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Conférence environnementale :de l'obligation d'être binaire

Publié le 17 septembre 2012 par Arnaudgossement

confenvi.jpgAu lendemain de la Conférence environnementale, il me semble exister un paradoxe. Alors que le bilan de cette manifestation appelle un commentaire nuancé, il semble nécessaire de prendre position de manière tranchée : être pour ou contre. Qualifier l'évènement de succès ou d'échec. Une autre manière d'analyser la conférence environnementale doit cependant être possible. 


Depuis que la conférence environnementale s'est achevée, il me semble exister un contraste entre, d'une part les analyses exprimées ou qui m'ont été confiées par les acteurs concernés et, d'autre part, les analyses officielles, portées dans les médias. Certains articles parlent de "succès", d'autres d'"échec"

En résumé : vous devez être pour ou contre la conférence environnementale et souvent, vous devez l'être selon que vous êtes pour ou contre le Président de la République récemment élu. J'avais déjà observé cet état des choses en 2007. Le jugement porté sur le Grenelle de l'environnement était (trop) souvent fonction du jugement porté sur Nicolas Sarkozy. En 2012, idem. Et il faut avoir un jugement tranché. Il faut avoir été pour ou contre la conférence, l'encenser ou la blâmer, lui trouver tous les torts ou toutes les qualités. Vous exprimez une critique : vous êtes contre la conférence environnementale et contre le gouvernement. Vous émetez une opinion positive : c'est l'inverse.

Bref, il n'existerait pas de juste milieu, de possibilité d'analyse nuancée qui tienne compte de la complexité et du processus et de son objet. Tout est blanc ou noir et il faut choisir.Si vous ne le faîtes pas, d'autre le feront pour vous. C'est ce que j'observe à la lecture de certains commentaires des billets postés sur ce blog ou des chroniques écrites pour d'autres médias. Si j'écris que la suppresion des ZDE est une bonne chose : c'est que je soutiens nécessairement le maintien des écologistes au gouvernement. Si j'émets des réserves sur les compte-rendus des facilitateurs : je suis pour le départ de Cécile Duflot dans l'heure. Quant aux professionnels de l'éolien : selon certains articles ils sont totalement déprimés, selon d'autres ils sont enchantés et "retrouvent le moral". La réalité doit être un peu plus complexe.

J'ai le sentiment que, pour nombre d'acteurs ou d'observateurs du processus, le bilan de conférence environnemental est nuancé. Je me méfie des opinons trop tranchées. Les réactions de la plupart des acteurs ont été à la fois positives et négatives, à quelques exceptions prés. Si l'on peut se réjouir que le Chef de l'Etat lui-même affirme son engagement en faveur du développement durable - ça va mieux en le disant - on peut aussi s'inquiéter de la méthode qui a présidé à l'organisation des tables rondes. Si l'on peut applaudir le cap mis sur la transition énergétique, on peut aussi s'interroger sur le contenu exact des mesures qui seront prises pour, notamment, relancer l'éolien ou le solaire. Si l'on peut se féliciter de la priorité donnée au mix énergétique, on peut aussi demander pourquoi il n'a pas été question de l'hydraulique, la première de nos énergies renouvelables. Même chose pour la biodiversité : la relance du chantier de la trame verte et bleue est une bonne nouvelle mais la précision de sa portée juridique est attendue. Même chose pour la fiscalité : j'ai écrit ici que la tarification progressive de l'énergie va dans le bon sens mais je regrette dans le même mouvement le refus de discuter de la taxe carbone. Enfin, si je salue l'orientation de la réforme du code minier, je ne pense pas que la conférence environnementale ait définitivement refermé le débat sur les gaz de schiste.

Sur la plupart des sujets, le Chef de l'Etat et son Premier ministre ont annoncé des objectifs et des mesures qui appellent un bilan contrasté. Cinq ans aprés le Grenelle et le vote de la loi Grenelle 1 votée à droite comme à gauche, il est étrange que des élus se réjouissent bruyamment du simple fait que l'Etat confirme les objectifs que la loi lui fixe : c'est évidemment une bonne nouvelle mais il est sans doute prématuré pour crier victoire. Dans le sens inverse, condamner par avance une démarche qui ne fait que commencer relève du procés d'intention.

Cela me paraissait tellement évident. Pourtant, on me demande si je suis "contre" la conférence environnementale dés lors que j'ai pu émettre certaines critiques. Cela a-t-il un sens ? Il va de soi - je ne pensais devoir le rappeler - que je souhaite vivement le succès de l'entreprise et espère que les chantiers ouverts aboutiront. Consacrant ma vie professionnelle au droit de l'environnement, je me réjouirai toujours de ce tout ce qui va dans le sens de son progrès.

Je trouve tout aussi ridicule d'être pour que contre sans nuance. Prendre acte, analyser les risques et les enjeux du processus, étudier les stratégies des représentants d'intérêts, décortiquer les mesures annoncées, souligner les avancées mais aussi les oublis... cette manière d'aborder la conception du dialogue environnemental par le nouveau Gouvernement me paraît, au risque de me tromper, plus utile. S'intéresser à l'environnement c'est s'intéresser à la complexité. Méfions nous donc de tous les raccourcis.


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