Magazine Beaux Arts

Galeries, c’est la rentrée…

Publié le 12 septembre 2012 par Marc Lenot
Galeries, c’est la rentrée…

Céleste Boursier-Mougenot, Chorégraphie, galerie Xippas, 2012

Un tour rapide de quelques-unes des expositions de rentrée (et ce n'est pas fini...)

D'abord, la superbe installation de Céleste Boursier-Mougenot chez Xippas : la créativité de cet artiste ne cesse de me surprendre. Un escalier encombré de pierres polies au milieu desquelles il faut prudemment négocier son chemin, attentif à ne pas perdre l'équilibre et, du coup, attentif à la forme de chacune de ces pierres et aux motifs qui en émergent, comme pris dans un rite initiatique. Après cette remontée du lit à sec d'une ravine de montagne, le calme du plateau (si on est seul) est légèrement troublé par un bourdonnement qui s'échappe de cinq édicules en bois brûlé, chacun surmonté d'une pierre similaire : meubles de bureau noircis , maquettes modernistes, on ne sait; et le son pourrait bien être celui d'une sonde interstellaire. Ce n'est qu'un peu plus loin, après avoir côtoyé un téléphone fantôme, qu'on réalise que ce sont des ruches, et que le bourdonnement est celui des abeilles enfermées dans la dernière pièce, dont le son a été ensuite retravaillé, de sorte qu'un déplacement le long des cinq tours noires est aussi un voyage sonore. Toujours fidèle à sa passion de magicien du son en boucle, il a su créer là une atmosphère à la fois familière et mystérieuse tout à fait prenante.

Galeries, c’est la rentrée…

Céleste Boursier-Mougenot, vue d'exposition, galerie Xippas, 2012

Galeries, c’est la rentrée…

Mathieu Pernot, Les Migrants, 2009, 95x135cm

Ensuite, au gré des galeries, j'ai particulièrement aimé l'installation Two Voices d'Angelica Detanico et Rafael Lain chez Martine Aboucaya, où l'année est accélérée en 366 minutes avec deux écrans opposés montrant les courses du soleil et de la lune, du lever au coucher, simples sources lumineuses, mais aussi sources sonores plus ou moins aiguës selon les saisons. Chez Eric Dupont, Mathieu Pernot montre son travail sur les migrants, réfugiés afghans à Paris : thème banalisé, dira-t-on. Certaines des pièces présentées ici, comme les cahiers de Jawad, sont plutôt de l'ordre du témoignage, et les plus intéressantes sont celles où Pernot s'attache à faire émerger des formes à partir de ce matériau, le drapé, le gisant, comme dans la photo ci-dessus.

Galeries, c’est la rentrée…

Bouchra Khalili, Constellation

Si le gisant de Simon Nicaise chez Dominique Fiat, une tranche d'évêque, relève davantage du clin d'oeil, c'est chez Polaris qu'on retrouve le tragique des migrants avec les Constellations de Bouchra Khalili, représentations schématisées des périples d'immigrants (immigrés) que ses vidéos racontaient, mais aussi photos de détails de conteneurs et de barques de passage, vidéos sur le langage et la révolte montrées à la Triennale et, nouvelle pièce, le récit d'un marin philippin au port de Hambourg.

Galeries, c’est la rentrée…

Estefania Penafiel Loaiza, sismographies, 1. sotto voce (quel loro incontri), 2012, détail

A côté, chez Alain Gutharc, Estefania Penafiel Loaiza, entre 'sismographies' (comme ces livres enchevêtrés, recouverts de cire noire et traversés par la reproduction d'un sonogramme tiré du film "Ces rencontres avec eux" de Straub & Huilet, 2006) et paysages sous vidéo-surveillance, montre aussi la transcription d'un récit de langue en langue, de culture en culture : l'histoire d'Argentins sous la dictature enterrant des livres interdits dans leur jardin passe de l'espagnol au français à l'anglais à l'hindi, et est retranscrite sous forme de BD par des illustrateurs indiens la narrant comme une chanson de geste : 'las palabras andantes (fumure)'.

Galeries, c’est la rentrée…

Jérémy Liron, Agave, série Images inquiètes, 2012, acrylique sur papier, 148 x 118 cm

Citons encore les nouveaux tableaux de Jérémy Liron chez Isabelle Gounod : certains sont parsemés de triangles en réserve, comme pour faire mieux surgir le fond du tableau; le grand polyptyque ci-dessous joue sur la profondeur, celle du tableau et celle de la scène elle-même, comme une impossible fenêtre sur le réel. Mais surtout apparaissent ici des Images inquiètes, tableaux sombres dont on peine à deviner le motif quasi voilé, dont l'essence semble être celle d'une photographie ancienne, comme une gomme bichromatée de Sally Mann par exemple. Quel contraste avec la fantaisie chatoyante de Frédérique Loutz à côté chez Claudine Papillon.

Galeries, c’est la rentrée…

Jérémy Liron, Paysage 110, 2012, polyptyque, huile sur toile, 246 x 369 cm

Citons encore l'exploration historico-scientifique de Laurent Pernot chez Odile Ouizeman, les tableaux 'scientifiques' sombres de Yan Heng à la galerie Sator, une très belle vidéo dans la lande irlandaise d'Elisa Pône chez Michel Rein (outre ses jeux pyrotechniques). Un peu déçu par Orozco chez Marian Goodman (ses arbres à plumes chez Chantal Crousel sont autrement plus charmants), captivé par Giulio Paolini chez Lambert, je veux conclure sur un artiste découvert dans l'arrière-salle de la galerie du Roi Doré, que je ne connaissais pas. Le Polonais Artur Majka photographie des rochers, mais sont-ce des falaises gigantesques ou des petites pierres, la plupart des images ne permettent pas de le savoir (seules certaines laissent apparaître des feuilles ou des bouts de verre révélateurs). N'ayant guère d'idée de l'échelle, on se retrouve sfasciné par cette matière cristalline où scintille parfois un bout de quartz, on imagine des voies d'escalade sur ce qu'on pense être une paroi et qui n'est qu'un caillou, on est sensible à la qualité tactile d'une pierre qu'on voudrait prendre dans la main et sentir du bout des doigts, mais qui se révèle peut-être une montagne. Le tout photographié sobrement, froidement, superbement (mais je n'ai pas de visuels).

Photo 1 de l'auteur; photos 2, 3, 6 & 7 courtoisie des galeries concernées. Le Paysage de Jérémy Liron a été réalisé avec le soutien de la DRAC Rhône Alpes.


Retour à La Une de Logo Paperblog

A propos de l’auteur


Marc Lenot 482 partages Voir son profil
Voir son blog

l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte