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Avez-vous l'adresse du paradis ?

Par Placebo

François BOTT, Avez-vous l'adresse du paradis ? 

Le Cherche Midi, Paris, août 2012 (114 pages); aussi disponible sous format électronique (ePub, Kindle...).

Avez-vous l'adresse du paradis ?
L'adjectif « suranné » revient souvent pour qualifier les personnages de ce bref roman de François Bott; tels sont-t-il, tout en étant éminemment actuels. Roman dont on aimera, outre la délicatesse et la subtilité, la concision du style -- l'auteur pratique, on le voit, la nouvelle à merveille --, qui prend souvent la forme d'aphorismes, à la lecture desquels on suspendra la lecture, on regardera par la fenêtre passer de merveilleux, merveilleux nuages, ou ruisseler la pluie, et on s'abandonnera aux « tristesses russes » qui en constituent la si délicate atmosphère :
« Le silence des maisons, la qualité de ce silence ne sont pas les mêmes lorsqu'on attend le retour de la personne absente, sortie sans doute pour acheter des cigarettes, ou lorsqu'on devine qu'elle ne reviendra pas. »
« Faire son âge, quelle drôle d'expression ! »
« La jeunesse, c'est le moment où l'on rêve d'héroïsme et de conquêtes amoureuses, en déclinant des mots latins. Par la suite, on décline ses noms, titres et qualités. Puis on décline tout court. »
Vies croisées, qui en France, qui aux États-Unis, amours naissantes et finissantes, destins en déshérence qui peuvent finir à Laon « cette belle ville médiévale, l'une des plus moroses de France ». Illusions de jeunesse dont on ne doute pas qu'elles seront seront bientôt perdues, avec ou sans Spinoza. Désillusions de la maturité, qui n'est pas encore revenue de tout, lesquelles soulignent que le trajet n'est plus un aller, mais un retour : et vers quoi revenir ?
Témoin Robert, que Rose a quitté -- variation sur le thème de La dentellière de Pascal Lainé :
« Robert était désormais un de ces personnages facultatifs que l'on découvre parfois sur les tableaux. On se demande de qu'ils font là. Ils ont vu de la lumière et ils sont entrés, sans avoir été invités. Ils n'avaient rendez-vous avec personne. Alors ils se tiennent à l'écart, ils restent discrets. Ils préservent leur mystère. Ils ne veulent pas déranger. Le peintre les a sûrement oubliés. »
Hasard ? Non : le roman est une illustration articulée en sept journées, du 7 novembre 2010, jour du marathon de New York au 14 juillet 2011, en pleine panique des marchés sur la crise de la dette, de la phrase de Paul Eluard : « Le hasard n'existe pas. Il n'y a que des rendez-vous. ». Mais pour moi, incorrigible mélancolique, j'entendais la triste chute de la chanson de Claude Léveillée :
« Reviendrez-vous par un soir de printemps
Au rendez-vous quelque part dans le temps
Ce rendez-vous que nous avons perdu
Si vous voulez encore peut vous être rendu
Par ma chanson ce soir je vous le donne
Et désormais j'attendrai votre pas
Tout le long de mes jours
Puisque je sais mieux que personne
Que vous n´existez pas »
Coïncidence de lecture, j'ai mis de côté pour quelques heures La chartreuse de Parme, mais demeure frappé de la façon dont le roman parle de l'amour; à l'évidence, il ne s'agit pas de la même chose en 1841 et en 2011. Tout d'abord, le temps n'est plus le même : lenteur de celui de la chaise de poste, instantanéité de celui des messageries électroniques. La société a bien changé aussi, toute bourgeoise qu'elle demeure : quand on aime chez Stendhal, c'est un autre fantasmé qui constitue l'objet du désir, qui est dans le temps et non dans l'instant; aujourd'hui, ce sera avant tout le désir de l'autre, et non pas l'autre en tant que tel. Stendhal n'aurait jamais pu écrire :
« Elle affirmait qu'en amour tout était dit avant même d'avoir commencé. Et lorsque deux êtres, des le premier regard, ne pouvaient plus attendre pour faire l'amour, ce n'était pas du "consentement mutuel"; c'était de la sauvagerie réciproque. Après venait le temps des chuchotements et des propos sur l'oreiller, de la lenteur et de la douceur des choses. »
Autant pour le cliché « autres temps, autres mœurs » c'est aussi un des avantages de la lecture de nous permettre de constater -- on me permettra un détour du côté de Malraux -- l'importance de la Métamorphose.
Mais foin de tout ce bavardage, prenez rendez-vous avec François Bott, je vous promets que vous ne le regretterez pas.

Présentation :

« Robert et René Maupas, Rose, Juliette, Jim Anderson, Lady Brett, Gatsby, Cécile et même les silhouettes de passage, comme la mascotte ou Léon Morand. Tous les personnages de ce roman montrent l'existence comme un grand jeu de cache-cache entre divers destins qui finiront par se recouper, se rejoindre, avec une impression de " déjà vu ", illustrant ainsi la phrase de Paul Eluard : " Le hasard n'existe pas. Il n'y a que des rendez-vous. " Et comme si l'amour, les sempiternelles raisons du coeur étaient le seul rempart, si précaire, si fragile, contre le naufrage, la défaite de toute vie. Tout cela sur fond de rumeurs, de bruit, de fureur : les tourments et le tumulte de l'histoire, servis par un style majestueux et un humour à fleur de mots.  »

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