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Les bas féminins au Moyen Age

Publié le 02 septembre 2012 par Cameline

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Les bas féminins trouvent leur origine dans les chausses du Moyen Age, nommées ainsi à partir du VIIe siècle.

Portées aussi bien par les hommes que par les femmes, les chausses désignaient un vêtement collant qui couvrait les jambes jusqu'aux pieds et qui remplaçait les braies masculines de l'Antiquité, larges et flottantes, qui ressemblaient plus à nos pantalons d'aujourd'hui (1).

Les chausses des femmes étaient courtes, s'arrêtant au genou, tandis que celles des hommes couvraient l'ensemble de la jambe.

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La sépulture d'une reine mérovingienne du VIe siècle, Arnégonde, a été retrouvée, dans laquelle étaient préservés bijoux et vêtements. La reine portait des sortes de bas en toile de laine maintenus sur le mollet par des lanières croisées, qui se recroisaient sur le devant pour rejoindre des jarretières. Ces dernières étaient fermées par des petites plaque-boucles et contre-plaques en argent, avec leurs passe-courroies, fixant ainsi les lanières en peau de veau au genou (10, 11).

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Plus tard, au XVIe siècle, les chausses se sépareront en deux parties : les haut-de-chausses et les bas-de-chausses. L'abréviation du nom de ces dernières donnera celui des bas.

Les fabricants de chausses les confectionnaient en drap de lin ou de laine, selon la saison. Ils assemblaient des bandes d'étoffe taillées à la mesure de la jambe. Celles en laine, plus élastiques, moulaient plus facilement la jambe.

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Ce n'est qu'au XVIe siècle que les bas tricotés apparaissent, et avec avec eux la vogue des bas de soie. Le tissu à maille, tricoté, encore appelé bas à l'aiguille, s'ajustait parfaitement à la jambe. Ce type de bas était toutefois réservé aux riches.

Il semble pourtant que des chausses tricotées aient existé au Moyen Age dès le VIIe siècle, tissées à l'aiguille et en rond, mais elles furent extrêmement rares (2, 3). L'argentier du roi de France, en 1387, précise que "trois paires de chausses de fine escarlate faictes à l'esguile" ont été achetées à un chapelier (5b).

Au XIIIe siècle, la technique était habituelle pour la confection des gants et des bonnets, mais elle avait été abandonnée pour le tissage des bas (4).

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Parfois des chausses de toile se mettaient sous les chausses de drap, surtout l'été. Pour l'hiver, ces "sous-chausses" pouvaient être elles aussi en drap. "En 1448, la damoiselle Ysabeau de Bourbon, qui était une personne d'âge, portait des chausses de drap blanc sous des chaisses de drap noir" (3)

Certaines chausses étaient munies de semelles de cuir souple : les "chausses semelées". Elles étaient taillées dans du drap par les tailleurs et semelées par les coordonniers. "Lorsqu'il s'agissait de préserver les pieds de l'humidité du sol, on adjoignait aux chausses semelées des galoches ou des patins à brides de cuir" (3).

Des jarretières de toile, nouées ou fixées au moyen de boucles ou agrafes de métal, maintenaient les bas au-dessus ou au-dessous du genou.

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Les chausses pouvaient être brodées, ou garnies de passementeries, voire de perles ou de pierres précieuses (6).

Leurs couleurs variaient selon les époques, mais les chausses noires étaient les plus courantes. Le vermeil, nuance rouge, était également très usité au XVe siècle. "Venaient ensuite alors, par rang de faveur, les blanches, puis plus rarement les grises, les vertes, les violettes et les bleues" (3).

Les chausses féminines étaient cependant plus discrètes que celles des hommes, moins colorées et moins ornées, puisqu'elles étaient sensées être cachées sous leurs robes.

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Pourtant, il semble que ce ne fut pas toujours le cas. "En habit de palefroi (pour monter à cheval), les dames portaient des bas de riche travail et des jarretières en bijoux. (...) On comprend alors que l'usage ne s'oppôsat point à la laisser voir" (7).

Certaines jarretières étaient très luxueuses, "ornées de broderies, de perles, de diamants ; elles fermaient au moyen de riches agrafes en argent, en or, en émail. Ces boucles, ouvrages des orfèvres, offraient encore, avec de délicates ciselures, des emblèmes, des légendes et des armoiries" (8).


Léon Laborde (9) tient le même discours : "l'exercice du cheval et l'ensemble un peu brusque des habitudes découvraient souvent la jambe ; aussi les bas de chausses étaient-ils richement brodés et les jarretières de véritables bijoux".

Ce qu'il illustre ensuite avec la description des jarretières des duchesses d'Orléans au XVe siècle :

En 1400, les jarretières de Valentine Visconti sont taillées dans des "tissus de fine soye azurée", garny d'argent doré, c'est assavoir, quatre blouques, quatre mordans et pour seize petits besans à faire fermeures (fermoirs) d'argent doré".

En 1455, Marie de Clèves se fait faire par un orfèvre des "jartières d'or", "esmaillées à larmes et à pensées" (9c).

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Au XIVe siècle, les comptes tenus par les argentiers des rois de France nous instruisent sur les bas que portaient les reines de ce siècle.

Ainsi, Jeanne de Bourgogne, en 1316, se faisait tailler des chausses de drap "pers" (bleu) (5a).

En 1352, on fit faire pour Blanche de Bourbon des chausses de "pers azuré"  à l'occasion de son mariage avec le roi de Castille.

En 1387, la reine Isabelle de Bavière portait des bas de laine « escarlate morée sur le brun », qu'elle liait avec des jarretières « de satin azur des foibles » fermées par des boucles, mordants et clous « d'argent doré fin vermeil », « lesquels cloux, blouques et mordant sont esmaillés à K et à E » (Karolus et Elisabetha) (5b).   

Au XVe siècle, les chausses devaient être bien tirées, et pour cela elles étaient faites sur mesure. Les pauvres se contentaient de chausses moins ajustées (3).

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Olivier de la Marche nous décrit en 1501 la toilette des dames de son temps (12).

Selon lui, les chausses doivent être de drap fin, et être bien tirées au moyen de jarretières faites du même drap qui a servi pour les chausses.

   "Faites venir un maistre chaussetier,

   Pour faire chausses bien expert et habille,

   Qui soient du drap le plus fin de la ville ...

   (...)

"Mais il convient avoir l'oeil et regart

Que les chausses qui sont si bien tirées

Soyent tenues gentement, et gardées

De jarretiers, par façon et par art,

Que la chausse demeure de sa part

Ferme en la jambe, sans tumber ou desmettre.

Sans jarretier ne peult une dame estre.

Le jarretier se fait communément

Du propre drap couvrant la jambe nue.

Le jarretier lye estroictement,

La chausse va si bien et proprement

Qu'elle ne bouge, ne descend ou remue".

  Sources :

  1. Paraître et se vêtir au XVIe siècle : actes du XIIIe Colloque du Puy-en-Velay, publié par Marie F. Viallon, 2006, Université de Saint-Etienne

  2. Encyclopédie méthodique. Commerce. 1783, par Nicolas Baudeau

  3. Jeanne d'Arc, son costume, son armure : essai de reconstitution, Adrien Harmand, Ed.Leroux, 1929

  4. La vie privée d'autrefois : arts et métiers, modes, moeurs, usages des Parisiens, du XIIe au XVIIIe siècle, par Alfred Franklin, 1887

  5. Comptes de l'argenterie des rois de France au XIVe siècle, par Louis Douët d'Arcq, 1851 (voir ci-dessous le détail des notes 5a et b)

  6. Encyclopédie médiévale, par Viollet-le-Duc

  7. Causeries d'un curieux, par Félix-Sébastien Feuillet de Conches, 1857

  8. Le livre des collectionneurs, par Alphonse Maze-Sencier, 1885

  9. Notice des émaux , bijoux et objets divers, exposés dans les galeries du Musée du Louvre. Documents et glossaire, par Léon Laborde, édité par Vinchon, imprimeur des Musées nationaux, 1853 (vois ci-dessous les détails de la note 9c)
  10. Les dossiers de l'archéologie n°32 (janvier/février 1979), extrait de l'article de Michel Fleury et Albert France-Lanord : « La tombe d'Arégonde »)

  11. Les jarretières d'Arégonde – Par Maequita Volken (Gentle craft, Lausanne)

  12. Le Parement des Dames, Olivier de la Marche, manuscrit publié en 1501

     

(5 a- Compte de l'argenterie de Geoffroi de Fleuri, retranscrits par Louis Douët-d'Arcq et publiés en 1851)

(5a) Pour les 6 derniers mois de l'année 1316, "6 aunes de pers" (bleu) ont été achetés à "dame Ysabiau de Tremblay, drapière", "pour faire chauces pour la Royne (Jeanne de Bourgogne) et ses filles, avant d'être "faites par Jehan le Bourguignon, tailleur de madame la Royne".

A l'occasion des « noces et espousailles » de Blanche de Bourbon avec le roi de Castille en 1352, le roi a fait acheter à « Pierre de la Courtneuve, pour 8 aunes d 'un pers azuré de Broisselles » (Bruxelles), pour « faire chauces pour ladicte dame la Royne »(a).

(5 b- Compte de l'Argenterie du Roi du terme de la St Jean en 1387, retranscrits par Louis Douët-d'Arcq et publiés en 1851) 

Des « draps de laine, pour le corps de Madame la Royne » Isabeau de Bavière, sont achetées auprès d'Aubelet Buignet, drapier : « deux aulnes d'escarlate morée sur le brun de Rouen »pour « pour faire six paires de chausses pour ladicte dame, et baillé audit tailleur, Pierre pour ce faire ».

A « Pierre l'Estourneau, tailleur et varlet de chambre de madame la Royne de France » : « pour la façon de 6 paires de chausses faictes de deux aulnes d'escarlate morée, pour la dicte Dame ».

Des « draps d'or et de soye pour le corps de madame la Royne » sont achetés « à Robert Thierry, mercier  : « demie aulne de satin azur des foibles », « un quartier de satin azue des foibles », et « un quartier de satanin azur », « pour faire des jartières à lier les chausses de ladicte dame ».

Orfèvrerie achetée « pour madame la Royne à Simmonet le Bec » : « pour cinq onces d'argent doré fin vermeil, par lui mis et emploié és blouques (boucles) et mordans et en plusieurs clox (clous) d'argent dorez pour la ferreure de deux jartières de satin azur, pour lier les chausses de madame la Royne. Lesquels cloux, blouques et mordant sont esmaillés à K et à E (Karolus et Elisabetha). Pour ce, pour argent, dorer et façon, aux pris de 32 parisis l'once ».

(9 c- Notice des émaux, bijoux et objets divers, exposés dans les galeries du Musée du Louvre. Documents et glossaire, par Léon Laborde, édité par Vinchon, imprimeur des Musées nationaux, 1853)

A Jeahan le Conte, orfèvre, - pour quatre tissus de fine soye azurée, pour faire deux paires de jarretières pour ma dicte Dame (la duchesse d'Orléans) et pour yceulx avoir garny d'argent doré, c'est assavoir, quatre blouques, quatre mordans et pour seize petits besans à faire fermeures d'argent doré (Ducs de Bourgogne, 1400)

A Jehan Lessayeur, orfèvre, pour avoir fait deux jartières d'or pour madame la Duchesse (d'Orléans), esmaillées à larmes et à pensées" (Ducs de Bourgogne, 1455).


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