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[Interview] Nicolas Cliet-Marrel : 2079 : The Fortune Teller, Muscle…

Par Onrembobine @OnRembobinefr

2079. Après la Grande Désillusion, le Monde est en panne. Pour éviter le chaos et sauver l’humanité, ses dirigeants ont décidé de faire confiance à la sagesse des Diseuses de Bonne Aventure, des êtres supérieurs dotés du pouvoir de prédiction. Mais dans la réalité, elles ne se contentent pas de visualiser l’avenir, elles le choisissent à votre place….


Ainsi débute le court-métrage 2079 : The Fortune Teller. Un film signé Nicolas Cliet-Marrel, un jeune réalisateur français, expatrié au Canada. Un passionné de cinéma investi dans de nombreux projets, qui a accepté avec une grande disponibilité, de se confier à On Rembobine. Il est question de 2079 bien sûr, mais aussi de Muscle, son très court-métrage visible sur le net, de Terminator 2, de Mad Max, mais aussi de Christophe Lambert.
Nicolas Cliet-Marrel, qui nous donne aussi ses impressions sur l’état du cinéma contemporain, et dont nous devrions entendre parler d’ici peu, tant son talent semble amené à contaminer la planète cinéma dans les mois et les années qui viennent. Direction Montréal !

Bonjour Nicolas ! Pourrais-tu, pour commencer, te présenter à nos lecteurs ?

Je m’appelle Nicolas Cliet-Marrel, j’ai 33 ans. Je vis actuellement à Montréal. Je suis journaliste de formation, avec un grand écart communication pub et une bonne base en infographie. Le cinéma, je suis tombé dedans quand j’étais petit. Les films, j’ai commencé par beaucoup les regarder. Et depuis une dizaine d’années, avec des potes, on s’est mis à en faire, surtout des vidéos et des courts-métrages fauchés en DV. C’est avec l’arrivée des Canon 5D et 7D que les choses ont changé. Pour moi, cela voulait dire qu’il était désormais possible de produire, toujours sans un rond, des images qui « ont de la gueule ». Enfin du vrai cinéma

:)

Ton court-métrage, 2079 : The Fortune Teller, illustre un futur sombre et pour le moins désespéré, car toute notion de libre arbitre semble avoir disparu. Ce sont en effet, les voyants qui choisissent l’avenir des hommes… Comment est née une telle idée ?

J’avais au départ en tête ce personnage romanesque de diseuse de bonne aventure qui est le plus souvent rattaché aux histoires du passé. Et puis comme mon truc à moi, c’est plutôt la SF, je me suis mis à l’imaginer dans le futur. Le futur pour évoquer le retour du totalitarisme. La crédulité d’un peuple et l’utilisation d’un personnage romanesque pour le contrôler : la diseuse de bonne aventure. Ça se tenait.

Penses-tu que le devoir du cinéma d’anticipation soit nécessairement d’entrevoir un futur plus ou moins apocalyptique dénué d’espoir ?

Pas nécessairement. Mais depuis le temps qu’on nous raconte des catastrophes dans les journaux et à la télé, la fin du monde va bien finir par arriver. Du coup je me rassure avec des films comme New-York 1997, Omega Man (dont l’action se déroule en 1977) ou encore Terminator 2 (et son holocauste nucléaire de 1997). On franchit des caps, la fin du monde ce n’est pas pour tout de suite.

Comment s’est déroulé tournage de 2079 : The Fortune Teller ?

Tourné en 7D l’hiver dernier à Montréal, 2079 : The Fortune Teller est un peu mon premier court-métrage « sérieux ». Je veux dire avec du bon matériel (caméra, objectifs, éclairage) et une vraie équipe de talents travaillant pour la plupart dans le cinéma. Au total, entre les techniciens, les comédiens, figurants et la logistique, plus d’une vingtaine de personnes ont travaillé « bénévolement » sur le film. Le budget (1500$) a été consacré presque entièrement à la location du matériel, des lieux et à la cantine. Le tournage s’est déroulé sur quatre jours dont deux demi-journées en extérieur à -20 degrés. On faisait venir les comédiens au dernier moment pour les scènes. Il fallait aller très vite pour ne pas finir congelés sur place. Heureusement, le gros du tournage était bien au chaud dans une école, dont une journée complète dans un immense gymnase pour les scènes de prédiction.

[Interview] Nicolas Cliet-Marrel : 2079 : The Fortune Teller, Muscle…

La qualité flagrante de la photographie de ton film saute rapidement aux yeux. Tourné en noir et blanc, 2079 : The Fortune Teller jouit d’une image extrêmement travaillée. Peux-tu nous en dire plus sur les choix qui ont mené à un tel résultat ?

En fait, pour plus de libertés au montage, j’ai choisi de tourner en couleur. Mais j’avais déjà décidé que le film serait en noir et blanc. Du reste, mes indications pour les costumes et le maquillage allaient dans ce sens. Il fallait que tout soit le plus contrasté possible. Pareil pour l’éclairage, poussé au maximum sur certains détails, sans brûler. Ça a donné des visages marqués dans des jeux d’ombre et de lumière qui apportent une tonalité poétique et fantastique à l’ensemble, presque surréaliste, un peu dans l’esprit du cinéma expressionniste allemand. Au fina,l j’ai bien fait de tourner en couleur, car le film n’est pas tout à fait en noir et blanc. À l’étalonnage, pour conserver un peu plus de relief, on a opté pour une image presque entièrement désaturée, mais pas à 100%. Et enfin par-dessus une teinte froide bleutée.

2079 : The Fortune Teller brille également par son propos sans concession, comme si tu avais voulu exprimer la quête de liberté d’un homme qui tente de nager à contre-courant dans un monde où cela est impossible. Pessimiste non ?

On accepte tellement de choses dans la vie sans broncher. Mon personnage, Leon Sloane (interprété par Ben Cliche) connaît son destin mais ne l’accepte pas. Sans trop dévoiler l’intrigue, je dirais qu’il représente quand même un espoir. La masse est aveuglée et ne lutte plus. Lui y croit encore, jusqu’au bout. Et comme c’est le héros du film, on peut dire que le ton est quand même un peu optimiste, non ?

;)

Quand est-ce que le film sera visible et comment as-tu planifié la distribution de celui-ci ?

Le film est officiellement terminé depuis juin dernier. La nouvelle étape c’est les festivals. Pour la plupart, ils n’acceptent que des films de façon exclusive. C’est-à-dire, qui ne soient pas en même temps visibles ailleurs, notamment sur la toile. Depuis la première sélection début septembre au Montreal Comiccon Horrorfest, je me donne un an pour tenter de le faire vivre un maximum dans les festivals. Ensuite, il sera pour tout le monde.

En attendant, je vais quand même vous faire une petite proposition : si vous voulez vraiment voir le film tout de suite, envoyez-moi un mail motivé et, selon les arguments avancés, je vous enverrais peut-être un lien privé pour le regarder en avant-première.

[Interview] Nicolas Cliet-Marrel : 2079 : The Fortune Teller, Muscle…

Avais-tu, au moment de sa conception, des références particulières pour 2079 : The Fortune Teller ?

J’avais beaucoup de références en tête au moment de l’écriture, du tournage et du montage. Des films comme La Jetée, Le Septième Sceau, Mad Max… De la BD comme Bilal, Druillet… des dessins, des peintures. Le truc c’est de bien digérer tout ça et de tenter de raconter quelque chose de neuf, à soi.

Parlons maintenant de Muscle, ton très court-métrage réalisé dans le cadre du Festival M60 de Montréal. Impressionnant lui aussi dans sa faculté à faire passer une émotion sincère en seulement 1 min, Muscle est aussi teinté d’une mélancolie palpable. Dis-nous en plus…

Muscle c’est d’abord le défi de raconter une histoire en 60 secondes. Tout s’est passé très vite. J’ai écrit l’histoire en une après-midi. On a tourné en moins d’une journée avec juste le comédien, Pierre Chamberland (qui avait un petit rôle dans 2079), et le directeur photo, également cadreur, Romain Kelfa (qui avait aussi assuré la photo sur 2079). Enfin, il m’a fallu une autre journée pour le montage. Et puis c’est tout. Ce qui me plait dans le résultat, c’est que tout le monde en a une vision différente. Au départ, j’ai voulu illustrer une dépression d’un point de vue physique. Certains y voient une sensualité, de l’érotisme, du narcissisme. D’autres interprètent la chute d’une façon vraiment étonnante et m’expliquent la fin pas du tout comme je l’avais imaginée. C’est vraiment super. Je planche actuellement sur une version un peu plus longue pour le proposer à d’autres festivals.

De quoi est fait le quotidien d’un jeune réalisateur canadien ?

Alors déjà je ne suis pas canadien, pas encore… Je suis originaire de Lyon et je vis à Montréal depuis un peu plus de quatre ans. Pour ce qui est de mon quotidien, disons qu’il est surtout composé de plein d’activités qui ne concernent pas la réalisation. Malheureusement. Le gros de ma journée, c’est en mode pigiste écrire des articles société, culture, loisirs pour Le Journal de Montréal notamment. Graphiste aussi, je conçois des logos, des flyers, des pubs, des affiches, dont quelques affiches de films pour moi et les copains.
Sinon en ce qui concerne la réal, je suis en pleine écriture de mon nouveau projet de court-métrage. Plus ambitieux que le précédent, alors ça prend du temps. J’aimerais bien tourner au printemps prochain, si j’arrive à avoir un peu de subventions.

Quel regard portes-tu sur la production cinématographique actuelle ?

Avec toutes les suites et les reboots qu’Hollywood nous pond chaque jour, beaucoup prévoient à court terme un marché saturé de trucs pas créatifs gérés par des businessmen. Et pourtant, avec des films comme Cloud Atlas, Pacific Rim ou encore Le Transperceneige qui s’en viennent, je ne peux m’empêcher d’y croire encore. Et oui, malgré les apparences, je suis un grand optimiste.

[Interview] Nicolas Cliet-Marrel : 2079 : The Fortune Teller, Muscle…

Et maintenant le petit questionnaire maison :


Ton dernier frisson de cinéma ?
Vu au festival Fantasia l’année dernière : Absentia de Mike Flanagan. Sur une histoire de disparition. Petit budget, mais super efficace et bien flippant. Je faisais pas le malin devant.
Ta devise :
C’est au pied du mur que l’on voit mieux le mur.
Ton modèle :
Au cinéma, aujourd’hui ? Bong Joon-Ho, James Gray. Et pour tout plein d’autres raisons, depuis toujours Raymond Depardon.
Le pire des navets ?
Récemment Battleship. Ou Sucker Punch. Le point commun des deux films : j’ai pas dépassé les 20 minutes devant

;)

Ton groupe/artiste musical préféré ?
Arcade Fire, David Bowie, Röyksopp.
Le film que tu affirmes détester mais qu’en fait tu adores ?
Highlander II. D’une façon générale, j’ai un gros faible pour toute la filmo « ratée » de Christophe Lambert.
Ton, ou tes films de chevet ?
Tellement. Les deux premiers Alien, Sonatine, Memories of Murder, Blow Out, Les Moissons du ciel, Entre le ciel et l’enfer, The Servant, Il était une fois dans l’Ouest, L’Armée de ombres, les Chiens de Paille, … Bon je m’arrête, la liste est trop longue.
Ton héros de cinéma ?
Princesse Mononoke. Sinon j’aurais adoré que Columbo soit transposé sur grand écran. J’avais même écrit il y a longtemps un début de script. J’avais surtout en tête le criminel parfait face à Peter Falk : Jack Nicholson.
Et enfin, le mot de la fin ! Il est pour toi, tu as carte blanche !
Je disais plus tôt que 2079 : The Fortune Teller a été réalisé avec de nombreux talents, tous bénévoles. Je tiens à les remercier et à les citer ici tous et toutes. Ben Cliche, Eva Carol, Sébastien Cloutier, Alexandra Bonan, Patrick Mambwe, Pierre Chamberland, Dorotea Saykaly, Romain Kelfa, Jean-Philippe Théberge, Alexis Maingaud, Stéphanie Rain, Amanda Ihnatowicz, Caroline Becker, Audrey Viegas, Macha Ejova, Guillaume Nyssens, Roman Urodovskikh, Clément Huard, Jean-François Tremblay, Robert Lanctot, Basma Jebari, Alexis Courtois, Lydie Padilla, Béatrice Janevska, Julia Delriocco, Enza Padilla, Giulio Stocco, Vanessa Pageot, Gilles Guerraz, Céline Galoffre et Victor. C’est vraiment grâce à eux, grâce à leur confiance que l’aventure de La Diseuse a été possible. Et que le film existe aujourd’hui.

[Interview] Nicolas Cliet-Marrel : 2079 : The Fortune Teller, Muscle…

Merci beaucoup Nicolas pour avoir pris le temps de répondre à ces quelques questions !

Quelques liens pour continuer d’explorer l’univers de Nicolas Cliet-Marrel :

Lien Imdb 2079 : http://www.imdb.com/title/tt2244764/

Lien facebook 2079 : http://www.facebook.com/ladiseusedebonneaventure

@ Propos recueillis par Gilles Rolland


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