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Les petits cailloux de Valérie Jouve

Publié le 25 septembre 2012 par Marc Lenot
Les petits cailloux de Valérie Jouve

Valérie Jouve, ST, 1988 (1ère photographie du livre)

Il y a quelques jours avait lieu une présentation (au Jeu de Paume, où elle aura une exposition en 2015) du livre Résonances, somme du travail de Valérie Jouve de 1989 à 2009. En écoutant les intervenants, m'est venue à l'esprit l'idée que son travail - ou en tout cas son travail dans les deux territoires que je connais un peu, Saint-Étienne et la Palestine -, au delà du caractère implacable, âpre de ses photographies du front (guerre sociale dans un cas, guerre coloniale dans l'autre), témoignait d'une certaine forme d'espérance, de promesse, d'utopie peut-être face aux défaites amères. Ses photographies ne sont pas descriptives, ne sont pas compassionnelles, elles sont le signe de présences, de vies aux marges, à la périphérie. Elles offrent des images de ce qui n'était pas visible, pas reconnu (comment peut-on reconnaître la Palestine quand on ne la connait pas, dit-elle, et, en effet, rares en sont les images d'atmosphères et non d'évènements, seul peut-être Miki Kratsman aussi).

Les petits cailloux de Valérie Jouve

Valérie Jouve, Composition 1, 2008-2009 (avant-dernière photographie du livre)

Dans les cités minières stéphanoises photographiées au début de son travail, comme dans les villes palestiniennes où elle vient de passer ces dernières années, il m'a semblé voir, à travers son travail, le signe que l'espoir ne peut naître que d'en bas. Face à la crise et à la destruction du tissu industriel, c'est le réseau de quartiers, d'amicales, laïques ou paroissiales, ce sont les liens familiaux, amicaux, de voisinage qui, plus forts qu'ailleurs dans la culture stéphanoise, ont permis la survie de la ville, et non pas les élus, les politiques, les subventions (ah, Manufrance ...). Face à l'occupation israélienne et à la tentative de faire disparaître le peuple palestinien, ce ne sont plus les structures politiques, Autorité Palestinienne, Fatah ou même Hamas, qui, après la débâcle d'Oslo, incarnent l'espoir aujourd'hui, aussi ténu soit-il, mais c'est la société civile, les militants de base, les associations des camps et des villages, les artistes aussi, avec leurs rêves et leurs utopies d'ailleurs. Ce ne sont plus les gros pavés qui changent le monde, ou en tout cas ce monde-ci, c'est l'accumulation de petits cailloux, et c'est ce que je vois (une des choses que je vois) dans ces photographies de Valérie Jouve, dans leur résonance.

Les petits cailloux de Valérie Jouve

Valérie Jouve, ST (Les Personnages avec Umm Hassan), 2011-2012 (cette photographie n'est pas dans le livre)

Valérie Jouve, Résonances, Éditions Steidl, Göttingen, 2012, 248 pages, 48€

Valérie Jouve étant représentée par l'ADAGP, les photos seront ôtées du blog au bout d'un mois.


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