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Discours aux ambassadeurs 2012.

Publié le 28 août 2012 par Egea

Pas encore tout à fait la rentrée, mais le discours aux ambassadeurs sonne, comme chaque année (ici celui de 2011 avec les liens vers les précédents), l'annonce de la pré-rentrée. Après l'analyse des cinq précédents, on attendait celui du nouveau président.

Discours aux ambassadeurs 2012.
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1/ La campagne électorale avait été très discrète sur la politique étrangère, et le candidat Hollande avait soigneusement évité le sujet, hormis la question du retrait français d’Afghanistan et de l'insistance sur l'Europe. A part ça, l'observateur avait eu peu de choses. Autant dire que ce discours était attendu avec une certaine impatience (n'exagérons pas, on est encore en vacances, quand même), pour tenter de pister les évolutions et les marquants de ce quinquennat.

2/ Le diagnostic initial d’instabilité n'est pas nouveau : le terrorisme est relativisé, on évoque la drogue mais aussi "le détournement des nouvelles technologies de l'information" manière de désigner les questions de cybersécurité. Mention est faite de l’instabilité économique et financière, présentée donc comme un facteur géopolitique. Surtout, la crise touche tout le monde, "y compris les émergents". Le discours rappelle les "considérations géopolitiques" déterminant le prix des carburants (allusion au Moyen-Orient) et l'environnement. Toutefois, au rayon des menaces, " la plus grave des incertitudes tient au risque de la prolifération nucléaire et à ses conséquences". Une petite dose d'optimisme pour mentionner "l'enjeu des printemps arabes" (quel dommage de reprendre cet expression journalistique) pur évoquer la question de l'islam politique.

3/ La deuxième partie a pour objet "de déterminer la place de la France, ce qu'elle doit faire et surtout ce qu'elle peut faire. Je partirai de ce qui fait notre identité historique, géographique, politique, celle qui nous permet d'être écoutés, attendus, espérés et surtout utiles" : l'air de rien, voici les déterminants d'une approche géopolitique qui font plaisir à lire. Le propos commence par évoquer les valeurs, car la France est "un pont entre les nations, y compris les émergentes, entre le Nord et le Sud, entre l'Orient et l'Occident". Du très classique. Mais la démarche est fondée sur le droit, ce qui emporte la place centrale de l'ONU : "notre pays ne participe à des opérations de maintien de la paix ou de protection des populations qu'en vertu d'un mandat et donc d'une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies". Affichage louable, affichage peut-être nécessaire à des fins de communication, mais qui ne tient pas compte de la notion d'intérêt. Au Kossovo voire en Syrie, il faudra peut-être s'abstenir d'une telle légalité. Que faire d'ailleurs en cas de "blocage du système conduit, soit à son contournement, soit à son impuissance" ? Évoquer le contournement, c'est déjà insérer une clause d'exception...

4/ Dans la perspective des Nations -Unies, on note la continuité sur la réforme du CSNU, mais aussi sur la promotion d'une " organisation des Nations unies pour l'environnement basée en Afrique". L'OME avait déjà été proposée par le prédécesseur, son implantation en Afrique me semble (mais je n'ai pas suivi le dossier) une nouveauté.

5/ Pour le volet économique, l'appel à une meilleure gouvernance mondiale est classique, même si le constat des limites du G 20 tranche avec les enthousiasmes précédents.

6/ Un point ancien mais passé sous silence ces dernières années est la promotion de la langue. "La langue, c'est une manière de penser et aussi d'agir. C'est une bataille pour la pluralité et la diversité".

7/ La troisième partie du discours traite le "avec qui" : tout d'abord, les Européens. Pas de surprise, bien sûr, mais ce point est un peu plus développé qu'auparavant. La nécessité de position commune cède rapidement le pas à la question de la défense : "En matière de défense, nous devons aussi prendre nos responsabilités. J'ai décidé d'approfondir encore les coopérations en matière de défense avec le Royaume-Uni et nous les inscrivons dans le renforcement des capacités européennes. D'autres grands partenaires, notamment allemands, partagent les mêmes besoins. Le nouveau Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale, qui est confié à M. Jean-Marie GUEHENNO, ses conclusions s'inscriront dans la perspective de l'Europe de la défense dans le cadre de nos alliances. " Notons donc le réalisme de la coopération avec les RU, qui a la même logique de puissance et d'intérêt que nous, ce dont l’Allemagne n'a pas forcément conscience, comme c'est suggéré. Il est juste dommage de terminer ce paragraphe en mentionnant "L'Europe de la défense" qui n'est pas une expression comprise par nos partenaires : ce discours aurait pu être l'occasion d'inventer autre chose.

8/ Le partenaire suivant est logiquement les États-Unis. Le discours insiste plus sur la relation bilatérale que sur l'Alliance atlantique. On note les "réserves ou de poser des conditions, notamment sur la défense antimissiles." Le rapport du M. Védrine est donc largement "cadré".

9/ Le discours évoque ensuite la Méditerranée qui avec trois paragraphes reçoit une attention soutenue : là est peut-être la principale innovation de ce discours. Le président demande donc une « Méditerranée de projets ». Si l'Europe est rappelée dans le cadre de l'UPM, le texte insiste aussi sur le 5+5 : autrement dit, il s'agit de se concentrer sur la Méditerranée occidentale, avec un premier cercle de partenaires (sans l'évoquer, à l'image des pays riverains de la Baltique).

10/ L'Afrique, qui avait pu être négligée dans les précédents discours, reçoit une attention soutenue, avec une vision positive (croissance économique et démocratique), marquée par la participation au sommet de la Francophonie à Kinshasa.

11/ Le reste du monde vient ensuite, même si on parle de "l'émergence d'un monde multipolaire" qui tient du vœu pieu plus que de l'observation de la réalité (le monde est aujourd’hui apolaire, en fait). Les émergents font l’objet des considérations qui suivent : BRIC, Chine, Inde, Russie, Brésil. Et puisqu'on fait le tour du monde, le Japon est aussi mentionné alors qu'il avait été régulièrement omis dans les discours précédents. Une attention polie à la Turquie ("relation stable et confiante avec ce pays sans ignorer et sans occulter les sujets difficiles") montre qu'on parle à des ambassadeurs.

12/ Le discours évoque alors en quatrième partie, les priorités. La première, c'est la crise et c'est l'Europe. pacte de croissance, mécanisme européen de stabilité (qui doit avoir la " capacité d'agir. Le tribunal de Karlsruhe fournira la réponse" : pression indirecte sur l'Allemagne), fonds européen, les mécanismes sont en place pour la prochaine étape, "l'union bancaire et la supervision au niveau européen, que je souhaite, par la Banque centrale européenne". Au fond, " L'euro est irréversible " sonne comme une affirmation politique. D’où l'idée d'une "intégration solidaire qui permette qu'à chaque étape, des mécanismes nouveaux soient accompagnés par des avancées démocratiques. C'est l'union politique. Je suis prêt à répondre aux propositions qui ont déjà été faites". "A terme, je pense que l'union budgétaire devra évoluer vers une mutualisation des dettes", mais aussi "l'harmonisation fiscale et la convergence sociale et environnementale. " Face à cet ambition programme d'évolution politique, il faut changer de méthode et donc passer par les coopérations renforcées : l'approfondissement plutôt que l'élargissement, ainsi que je l'avais signalé avant les vacances.

13/ Le discours parle ensuite de la crise syrienne, "priorité" du moment. "Le principe est simple : Bachar EL-ASSAD doit partir." Pour marquer l'esprit d’initiative, "la France reconnaîtra le gouvernement provisoire de la nouvelle Syrie dès lors qu'il aura été formé". La chose est relativement audacieuse car "l'opposition" syrienne se manifeste surtout par sa désunion : c'est d'ailleurs une des raisons qui explique le maintien en place de Bachar Assad. Le texte évoque les "zones tampons proposées par la Turquie" ce qui reste à examiner... Enfin, le président entrouvre la porte d'une intervention sans aval de l'ONU (passant donc outre le veto chinois et russe) : " nous restons très vigilants avec nos alliés pour prévenir l'emploi d'armes chimiques par le régime, qui serait pour la communauté internationale une cause légitime d'intervention directe". Mais pour l'observateur, il faudra pour cela des preuves plus convaincantes que celles avancées lors de l'affaire d’Irak : à la fois la réalité des armes, mais aussi des indices solides et concourants de leur usage par le pouvoir en place...

14/ Sur l'Iran, la position semble un peu moins en pointe que celle de N. Sarkozy : non à la prolifération, d'où poursuite des pressions, mais "la voix du dialogue reste ouverte car notre objectif est un règlement diplomatique de la crise". Les mots sur le Proche-Orient sont classiques et ne fâcheront aucune des parties.

15/ Un long développement sur le Sahel et la crise malienne : "Mais notre mission sera à ce moment-là d'appuyer leur action dans le cadre des Nations unies et de ce que décidera le Conseil de sécurité."

16/ Le dernier point concerne l’Afghanistan : rappel du respect de l'engagement du retrait avant la fin de l'année, réaffirmation de la présence de la France après, sous une autre forme.

17/ La dernière partie évoque les moyens, c'est-à- dire la diplomatie et le ministère des affaires étrangères : on sent la volonté de rasséréner un ministère qui avait été un peu secoué par les options précédentes.

Comment apprécier ce discours inaugural d'une diplomatie quinquennale ? Continuité et synthèse viennent à l'esprit, car finalement, on observe peu de variations par rapport à des permanences géopolitiques. Certes, le discours insiste sur l'Europe avec la suggestion d'avancée intégratives, certes la Méditerranée est mise en avant (et c'est heureux), certes il y a beaucoup d'attentions prodiguées à tel ou tel pays, sans pour autant se cacher derrière son petit doigt.. Il reste que le discours est empreint d'un certain classicisme aussi bien dans ses objectifs que dans son expression. Au fond, on a l'impression que le président a pratiqué l'art de la synthèse qu'il a si longtemps démontré dans ses précédentes fonctions. C'est une qualité. Et d'une certaine façon, ce style peut-être un peu terne tranche avec les éclats de son prédécesseur. Le retour au classique, voilà peut-être le changement que veut démontrer ce discours...

O. Kempf


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