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Chapitre.com entre dans le siècle du numérique

Par Eguillot

Vous savez peut-être que le libraire en ligne Chapitre.com s'est doté d'un site de vente d'ebooks et a noué un partenariat avec Sony pour que les ebooks vendus sur leur site apparaissent directement dans la boutique en ligne de la nouvelle liseuse de Sony, la PRS-T1. Le libraire virtuel entre donc de plein pied dans l'ère du numérique. Sauf que... Sauf que les habitudes du siècle dernier sont difficiles à perdre, comme en témoigne le "contrat type auto édition" qu'ils m'ont envoyé.

Tout a commencé par une simple commande du deuxième tome du cycle d'Ardalia, Eau Turquoise, en version papier. Suite à cette commande, Chapitre.com me référence mes livres sur leur site, avant de me contacter via ma page Facebook pour un référencement numérique.

L'on m'explique en effet que le référencement chez Chapitre.com n'est pas seulement en lien avec Numilog, mais qu'il existe un "contrat type d'auto édition". Le fameux contrat, que je ne tarde donc pas à recevoir par e-mail. Je ne suis pas quelqu'un qui va refuser une opportunité d'accroître la diffusion de ses ebooks, donc, au départ, je suis plutôt enthousiaste.

Et là, ô surprise, hérésie des hérésies, le terme honni, DRM (il s'agit d'un verrou numérique reconnu nuisible pour la plupart des utilisateurs par les spécialistes), apparaît sept fois en huit pages ! Voir "auto-édition" et "DRM" quasiment accouplés dans un contrat type autoédition, cela fait bizarre tout de même. Les deux termes sont dans mon esprit antithétiques.

Après avoir contacté la personne chargée des relations avec les éditeurs au sein de la direction numérique de Chapitre, celle-ci m'affirme qu'une technologie de watermarking (tatouage numérique), plus légère pour l'utilisateur, est à l'étude, et qu'elle peut modifier le contrat avant que j'envoie les fichiers.

Elle me dit aussi que ce sont les éditeurs qui réclament ces DRM. Ce qui ne m'étonne pas, car Chapitre est plus habitué à négocier avec nos grands mammouths de l'édition qu'avec un petit comme moi. Ces mammouths-là ont les yeux rivés sur les chiffres du piratage, et tiennent avant tout à protéger leurs ventes de livres papier.

Je donne mon accord (juste sur ce principe d'envoi du contrat modifié), mais du coup, j'étudie d'un peu plus près le contrat. Je m'aperçois alors qu'il n'y aura pas de possibilité de voir ses ventes d'ebooks en ligne en temps réel, comme c'est le cas avec Kindle Direct Publishing, Kobo Writing Life, l'iTunes Store d'Apple, mais aussi le site français YouScribe !

Les relevés de vente sont communiqués "sur demande de l'éditeur" ! Formidable, vive le 21ème siècle !

Autre sujet de surprise, la facturation : un autre paragraphe indique que je devrai facturer à Chapitre.com les ebooks vendus d'après le relevé mensuel qu'ils m'enverront.

Je suis habitué à faire des factures pour les livres envoyés. C'est professionnel et pour le livre papier, il y a une véritable logique à cela (encore que cette logique ne soit déjà plus valable dans le cadre de l'utilisation de plates-formes modernes d'impression à la demande couplées à des sites Internet de vente telles Createspace et Amazon). Je reviendrai sur Createspace dans un prochain article.

Mais quelle est la justification pour du numérique ? Le numérique est quelque chose de volatil, qui s'accorde mal avec l'émission de factures. Aucun des autres partenaires précités avec lesquels je travaille ne me demande de facture. Ils ont fait une étude de marché, chez Chapitre ?

Donc, bienvenue au 21ème siècle. Un siècle où les autoéditeurs comme moi peuvent examiner jour après jour, et parfois même heure après heure leurs statistiques de vente, et, s'ils ont un doute sur leur distributeur/libraire en ligne, passer par un tiers pour faire commander un ebook, et vérifier que cela apparaisse bien dans les relevés quotidiens.

Pour l'anecdote, j'ai répondu à Chapitre que, malgré toutes ces contraintes, j'étais prêt à travailler un an avec eux sur la base d'un contrat avec vente d'ebooks sous watermark uniquement (à l'exclusion des DRM), mais que je ne renouvellerai pas le contrat au bout d'un an s'il n'y avait pas de changement en terme de souplesse et de transparence.

Pour l'instant, ils ne m'ont pas répondu.


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