Magazine Cinéma

[Critique] TYRANNOSAUR de Paddy Considine

Par Celine_diane
[Critique] TYRANNOSAUR de Paddy Considine
Sundance, Bafta, Dinard, pas de doute, Tyrannosaur est le petit chouchou des festivals. Mâchoires acérées, impitoyable, violent, le film plonge la tête la première dans l’âpreté sociale british. Ses personnages rappellent les figures nuancées que l’on trouve chez Loach, ses peintures grises et sans concession le cinéma de la jeune Andréa Arnold. Ici, on est à Glasgow. Joseph, anti-héros par excellence incarné par l’immense Peter Mullan, est d’emblée dépeint comme un être méprisable : il tue son chien d’un coup de pied, il casse la vitrine d’un commerçant, cherche des noises à des petits jeunes dans des bars. Considine en fait des tonnes pour le rendre exécrable. Un protagoniste noir de chez noir qui, en pénétrant au hasard dans un magasin, fait la rencontre d’Hannah (excellente Olivia Colman), sorte de double miroir lumineux. Elle prie, parle d’une voix douce, a le pardon et l’amour de son prochain collé au front. Contraste facile? Opposition simpliste? Pas vraiment. Chez Considine, qui signe ici son premier long métrage, les apparences sont trompeuses. Derrière ce qui est dit, il y a ce qui est tu. 
Les colères de Joseph ne cachent rien d’autre qu’une plaie béante de chagrin suite à la mort de sa femme. Les sourires d’Hannah ne cachent rien d’autre qu’une terrible souffrance de femme battue, humiliée quotidiennement, piégée dans son cocon banlieusard, faussement propret. Au départ, on croit que tout les oppose. Pourtant, Joseph et Hannah sont les faces d’une même médaille. Considine, lui, exploite à fond son sujet : rédemption, misère, cercle vicieux de la violence. L’arrière-fond catho, lui, est contourné à bon escient : le cinéaste propose en effet une réflexion sur le bien et le mal intéressante. L’homme, mauvais ou bon, n’est in fine qu’un produit de la violence du monde. Il n’y a ni bien, ni mal, dit Tyrannosaur, simplement des actes et des conséquences, qui façonnent et changent l’individu. La violence ne serait donc pas naturelle, mais acquise, provoquée, résultat d’un processus, une graine qui a germé. La démonstration de Considine, qui, si elle n’évite pas certains symbolismes appuyés, est suffisamment brutale et maîtrisée pour marquer l’esprit. 
[Critique] TYRANNOSAUR de Paddy Considine

Retour à La Une de Logo Paperblog

A propos de l’auteur


Celine_diane 512 partages Voir son profil
Voir son blog

l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte

Magazines