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Diiv | interview

Publié le 18 septembre 2012 par Acrossthedays @AcrossTheDays
 DIIV | INTERVIEW

Sylvia de l’excellent tout petit blog The Circumflex (Site / Facebook) que je vous invite à visiter, tout simplement parce que le contenu y est bon est qu’elle est une de mes sources d’inspiration musicale, et moi même avions eu l’honneur d’interviewer les membres de DIIV dont l’album Oshin a fait sensation en ce milieu d’année. Ils jouaient au Glazart à Paris et grâce à Stage of the Heart (site), nous avons eu droit à un face à face. Une interview très particulière qui est passée à la vitesse de l’éclair où nous avons parlé de stéréotypes, de nos relations d’amour et de haine envers les grandes villes, du désastreux rôle de la gentrification sur la scène indépendante musicale et un petit (gros) tour dans la scène DIY de New York. Bref, une interview pas comme les autres.

Sylvia : Ce soir, vous jouez à la plage du Glazart. Est-ce votre première fois en France ?

Zach:  Avec ce groupe oui. J’avais l’habitude de venir chaque été avec ma mère et ma soeur étant donné que ma tante vit à Paris.

Sylvia  : Parles-tu un peu français du coup ?

Zach: Très peu. J’ai appris le français pendant 5 ans. Aux US, tu as le choix entre espagnol ou français. Le truc bizarre, c’est qu’en Amérique, l’espagnol n’est toujours pas un langage officiel même si la moitié de la population parle espagnol.  Mais malgré tout, ce n’est pas obligatoire d’apprendre l’espagnol à l’école.

Colby:  En fait, on pourrait dire que la côte ouest est « espagnole » et la côte est « française » . Mais il y a toujours beaucoup d’idiots détestant quand les gens ne parlent seulement que l’espagnol.

Sylvia : Ça sonne comme si le français était réservé aux gosses de riches de la côte est.

Zach: Exactement. Mais bon, personnellement, j’ai choisi français parce que j’ai de la famille ici.

Colby: J’avais voulu apprendre le français parce que c’est bien plus sexy. Mais, je ne me rappelle pas d’un seul putain de truc.

Sylvia : Ça sonne aussi comme si vous êtes pleins de stéréotypes à propos des français.

Zach: Non, je pense juste qu’ils sont très sophistiqués… et plutôt beaux d’une manière générale. Contre question : qu’est ce que vous pensez des NewYorkais.

ATD : Je me rappelle juste de mon ancienne coloc originaire de NY qui ne pouvait pas parler sans caler des gros « OH MY GOD » ou « THIS IS AWESOME » ou « THIS IS RIDICULOUS » partout. Elle était insupportable. 

Zach & Colby: “What what?” “Oh my GOD” and like, you know I was like and like like. I mean, whatever!, like. You know, like, well – whatever.

ATD : Exactement. Mais j’imagine que la plupart des Européens apprécient beaucoup NY.

Colby: Et pourtant, les locaux détestent quand les gens viennent d’ailleurs.

Zach:  New York est très divisée. Beaucoup l’appellent le « saladier ». Tu as ton quartier italien, grec ou chinois mais tout est séparé du reste.

Sylvia : Est ce que cette diversité juste à votre pas de porte vous influence dans vos compositions ?

Zach: Je ne pense pas. J’adore voyager, j’adore visiter de nouveaux endroits mais ça n’influence pas vraiment ma musique. Ce n’est pas comme un carnet de voyage, les sons étant bien plus personnels.

Sylvia : Du coup, quelle est la source de toute cette inspiration ?

Zach: Ça peut être d’autres musiques, l’endroit où je vis, d’autres personnes et mes relations avec elles.

Colby: L’amour !

Zach:  L’amour oui. Le manque d’amour aussi. C’est une grande source.

Colby: Les femmes. Le manque de femmes aussi.

Zach: Notre disque [Oshin LP] a été influencé par tellement d’expériences vécues. Beaucoup de choses sont couvertes, du désespoir au manque ou à l’envie de quelque chose.

Colby: Et aussi des matinées dans le noir.

Sylvia : Retour aux sources, comment avez vous formé le groupe ? Nous savons que Zach a déjà joué avec les Beach Fossils et que Colby a aussi joué dans un autre groupe (Smith Westerns). Comment vous êtes vous rencontrés ?

Zach: Andrew (à la guitare) et moi jouions déjà ensemble chez un ami. Je jouais de la batterie et lui de la guitare. On avait l’habitude de faire un bruit pas possible. Mais même au lycée, il y avait toujours une guitare, quelqu’un commençait une chanson et les autres le joignait et, d’une certaine façon, nous avons commencé à développer le même style.

Sylvia  : Et vous deux, Devin et Colby ?

Zach:  J’ai rencontré Devin (le bassiste) dans une mes salles préférées, qui est d’ailleurs maintenant fermée depuis deux ans, de New York.

Colby: Ils venaient pour chercher de la drogue et de l’argent, ils fouillaient partout, même dans les murs. Et, d’une certaine manière, on s’est rencontré avec Zach et il m’a demandé si je jouais encore de la batterie.

Zach: Quand nous nous sommes rencontrés, c’était en quelque sorte la fin d’un ère à New York, pendant qu’une nouvelle ère de concerts « underground » a commencé. Nous tournée coïncidait juste à la fin de cette nouvelle ère. Je ne sais pas du tout vers quoi la scène underground New Yorkaise se destine. Toutes ces excellentes salles ont fermé et celles qui étaient cool, trop cool, deviennent trop grandes.

Sylvia  : Ça ressemble typiquement au syndrome de gentrification, tous ces gens voulant vivre dans « le » quartier cool avec toutes les salles et les clubs juste à côté de chez eux mais ils veulent aussi que leurs enfants puissent dormir à 20h.

Zach: C’est exactement ce qu’il se passe. La salle [Monster Island Basement, Brooklyn] où nous jouions nos premiers concerts a connu exactement le même destin. C’était la chose qui a rendu le quartier cool. Puis, ils ont commencé de construire tous ces condos, tout le monde voulait y vivre donc les loyers ont explosé jusqu’à ce que personne ne puisse se permettre d’y vivre. Le même cas s’est produit à la Red River (‘le’ quartier musical d’Austin, Texas qui est surnommé la capitale du garage). La culture est la raison pour laquelle les gens veulent emménager dans ces endroits mais après, ce sont ces mêmes gens qui veulent se débarrasser de la culture parce qu’il en découle certains inconvénients au niveau confort, comme le bruit par exemple.

Sylvia : Comment voyez vous la scène New Yorkaise mise en danger par ce développement ?

Zach: Je pense que l’esprit DIY (Do It Yourself) de NY est en réalité tellement fort qu’il y aura toujours des gens organisant des concerts dans des endroits improbables. J’ai un ami qui organise des concerts dans des églises catholiques ou des stations de télévision. Ca n’a pas besoin d’être une vraie salle de concert. Je pense que le vrai risque pour la scène musicale de NY n’est pas le manque d’espace mais le manque de bons groupes.

Sylvia : Un manque de bons groupes à NY… ?

Zach:  Il n’y a rien en ce moment. Je pense que ça à voir avec tous ces gens qui veulent se définir dans un certain genre. Du coup, ils font tous plus ou moins la même musique. Je ne sais pas exactement ce qu’est le problème avec la scène New Yorkaise mais il y en a clairement un.

Sylvia  : Où iriez-vous alors ?

Zach: Detroit est un endroit génial pour les musiciens. Minneapolis possède une scène fantastique aussi. Le problème, c’est que personne ne découvrira les artistes de là bas parce que ces villes ne sont clairement pas dans les petits papiers de la presse musicale. A NY, tous les yeux sont braqués sur vous.

Colby: C’est en train de tout ruiner. C’est trop facile. Si tu viens du beau milieu de nulle part, tu dois bosser hyper dur pour t’en sortir.

Zach: Quelques semaines seulement après que avoir fondé le groupe, nous étions déjà sous le feu des projecteurs. Pitchfork nous avait déjà propulsé à une échelle internationale parce qu’ils sont basés à New York, que ce sont des amis et qu’ils venaient à nos concerts. De même avec Captured Tracks (leur label ainsi que celui des Beach Fossils, groupe dans lequel officie Zach). A Minneapolis ou Detroit, c’est beaucoup plus dur. Je me rappelle d’un groupe de Minneapolis qui jouait toutes les deux semaines. Leurs concerts étaient noirs de monde, ils étaient les plus cools là bas. Après, ils sont venus à New York et ont joué en face de huit personnes. Tout le monde s’en foutait.

Sylvia :  Tu n’as pas l’air d’être le plus grand fan de New York.

Zach: J’espère juste que les gens commencent à payer attention à d’autres scènes, autre part pour qu’elles prospèrent et grandissent. Il y bien plus que la scène New Yorkaise.

Colby: On devrait aller à San Francisco.

Zach:  Non, San Francisco a déjà d’excellents groupes. Je déteste New York.

Colby: J’aime New York.

Zach:  J’aime New York aussi en fait mais je ne supporte plus d’y être.

Sylvia : Quelle programmation choisiriez-vous si vous aviez la possibilité de monter un festival afin d’aider tous ces groupes de l’ombre à recueillir les projecteurs sur eux ?

Zach: Oh my god (tellement typique américain que je préfère ne pas traduire cette fameuse phrase). C’est trop dur.

Devin commence à avoir des visions de tous ces groupes en mode DIY qui pourraient jouer mais nous n’avons malheureusement pas compris ce qu’il disait, entre autre parce qu’un hominidé derrière nous commençait à jouer avec des bouteilles en verre, rendant impossible la compréhension. Deux noms sont sortis : AraabMuzik à propos duquel Zach et Devin ne sont clairement pas en accord et Spiritualized qui selon Zach, est une de leur source d’inspiration du moment.

Colby: Je voudrais Yoko Ono en tête d’affiche. Comment l’appeler ? ‘Idiot says’ ?

Zach: ‘Dance and don’t give a fuck’ bien sûr.

Sylvia : Question standard pour la fin : que pouvons-nous attendre de vous dans un futur proche ?

Zach: Experimentation.

Colby: Une mort soudaine.

Zach: Peut être une sieste aussi.

On finit sur leur nouveau clip sur le titre « Doused », le plus turbulent de l’album. Turbulence qui s’est retrouvée mise en avant pendant le concert. A peine les premières notes retentirent que le vent se mit à souffler, faisant onduler les toiles au dessus de la scène, tourbillonner le sable fin de la plage du Glazart pendant que Zachary, s’agitant comme à son habitude comme un dératé, faisait tomber son micro sur le sol. Un bien bon concert.

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