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C2C – Tetra | LP (On and On Records)

Publié le 03 septembre 2012 par Splash My Sound @splashmysound

C2C - TetraLe chiffre 4 va si bien au quatuor 20Syl/Greem (Hocus Pocus) + Atom/Pfel (Beat Torrent) qu’il est en est même quadruple champion du monde de DMC. Ces prohpètes du turntablism – comprendre « création musicale grâce aux platines vinyle » - nous ont laissé quinze ans sans son à proprement parler, et voici que le groupe arrive un début de septembre 2012, alors que l’Internet pullule littéralement de compos et (re)mixes du premier gogo venu tâtant vaguement un logiciel de MAO, aux artistes connus et reconnus.Il arrive dans un univers musical électronisé au possible, à propos duquel tout le monde à ses (p)références et son mot à dire.Est-ce que Tetra peut prétendre à quelque chose dont on se rappellera dans 10/20 ans, mode « écoute ça, ils sont bons, ce sont des pionniers du genre » ?

Cette capacité folle de parvenir à donner envie d’écouter une track non-pas parce que c’est à la mode, mais par réel « besoin ». Si parfois l’écoute d’un morceau parvient à vous faire tout oublier l’espace de quelques précieuses secondes, alors vous avez déjà ressenti ce besoin en question. Se voulant influencés par le Rock’n'roll, les C2C nous ont concocté « des choses improbables qui fonctionnent » ; leur identité, celle de puiser des samples dans les tréfonds les plus oubliés de la création.

On se rappelle forcément de Cross et ses centaines de samples et micro-cuts, ou encore de Discovery qui, d’abord délaissé par les publics, a ensuite suscité des recherches des originaux samplés par les internautes. Le tout est illustré par un univers épuré, sobre et lisse comme la longue jambe bronzée et perlée d’eau fraîche d’une femme sur la plage. Si ce n’est fait, jetez un oeil aux clips, chacun œuvre d’Art.

Nappes et filtres changent tous les 8 temps, à peine le laps de se remettre de l’écoute de l’album qu’il faut déjà se reprévoir 60 minutes pour lancer le mode répétition et apprécier tous les petits détails parsemés ci-et-là par les quatre compères. Les ressources de la musique électronique sont à leur apogée, dans une symbiose entre deux dimensions : l’organique aux enrobages numériques, comme chez l’excellent Mr Flash. Le Hip-hop de Beat Torrent, la touche Jazz d’Hocus Pocus, main dans les main. Précision, minutie, rapidité toute maîtrisée. Cut-up instrumentaux/vocaux qui fourmillent, un LP bricolé de samples et de composition dans lequel les frontières entre artiste et artisan se floutent. On voyage à-travers les temps et les univers tout au long des quatorze morceaux. De la musique faite par et pour du vinyle : ça s’écoute en analogique, les microsillons blindés de détails précis et vecteurs d’une dynamique à couper le souffle. À force de tourner sous l’impitoyable aiguille de la tête de lecture, la galette finira par pleurer et scintiller, rendant l’oeuvre toujours plus authentique.

The Cell est le ventre qui gargouille à la vue du gâteau ; Down the Road le moment impatient de la découpe des parts ; on tend son assiette à Delta et on se gave sans scrupules sur Happy. La digestion sera des plus agréables puisque la berceuse aux envolées lyriques et aux choeurs à la Danny Elfman s’appelle F·U·Y·A. Mais que s’est-il passé entretemps ? Tellement de choses, mais si, souvenez-vous…

The Cell, petite comptine qui monte qui monte… choeurs, les amplis chauffent, les instrus s’éveillent et c’est parti. Bien, bien correctement en plus. Nous sommes d’ores et déjà dans quelque chose de puissant, patiemment et brillamment arrangé. Petits craquements du 33 tours usé oblige, on enchaîne très naturellement Down the Road. Le point de non-retour se situe donc là, dès les premières secondes, à l’instant précis où les violons entrent en jeu, incisifs comme des coups de griffe. Harmonica fou à la Charlie Winston, le morceau finit sur un Rocking-Chair, guitare déglinguée à la main. On touche à la sensualité vocale harpée avec Kings Season, à une sinistre douceur sensible passée à la lumière noire avec les harmonies violons de Give up the Ghost. Because of you est une track love mode  »rancœur virile » via l’admirable featuring de Pigeon John.

Avec Genius, tu peux très humblement te la donner, puisque tes chaussures cirées et ta petite chemise parfumée feront leur plus bel effet ce soir, et tu emballeras à coup-sûr avec Delta, ses micro-samples en pagaille gravitants autour d’un piano serein - en partant du principe que tu maîtrise parfaitement le carré Disco. Et quelle chaleur, une chaleur qui nous accompagne tout au long du LP, à son climax dans Happy avec un James Brown qui est de sortie et nous donne le conseil de s’essayer à être heureux. Le morceau passerait inaperçu dans les rues de Harlem, en enchaînant bien-sûr avec le sosie vocal d’Aloe Blacc dans Who are you, sa basse élastique et ses entêtants la-la-la. Oud pour musique arabe dans Together qui cesse juste à temps avant qu’une corde casse ainsi que dans Le Banquet, morceau autoritaire au samples Chinese Man style, le scratching poussé dans ses retranchements. L’atterrissage est imminent, nous voici déjà face à F·U·Y·A, morceau synthèse de leur parcours, crossover entre plusieurs styles et véritable cri de guerre du groupe nantais. Seul ombre au tableau, le doux Someday qui manque à l’appel. Précis, même jusque dans la durée du tout : 1h00 pile.

C2C Band

C2C ©Sylvain Richard

Difficile de synthétiser et trouver les mots justes pour parler de C2C et leur joyau de LP tant l’univers est dense et l’identité signée à l’indélébile. Un gâteau aux dizaines d’ingrédients, aux multitudes de goûts et couleurs. Les quatre cuisiniers piochent des samples un peu partout et saupoudrent la cuisson de cette magie alchimique du plat parfait, et ce pourtant en toute hétérogénéité. Tout se croise et s’entrecroise, tous genres musicaux confondus : Rap US, Jazz, Funk, Hip-hop, Rock, Disco… la liste est longue et le résultat d’une irréprochable propreté. Robert Bresson, inspiré par Vivaldi disait : « Quand un violon suffit, ne pas en utiliser deux. » Non-contents d’en caler à foison, les instrus ddu groupe fouettent, enlacent et laissent de profondes stigmates… Un album qui peut donc prétendre à contenter toutes les foules. Pas mal de featurings (peut-être un poil trop), des lyrics intelligentes, pensées aux discours multiples. De son côté, la maîtrise du rythme en devient anecdotique : elle ne frôle plus la perfection, elle lui donne une bonne leçon de savoir-faire… Bon, trop de bla-blas, il est temps de me calmer, tout est à ressentir. Simplement pour répondre à ma propre question d’intro, OUI, on parlera des C2C de nombreuses années durant. La fin du monde est prévue pour dans un peu plus de trois mois c’est bien ça ? On s’en fout, maintenant on a ce merveilleux puzzle aux milliers de pièces : Tetra.


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