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Les Français ont le moral dans les chaussettes : est-ce surprenant ?

Publié le 03 septembre 2012 par Kamizole

Comment diable en serait-il autrement alors que les perspectives économiques et sociales sont aussi sombres ? Ne pensez pas que je j’entends tirer à boulets rouges contre François Hollande, Jean-Marc Ayrault et le gouvernement. La situation est totalement diffé-rente du début d’autres septennats ou quinquennat. Nicolas Sarkozy nous bourra le mou tant est plus en 2007, ensuite de quoi - non sans avoir fait voter le bouclier fiscal et autres saloperies de derrière les fagots il s’envoler pour les Etats-Unis - dont il revint pour privilégier ses amis de la « bande du Fouquet’s ».

Sa cote de popularité était encore au plus haut - un délirant plus de 60 %. N’avait-il point promis d’aller chercher les 3 % de croissance « avec les dents » ? Au lieu de quoi « le président des riches » les usa à creuser les déficits publics à son profit et celui de ses amis multimilliardaires, sans que nous n’atteignions jamais ce niveau mais plus certainement les basses eaux au fur et à mesure des années. Pour en arriver aujourd’hui à ce qu’il faut bien nommer récession avant de sans doute sombrer dans la pire dépression depuis la grande crise de 1929.

Rappelons pour faire bon poids bonne mesure que le « courageux » François Fillon avoua - après le krach de septembre 2008 - avoir compris lors d’un séjour à Washington à la fin de l’été 2007 l’ampleur de la crise financière qui se préparait… Que n’a-t-il alors mis en garde Nicolas Sarkozy et pris des mesures contraires à ce qu’il avait initiées ? J’t’en fiche ! Il ne fut pas pour rien affublé du sobriquet « Courage Fillon » en 2003 par ses petits camarades du gouvernement. Brave mais pas téméraire : « n’écoutant que son courage qui ne lui disait rien, il se garda bien d’intervenir » selon un des bons mots de Jules Renard.

Je l’ai dit plus que souventes fois et le répéterai autant qu’il sera nécessaire : je suis certes socialiste mais nullement béni-oui-oui et que l’on n’attendît pas de moi que je tresse des lauriers au gouver-nement et au PS en général si je ne suis pas d’accord avec les mesures prises ou toute autre prise de position, action et déclaration.

Il faudrait que je fisse preuve d’une mauvaise foi au moins égale à celle des pignoufs de l’UMP pour incriminer François Hollande et le gouvernement, lesquels chiens de garde feignent d’ignorer qu’ils héritent - après 10 ans de présence de la droite au pouvoir - d’une abominable situation sur tous les plans - financier et budgétaire, économique et plus encore sociale : le chômage atteint des niveaux record et cela n’est pas fini. Les plans sociaux - gardés au fond des tiroirs pour jusqu’après les élections législatives afin de ne pas risquer de compromettre la réélection de Sarkozy et des parlementaires de l’UMP - auraient eu exactement les mêmes conséquences en termes de licenciements économiques.

Or donc, ils jappent à qui mieux mieux sur François Hollande et Jean-Marc Ayrault coupables de n’avoir pris aucune mesure. Ah ! Si : ils leur ont tiré dessus à boulets rouges pour avoir osé « détricoter » autant que faire se peut les géniales réformes et autres « mesures phares » du sarkozysme flamboyant (entendre qu’il fit flamber les deniers publics).

Pour le reste, comment en serait-il autrement ? La situation est tellement compromise sur tous les fronts qu’il leur faut faire preuve de beaucoup de prudence et de circonspection. Contrairement à Nicolas Sarkozy qui, à chacune de ses lubies fonçait dans les obstacles sans jamais mesurer les conséquences à plus ou moins court ou long terme. Persuadé - pure mentalité magique des enfants et insanes d’esprit - disposer d’une baguette magique qui effacerait les obstacles et autres éléments désagréables existant bel et bien dans le monde réél.

François Hollande et le gouvernement n’ont rien de tel à leur dispo-sition mais bien plutôt ce qu’il convient de nommer un « bâton merdeux » : vous ne savez jamais par quel bout le prendre sans risquer de vous salir les mains. Transmis tel un relais dans le 4x4 fois 400 mètres haies lors du dernier concours d’athlétisme dit « de l’Elysée » qui eut lieu le 6 mai 2012, espérant que le concurrent socialiste le ferait tomber ou chuterait sur le dernier obstacle. Il n’en fut rien et si le champion de l’équipe aux couleurs de « la Rose - au poing » arbora effectivement la médaille d’or sur la plus haute marche du podium, le bâton reste tout autant impossible à manier.

La situation est d’autant plus difficile et délicate que la plus que très ultralibérale Commission de Bruxelles, la BCE et autres déci-deurs de la zone euro - sans même parler d’Angela Merkel - imposent des mesures d’austérité drastiques qui laisseront invariablement le malade peut-être guéri mais… mort. Politiques de rigueur et d’austérité condamnées à juste titre par un nombre croissant d’économistes. De Joseph Stieglitz - prix Nobel d’économie - "L'austérité mène au désastre" (Le Monde 22 mai 2010) à tout dernièrement Dominique Plihon d’Attac - également professeur d’économie à Paris XIII : "Les politiques d’austérité ont approfondi la crise" (Challenges 31 août 2012).

En ayant garde d’oublier une sévère mise en garde du Bureau international du travail (BIT) dans son Rapport 2010 sur le Travail dans le Monde : La récession persistante sur le marché du travail détériore le climat social dans de nombreux pays (1er octobre 2010). Le rapporteur, Raymond Torres expliquant que les gouvernements avaient abandonné les politiques de relance pour celles d’austérité - alors que les raisons profondes de la crise n’avaient pas été traitées et que la reprise, quand elle existe, était encore trop faible. D’où bien évidemment un impact négatif sur le marché de l’emploi. Il mérite d’être cité tant sa démonstration est frappée au coin du bon sens économique : il affirme que « la coexistence d’une croissance tirée par l’endettement privé dans certains pays développés et d’une croissance fondée sur les exportations dans les économies émergentes s’est révélée être le talon d’Achille de l’économie mondiale. La reprise demeurera fragile aussi longtemps que les revenus du travail continueront d’augmenter moins vite que les gains de productivité et tant que le système financier connaîtra des dysfonctionnements ». CQFD. J’ai déjà souventes fois affirmé que je préférais être keynésienne plutôt que conne : je persiste et signe.

Tout « capitaine de pédalo » qu’il fût (merci Mélenchon qui aurait dû une fois de plus fermer sa grande gueule de démago) François Hollande est donc forcé de naviguer à vue entre une foule d’écueils plus dangereux les uns que les autres. D’où une indispensable extrême prudence. Je remarquerais à cet égard qu’il est pour le moins autrement avisé et attentif à les éviter que naguère le «capitaine de tempête» ou «Cap’tain courage» stupidement loué par ses thuriféraires de l'UMP. Marin d’eau douce qui drossa invaria-blement le navire amiral France sur tous les écueils à sa portée. Grosses voies d’eau garanties dans les finances publiques et passagers dans un état les faisant ressembler aux rescapés du Radeau de la Méduse dont le commandant était tout autant incompétent.

Les mêmes causes poursuivant les mêmes effets, le délabrement des finances publiques héritées des UM/Pcompétents qui ont sévi depuis 2007, un nombre inouï de demandeurs d’emplois - plus de 5 millions toutes catégories confondues - la baisse drastique du pouvoir d’achat : salaires en stand by depuis au moins deux voire trois décennies et l’avalanche de taxes et ponctions diverses survenues - 3 plans d’austé-rité entre août 2011 et janvier 2012 ! - laissent en même temps que le PIB tend à plonger en dessous de la ligne de flottaison (0 %) une grande majorité de Français sur la paille. Lors même que les marges de manœuvre de François Hollande et du gouvernement sont réduites à l’extrême. Ce qu’il était tout à fait loisible de subodorer dès avant l’élection présidentielle sauf à avoir chaussé d’épaisses peaux de saucisson plutôt que des lunettes.

Reproche que l’on ne saurait faire à François Hollande parfaite-ment conscient et lucide quant aux difficultés qui l’attendait et qui eut la sagesse de ne point promettre la lune et au contraire d’affirmer qu’il ferait ce que la situation économique permettrait.

Selon une étude de l’Ifop  Le moral des Français est au plus bas ( Reuters 1er septembre 2012) je me demande bien comment il en pourrait être autrement tant les perspectives à court et moyen sinon long termes sont assombries. L’on incrimine sans doute à fort bon escient l’absence de soleil d’être à l’origine de dépressions saison-nières en automne et en hiver : malheureusement le gouvernement ne dispose pas en l’occurrence d’un appareil à UV susceptible d’améliorer le moral des Français. Ils seraient donc 68 % (deux tiers des Français) - dont 58 % pour les sympathisants du Parti socialiste - à être pessimistes pour leur avenir.

C'est grosso modo la proportion de Français - pauvres et classes moyennes - dont la situation n’était déjà pas florissante avant même l’élection de François Hollande.

Ce pessimisme - que je partage totalement - culmine chez les per-sonnes âgées : 74 %. Certes, les retraités ne sont pas tous logés à la même enseigne. Certains vivant très à l’aise. Mais faisant partie des retraités pauvres - 900 € par mois vivant donc en dessous du seuil de pauvreté : 950 € par mois (chiffres de 2009 ! Cela n’a pas dû s’améliorer depuis) - qu’il me fût permis pour une fois de défendre ma croûte en même temps que celle de mes compagnons d’infortune.

Ni dans le programme de François Hollande ni dans les mesures annon-cées depuis, il ne fut question d’améliorer le sort des personnes âgées - parler de la fin de la vie et/ou d’euthanasie c’est très bien mais cela ne mange pas de pain : nous si ! Et si l’on nous précipite encore plus rapidement de vie à trépas par quasi inanition, cela sera très bon pour les caisses de retraites mais nullement pour les retraités.

J’ai bien évidemment applaudi à nombre de mesures qui même limitées apportaient quelques bouffées d’oxygène aux salariés et chômeurs - coup de pouce au Smic et aux allocations de chômage, augmentation assez substantielle de la prime de rentrée scolaire. Et encore plus récente, l’annonce d’une revalorisation de l’allocation des adultes handicapés (AAH) (Flash-info Le Figaro 1er sept. 2012). Je ne suis nullement égoïste mais au contraire la première à m’insurger contre toutes les iniquités, sociales entre autres.

La situation est au demeurant exactement la même pour les titulaires d’une pension d’invalidité servie par le Régime général de la Sécurité sociale. Je suis bien payée pour le savoir. En 2003 François Fillon alors ministre des Affaires sociales avait promis que la réforme des retraites - la der des der prétendait-il ! - s’accompagnerait d’une indexation des retraites sur l’inflation. Dont nous n’avons jamais vu la couleur : tout au plus 1,1 % par an. De même, au moment de la réforme des retraites de 2010 et par la suite, Nicolas Sarkozy osa prétendre que non seulement le niveau de vie des retraités avait été maintenu mais qui plus est, augmenté !

Même pas dans nos rêves. Je me suis d’ailleurs aperçue en faisant des recherches sur mes déclarations de revenus que depuis 2009 j’avais perdu 680 € par an ! « Etouffé » par qui et comment, je ne saurais le dire. Quand on gagne tout au plus 10.000 € et quelques poussières par an cela fait un sacré trou et je ne dois plus m’étonner d’avoir tant de mal à boucler mon budget même en faisant super gaffe. Avec 600 € par mois de dépenses « incompressibles » sur un revenu de 900 €, mieux vaut ne pas être tentée de « faire danser l’anse du panier » si je ne veux pas faire plonger mon compte en banque dans le « rouge » le plus vif. Je suis attentive à ce qu’il ne se colore même pas d’orangé.

Alors, camarade François : prend en considération les difficultés d’un grand nombre de retraités. Accorde au moins une revalorisation des revenus modestes et moyens de 2 % comme celles dont ont bénéficié d’autres catégories de personnes oubliées de la crise. Je connais plus de retraités percevant de 900 € à 1200 € qu’émargeant à 3.000 € euros voire davantage. Nous pourrions nommer cela « équité sociale ».

Quand Nicolas Sarkozy malmenait tant et plus les retraités les plus démunis j'envisageai que nous fassions un gigantesque happening sur les Champs-Elysées, les manifestations de retraités ne regroupant pour l'essentiel que ceux des organisations syndicales - des "inclus" donc - et des associations dont les membres ne sont pas particu-lièrement défavorisés. Faisant la manche comme d'autres, avec une pancarte : "retraités dans la misère"... CHICHE ?


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