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L’insatiable homme araignée de Pedro Juan Gutierrez (rentrée littéraire 2012)

Publié le 02 septembre 2012 par Litterature_blog

L’insatiable homme araignée de Pedro Juan Gutierrez (rentrée littéraire 2012)

Gutierrez © 13e note 2012

Il m’a manqué ce salopard. Cinq ans qu’il n’avait pas donné de nouvelles. Son dernier roman, Le nid du serpent, m’avait terriblement secoué. A la limite de l’insoutenable, il m’avait laissé au bord de la nausée, au sens propre du terme. Il faut dire que celui que l’on surnomme le Bukowski cubain n’y va pas avec le dos de la cuillère. Depuis son premier texte publié en France en 2002, Gutierrez utilise toujours à peu près les mêmes ingrédients : La Havane, le rhum, les filles, la crasse et la misère. Un cocktail explosif que l’on ingurgite à chaque page et qui est parfois difficile à digérer.
Les 19 nouvelles présentes dans ce recueil permettent à Gutierrez de répéter ses gammes. Le narrateur, double littéraire de l’auteur, est aigri et désenchanté. Il vit de l’écriture et de la peinture, boit beaucoup et est un sacré obsédé sexuel. Sa femme le sermonne : « Tu es choquant et lourd. Tu écris toujours sur la même merde de tous les jours, sur la misère et les emmerdes. Même moi je peux pas lire tes livres. Écris quelque chose de plus gai, de plus convenable. » Difficile de lui donner tort. Loin du Cuba des cartes postales, Gutierrez décrit la vie des moins que rien. Ses personnages sont cinglés, alcooliques et cradingues. Une de ses conquêtes, lucide, affirme : « Cette île est une cage. » Et force est de reconnaître que les spécimens qu’elle renferme ont de quoi vous foutre la trouille.
La prose, d’une grande vulgarité, reste étonnamment fluide. Beaucoup de sueur, de sexe, de brutalité, d’odeurs nauséabondes. Au cœur de tous les textes, la survie. Souvent, elle passe par les petits trafics, les touristes que l’on peut plumer ou la prostitution. Le narrateur navigue dans cette faune haute en couleur, toujours très à l’aise. J’aime son coté macho, latin, toujours prompt à parler de ses exploits au lit, à exhiber fièrement ses 18 cm et à vanter son endurance digne d’un coureur de fond.
Évidemment, L’insatiable homme araignée n'est pas à mettre entre toutes les mains. Trop cru, trop choquant, trop sensuel. Personnellement, c’est mon truc, mais je ne conseillerais cet auteur à personne. Faites-vous votre propre idée, en commençant par exemple par Trilogie sale de la Havane, publié en grand format par Albin Michel (réédité depuis en 10/18). Si vous passer ce cap, vous pourrez vous enquiller la suite sans sourciller et découvrir un auteur totalement inclassable. A vous de voir…
L’insatiable homme-araignée de Pedro Juan Gutierrez. 13e note éditions, 2012. 218 pages. 20,00 euros.


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