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En silence (Spiry)

Par Mo

En silence

Spiry © Casterman – 2012

Ce jour-là, Juliette a prévu de faire du canyoning avec son compagnon. Ils se rendent donc au petit matin au lieu de départ de l’expédition pour les derniers préparatifs. Là, ils retrouvent leur moniteur ainsi qu’un couple et ses deux fillettes.

« L’isolement, le dépaysement et le frisson du danger vont servir de révélateur. Chacun, au fil de cette longue journée pleine d’imprévus, va se retrouver seul, confronté en silence à ses interrogations les plus intimes. Ainsi Juliette, la narratrice, qui perçoit bientôt cette journée particulière comme une sorte d’épreuve du feu pour le couple qu’elle forme avec Luis. Comment dépasser le sentiment d’immobilisme et d’attente qui imprègne leur relation, et qui lui est devenu presque insupportable ? Cette belle journée d’été n’est-elle pas, finalement, l’épilogue de leur histoire d’amour ? » (extrait du synopsis éditeur).

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Cet album m’a impressionnée. Tout d’abord, parce que je m’attendais peut-être au fait que l’auteur maîtrise moins son sujet et que ce dernier lui échappe par moments. Pourquoi ? Car je savais qu’En Silence est une première pour Audrey Spiry mais l’auteur a pris soin d’éviter toute confusion. L’album est prenant.

Ensuite, quand on lit l’interview mise en ligne par Le Graphivore, les éléments qui nous ont frappés durant la lecture deviennent une évidence. L’auteur confie :

 Mon envie est que le lecteur ressente une impression avant de lire la case en tant que telle

En silence (Spiry)Objectif atteint me concernant, car j’ai passé plus de temps sur la lecture des visuels que sur celle des phylactères. Chaque case contient une petite peinture qui retranscrit au plus juste les sensations des personnages.

Mais je reconnais que ce qui m’a réellement impressionnée, c’est ce frémissement perceptible de l’eau au travers de chaque illustration. Le rendu visuel est bluffant. Là, sous nos yeux, étalée sur du papier glacé, l’eau ondule, clapote, bouillonne et tourbillonne de manière si naturelle qu’on ne se lasse pas d’explorer le moindre recoin de case et profiter ainsi de chaque remous. On ressent cette impression de légèreté, on a le sentiment de flotter, on se laisse balloter par les rapides… Je me suis totalement laissée porter par cette histoire, j’ai laissé les personnages me guider dans les sensations que je devais ressentir : la fraicheur de l’eau qui saisit, l’accélération du rythme cardiaque…

Ensuite, j’ai savouré la touche de fantastique injectée dans ce récit. Là où d’autres y verront certainement l’expression de non-dits et une forme d’introspection de la part du personnage principal, ce que je ne remets pas en cause, j’y ai vu la touche salvatrice d’un univers onirique dans lequel l’auteur se contente de remettre quelques clés à son lecteur afin qu’il puisse s’y promener à sa convenance. Audrey Spiry semble soucieuse de ne pas contenir son spectateur dans une vision unique de l’univers qu’elle a créé.

L’album se découpe en trois chapitres et chacun influence à sa manière le rythme du récit. On voyage dans différents dégradés de bleus. Des temps de quiétude succèdent à l’inquiétude. Au fil de l’eau, on glisse naturellement d’un état d’esprit à l’autre, d’une peur à l’autre…

En silence (Spiry)Un album atypique où l’eau y est métaphore. A découvrir.


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