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"Le Journal d'Anne Frank" par Eric-Emmanuel Schmitt...

Publié le 14 septembre 2012 par Fousdetheatre.com @FousdeTheatre

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Voici plus de cinquante ans que la précédente adaptation théâtrale de cet ouvrage bouleversant, créée en 1959 en France, était jouée partout dans le monde.  Jugée trop didactique par le Fonds Anne Frank, celui-ci lança il y a quelques temps un appel à candidature auprès d'auteurs du monde entier afin d'en concevoir une nouvelle version. C'est Eric-Emmanuel Schmitt qui fut l'heureux élu, suggérant d'adopter le point de vue du père de la jeune fille, Otto Frank, seul survivant de cette tragédie. Le résultat est visible au Rive Gauche.

Nous ne vous ferons pas l'affront de vous remémorer ici en détail l'histoire mondialement connue de ces deux familles juives cachées à Amsterdam de 1942 à 1944 dans quatre pièces secrètes de l'usine d'Otto Frank  et qui vécurent un huis clos terrifiant que la plus jeune d'entre eux, Anne, âgée de 13 ans, relata dans son journal intime avant qu'ils ne soient tous découverts et déportés par l'armée allemande. Pas plus que nous ne ferons l'éloge d'un récit essentiel que nous avons tous lu, à la fois poignant, insupportable,  porteur d'espoir, et véritable hymne à la vie... Attardons-nous sur la dramaturgie de Schmitt.

L'auteur fait démarrer l'action en 1945, après la libération. Otto Frank espère encore le retour des camps de ses filles, et se rend quotidiennement à la gare d'Amsterdam. Un jour pourtant, sur place, il apprend la terrible nouvelle. Sa fidèle secrétaire, Miep, lui révèle alors l'existence du journal d'Anne dans lequel il va se plonger, après avoir longuement hésité. S'ensuivent des allers-retours entre passé et présent, narrant d'une part l'épreuve vécue par ces neuf personnes enfermées (scènes de vie dialoguées et monologues tirés du journal), donnant à voir de l'autre les réactions d'un père tour à tour ébranlé, gêné, émerveillé, ou surpris par les propos de sa petite fille qu'il croyait connaître et qu'il n'a pas vu grandir, mûrir, durant ces deux années.

Le script se tient. Rythmée, sa construction est habile, même si l'on peut s'interroger sur l'apport réel de l'angle choisi (le point de vue d'Otto), l'intérêt du propos résidant essentiellement dans le témoignage d'Anne. Les nombreuses séquences qu'Eric-Emmanuel Schmitt a dialoguées sont relativement efficaces mais pourraient toutefois s'avérer plus prenantes (personnages rapidement dessinés, scènes trop courtes...). Et tandis que paradoxalement, l'aspect didactique évoqué plus haut ne nous avait pas frappés dans la version de 1959 relue récemment, il est selon nous bien présent dans celle de 2012. 

De cette réécriture, Steve Suissa propose une mise en scène appliquée, parfois un brin "mélo". Sa propension à la soulignite musicale n'est pas toujours utile ni heureuse. Il dirige en revanche avec adresse  un Francis Huster (Otto frank) sobre et intense, face à la frèle et enjouée Roxane Duran (Anne Frank) qui n'a certes pas treize ans mais qui parvient sans mal à transmettre la candeur, la joie de vivre et la force de caractère de celle qu'elle incarne. Autour d'eux, Odile Cohen, Gaia WeissKatia Miran, Charlotte Kady, Yann Babilee Keogh, Bertrand Usclat et Yann Goven ne déméritent pas, malgré le manque de matière parfois flagrant mis à leur disposition pour défendre leurs personnages. 

Reste qu'au sortir d'une représentation des plus honnêtes et de plutôt belle facture, un je ne sais quoi empêche l'émotion du spectateur d'atteindre son paroxysme. L'intensité de la pièce est en effet sans commune mesure avec la claque infligée par l'ouvrage originel. On ne pourra que le regretter.

A voir éventuellement.

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