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Les enfants de Belle Ville, une tragédie téhéranaise

Par Sijetaisdeboutsurmatete

Les enfants de Belle Ville, une tragédie téhéranaise Une séparation, d’Asghar Farhadi avait conquis les esprits, raflé les prix (Oscar et César du meilleur film étranger). La société Memento Films en profite pour distribuer le deuxième long-métrage du réalisateur, Les Enfants de Belle Ville.  Comme Une séparation, ce film d’une grande intelligence dissèque les questions du pardon et de la culpabilité dans une société régulée par la loi coranique. 
A Téhéran, « Belle ville » est un centre de rétention pour mineurs. Lorsque l’on fête ses 18 ans, on y pleure : la majorité signifie le transfert vers la prison pour adultes, et une possible exécution. Un moyen d’échapper à la peine capitale : que le plaignant demande grâce pour l’accusé. Lorsque ce plaignant est un père éploré qui niche son désespoir dans un conservatisme rigide, le travail de persuasion paraît impossible. Mais Ala qui veut sauver la vie de son ami Akdar, a des appuis : sa ténacité, son admiration pour la superbe sœur de l’accusé, les sourates du Coran sur la miséricorde divine, et les intérêts de la femme du plaignant…
Comme dans Une Séparation, le film s’ouvre sur un constat très simple : il faut sauver Akdar… Le décor est planté rapidement : quartier aux allures de cour des miracles, femmes voilées sans aucune liberté, hommes butés. Voilà pour la surface… qu’Asghar Farhadi prend plaisir, touche à touche, tel un restaurateur de fresques anciennes, à décaper, pour faire apparaître la complexité d’une situation sociale : les femmes à genoux peuvent se révéler plus puissantes que les patriarches, les grands religieux doux, les pratiquants fidèles passibles de blasphèmes, les matons protecteurs et les petits gangsters des anges-gardiens. Autant d'enchevêtrements rend les choix cornéliens : écartelés entre intérêts propres et principes moraux, les personnages d’Asghar Farhadi ont la beauté des personnages de tragédie grecque et leurs regards perçants. À voir absolument.
Les Enfants de Belle Ville, Asghar Farhadi, 2012. 

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