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Franco Luambo Makiadi : que d’initiatives pour perpétuer sa mémoire et son œuvre

Publié le 07 septembre 2012 par Africahit


Franco Luambo Makiadi : que d’initiatives pour perpétuer sa mémoire et son œuvre

Lwambo fut ce chasseur de têtes qui a su attirer dans son groupe tout ce que le pays comptait comme talents, de Michel Boyibanda à Malage en passant par Madilu Bialu, Sam Mangwana, Joe Mpoyi, Josky Kiambukukuta, Ntesa Zitani Daliens, Kiesse Diambu, Wuta Mayi, Youlou Mabiala, Michel Mavatiku, Mandjeku, Carlito Lassa...

Vingt trois ans après sa mort le 12 octobre 1989), Franco Lwanbo Makiadi, le griot, le virtuose, le peintre de la société r-dcongolaise, se recherche un successeur. Et pour perpétuer sa mémoire, les initiatives ne manquent pas.
Fondateur de l’orchestre OK Jazz, Luambo Makiadi est l’une des figures de proue de la musique r-dcongolaise. C’est à ce titre que Raoul Yema die Lala a publié l’année passée aux éditions Eugemonia, un ouvrage sur la vie et la carrière du guitariste et chanteur r-dcongolais, Franco Luambo Makiadi, décédé le 12 octobre 1989.
Ce livre de 295 pages est intitulé « Franco, le Grand Maître ». Raoul Yema explique qu’il a écrit ce livre sur Franco pour perpétuer la mémoire de cet artiste. Il confie en outre, que le célèbre guitariste est le musicien congolais qu’il connait et comprend le mieux ».
Par ailleurs, un groupe d’artistes plaident pour l’érection d’un monument à la gloire de Franco. A l’approche de l’anniversaire de sa mort, ces artistes, appuyés par de grandes personnalités du pays, préparent un manifeste dans lequel ils plaident pour l’érection d’un monument à la gloire de ce musicien hors du commun compare à Serge Gainsbourg.
Aux artistes méritants, les mélomanes doivent être reconnaissants, disent-ils. En attendant les hommages à Franco qui connaitront leur apothéose le 12 octobre prochain, ce manifeste rendra un hommage à cet illustre musicien.
Mais ils pensent aussi à une campagne nationale pour l’érection d’un monument en sa mémoire. Il est de coutume qu’à l’approche de l’anniversaire de sa mort des manifestations soient organisées à Kinshasa.
Par exemple, le Centre culturel français de Kinshasa a déjà élaboré un  programme en vue de rendre  hommage à Franco à travers plusieurs manifestations culturelles sur le thème : « De Wendo à Lwambo ».
Ces manifestations étaient organisées à l’occasion du 20ème  anniversaire de la mort de Lwambo Makiadi et du l’anniversaire de la disparition de Wendo Kolosoy.
Deux films avaient été projetés à la Halle de la Gombe : « Rumba » du réalisateur français, Olivier Le chien, et « On the Rumba River » de Jacques Sarasin. II était également prévu dans la deuxième quinzaine du mois d’octobre une conférence et une série de spectacles de musique animés par Bana OK et Bakolo Musique.
Par ailleurs, la fondation Lwambo avait organisé, le 17 octobre 2009, une grande soirée VIP d’hommage a Franco au Grand Hôtel Kinshasa (GHK) avec la participation des musiciens de deux rives du fleuve Congo, notamment d’anciens compagnons et collaborateurs de Franco dans l’OK Jazz.
Sur la liste des invités, on notait Michel Boyibanda, Edo Nganga, Jean Serge Essou, Malage Lungendo, Wuta Mayi, Nyoka Longo, etc.
Pour sa part, la famille de Franco veut transférer ses restes dans son village natal de Sona Bata dans le Bas-Congo. La fondation qui porte son nom, entrevoit depuis quelques années l’exhumation des restes de l’artiste iconoclaste pour une seconde inhumation.
Mais, jusque-là, toutes les autorisations d’usage ne sont pas encore accordées. Elle compte sur la bonne compréhension des autorités.
Retour dans l’histoire
Mais bientôt 23 ans après, Franco, le griot, le virtuose, le peintre de la société, se recherche un successeur. Retour dans 1’histoire le l2 octobre 1989, François L’Okanga Landju Pene Lwambo Makiadi, le chanteur le plus atypique que la musique r-dcongolaise ait jamais produit, tirait sa révérence.
Avec lui, c’est tout un genre musical qui s’en allait autant qu’une page glorieuse de notre musique qui, brutalement, se refermait.
Commencée dans les années 50 avec quelques copains chez Omer Kashama, nom dont l’acronyme allait donner l’appellation OK Jazz, l’épopée de Franco a traverse des générations des R-dCongolais et marqué l’histoire de tout un pays.
Oeuvre inoxydable
Il y a d’abord l’œuvre, pour tout dire inoxydable à ce jour. Plusieurs maisons d’édition dont Honorable et Socrate Music ont publié des CD et K7 de ses anciens succès qui font toujours le bonheur des milliers de fans à travers le pays et le monde.
De « Faux millionnaire » à « Flora la femme difficile », en passant par « Azda », « Kinsiona », « Non », « Makambo eleki bourro », « Mario », d’anciens tubes reprennent vie. Et ils rappellent à la jeune génération ce que fut la grandeur d’un perfectionniste totalement voué à l’art d’Orphée, et qui a été, avec Nico Kasanda et Nedule Papa Noel, les meilleurs guitaristes de l’ex-Zaïre.
Lwambo fut aussi ce chasseur de têtes qui a su attirer dans son groupe tout ce que le pays comptait comme talents, de Michel Boyibanda à  Malage en passant par Madilu Bialu, Sam Mangwana, Joe Mpoyi, Josky Kiambukukuta, Ntesa Zitani Daliens, Kiesse Diambu, Wuta Mayi, Youlou Mabiala, Michel Mavatiku, Mandjeku, Carlito Lassa, etc.
Le peintre de la femme
Mais Lwambo, c’est aussi un genre musical tres particulier.
S’il utilise comme bien d autres le créneau de la rumba, sa musique lui a plutôt servi pour décrire la société dans laquelle il vit, et, surtout, pour en dénoncer les maux - même s’il faut pour cela heurter quelques responsables politiques bien positionnés dans l’appareil de l’Etat.
Contrairement à son éternel concurrent Tabu Ley qui à travers chansons et proses, magnifie la femme sous ses diverses facettes, Franco, lui, s’il parle de la femme, c’est pour peindre, avec une ire certaine, le  côté scabreux de la compagne de l’homme.
« Mwana ya mbanda », « Iluse », « Ya yo te », « Alimatou », « Non », « Mamou » et d’autres chansons témoignent encore aujourd’hui des rapports difficiles que Franco a eus avec la gent féminine.
Résultat, sans doute d une enfance pas très heureuse passé dans le Bas-Congo d’abord, puis a Kinshasa pour le jeune adolescent mutetela du Kasaï Oriental, né d’une mère Bas-Congolaise. Mais Lwambo n’a pas connu que la gloire.
II a également fréquenté la prison de Makala, à la suite des chansons en dessous de la ceinture, à la base d une affaire ou érotisme impudiquement offert au public, justice et politique vont s’entremêler.
En 1970, Tabu Ley fait un triomphe au mythique Olympia de Paris et devient l’idole de tout un pays en quête de référence internationale.
Franco perd ses supporters, qui s’en vont tous chez la nouvelle coqueluche du moment.
Mais l’homme ne désespère pas. Il sait comment attirer à lui ses fans. Il compose deux chansons pas le moins - comment dire ? pornographiques « Jackie » » et, surtout, « Hélène ».
Les aventures sexuelles des deux dames imaginaires, cela s’entend sont livrées au public dans les moindres détails et avec des mots qui ne respectent aucune pudeur les chansons ne sont certes pas imprimées sur platine, mais leur réputation suffit à attirer au 1, 2, 3, le temple où il se produisait tous les week-end, des milliers de supporters friands d’entendre ces chansons d’un genre nouveau. Des enregistreurs clandestins amènent les deux chansons dans les  bars quartiers de Kinshasa où elles font tabac.
Ce qui permet à l’alors procureur général de la République Léon Kengo wa Dondo, le même, de le poursuivre et de le faire embastiller pour atteinte aux bonnes mœurs. Même libéré suite a l’intervention du président Mobutu, Lwambo a vécu cet emprisonnement comme une humiliation, et attendra son heure pour régler ses comptes à l’impudent magistrat. On imagine sa peine lorsque Kengo est nommé Premier ministre en 1983. La même année, Kinshasa bruissa des rumeurs folles faisant état de la sortie d’une chanson de Franco intitulée « Double nationalité » et qui serait consacrée au coordonnateur de l’Exécutif. La vile bougea sur ses fondements, Lwambo, lui-même, dut démentir.
Mais lorsque Kengo est viré en 1988, l’artiste largue une chanson intitulée « Mokolo tonga »- littéralement « propriétaire de l’aiguille » - dans laquelle ii se moque copieusement d’un haut responsable qui venait d’être renvoyé de son poste, perdant du coup tous les privilèges dont il se prévalait. Pour l’opinion, le message est clair Les chansons à la louange du Parti-Etat, Lwambo les a chantées, comme bien d’autres.
Daniel Cassinon Mpoyi/Le Soft



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