de coeur de rentrée !!

Editions Flammarion - 21€ - Août 2012 - coup de coeur !

En complet accord avec le superbe billet de Enfinlivre - Clara est plus réservée

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