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Albums de légende. Le reggae militant des Herbs

Publié le 18 septembre 2012 par Canalkiwi81 @TitusFR

HerbsAvant eux, le reggae néo-zélandais n'existait pas. Dès 1979, les Herbs ont créé un son, un style totalement novateur pour l'époque, et dont on reconnaît encore, ici et là, l'héritage. Ce n'est pas pour rien que de nombreuses formations kiwi d'aujourd'hui, à l'instar de Fat Freddys Drop, Katchafire ou House of Shem, se disent volontiers héritiers de ce groupe mythique.

Malgré leurs refrains entraînants et mélodieux et leurs grooves à saveur tropicale, les chansons chaloupées des Herbs tiennent davantage du protest song. D'emblée, le groupe inscrit sa démarche dans un militantisme très en vogue à l'époque. Lorsque leur premier mini-album "What's be happen" sort sur l'étiquette Warrior ("guerrier", en anglais), en 1981, le contexte politique néo-zélandais est, il est vrai, quelque peu tendu.

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La couverture du disque  est on ne peut plus explicite. Une photo en noir-et-blanc rappelle une journée sombre de l'Histoire néo-zélandaise : le "Bastion Point Eviction Day", le 25 mai 1978. Ce jour-là, l'armée néo-zélandaise (plus de 500 soldats tout de même) déloge 222 manifestants maoris, d'une terre ancestrale (à Orakei, non loin d'Auckland) qu'ils occupent depuis 506 jours pour protester contre l'intention du gouvernement conservateur de Robert Muldoon de la transformer en zone pavillonnaire huppée. (*)  

Sur d'autres chansons, le groupe reprend à son compte les arguments des anti-nucléaires, fortement mobilisés contre les essais nucléaires français à Mururoa. Dès 1982, soit quelques années avant l'affaire du Rainbow Warrior, les Herbs adressent une lettre à la France, une missive sans ambiguïté, "French letter". Sur cette question, le groupe ne désarmera jamais : il chante "Nuclear Waste" en 1985; "No nukes, the second letter", en 1989, et comme si cela ne suffisait pas, "French letter" en 1995.

La vidéo de "French letter" :

Du début des années 1980 au milieu des années 1990, les Herbs fourniront pas moins d'une dizaine de singles au Top 20 néo-zélandais. Des collaborations prestigieuses auront jalonné ce parcours : les Herbs auront joué ou chanté au côté de UB 40, Tina Turner, Neil Young, George Benson ou Stevie Wonder. Dans leur jardin néo-zélandais, ils co-signeront une poignée de pépites avec trois icônes de la scène kiwi : "See what love can do", en 1992, avec la star Annie Crummer; "Parihaka", en 1989, avec le rocker Tim Finn (ex- Split Enz et Crowded House), ou encore "Slice of heaven" avec Dave Dobbyn, en 1986, chanson qui devient numéro un à la fois en Australie et en Nouvelle-Zélande.

"Slice of heaven", le tube de Dave Dobbyn avec les Herbs :

Si pas moins de 27 musiciens différents ont participé à l'aventure des Herbs, il est à noter le passage éclair du fameux guitariste américain Joe Walsh (Eagles), qui rejoint le groupe en 1989 pour une très brève période. Il quittera le groupe avant même la sortie de l'album "Homegrew" (1990) auquel il avait participé et sur lequel il interprète au moins deux chansons, "Up all night" et "It's alright".

L'intégralité de la discographie des Herbs est aujourd'hui toujours disponible en CD ou MP3. A noter que trois excellentes compilations, publiées en 1993, 2001 et 2008, permettent de rendre un hommage mérité à cette formation qui aura tant marqué les esprits.

(*) Plus tard, dans les années 80, le gouvernement néo-zélandais fera amende honorable et rendra les terres à la tribu des Ngati Whatua.

LIENS SYMPA

Un lien vers la page des Herbs sur le site néo-zélandais Amplifier, où il est possible d'écouter des extraits de la plupart des albums du groupe.


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