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Andreas Gursky a trouvé plus fort que lui

Publié le 26 septembre 2012 par Marc Lenot
Andreas Gursky a trouvé plus fort que lui

Andreas Gursky, ohne Titel XV, 2008, 237x506cm

Andreas Gursky a trouvé plus fort que lui

Andreas Gursky, Gasherd, 1980

D'ordinaire on associe d'emblée aux photographies d'Andreas Gursky les qualificatifs de gigantisme et de critique du consumérisme. L'exposition au Kunstpalast de Düsseldorf (jusqu'au 13 janvier) permet d'avoir une vision plus diverse de son travail. D'abord parce qu'il y joue sur les formats et que telle photographie, jusqu'ici présentée en très grand format, est ici montrée dans un petit tirage. Ensuite parce qu'on y voit aussi ses premiers travaux d'avant le numérique, cette gazinière banale de 1980 sur laquelle je ne sais trop quoi dire, mais aussi, à l'entrée de l'exposition, la vue de montagne ci-dessous, Klausenpass, de 1984, où, dans ce paysage paisible de petit format, on parvient à distinguer quelques promeneurs qui sont comme des minuscules statues parsemant la montagne.

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Andreas Gursky, Klausenpass, 1984

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Andreas Gursky, Katar, 2012, 249x337.3cm

Bien sûr on y voit les photographies pour lesquelles il est le plus connu, la discothèque de Francfort (en haut) ou le circuit de Bahrein, et, parmi les plus récentes, cette énorme cuve à gaz liquide dans un tanker au Qatar, temple doré dans lequel il s'est fait descendre et où on distingue un homme minuscule travaillant sous une sorte de tente, à gauche en bas : images puissantes et grandioses.

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Andreas Gursky, Prada, 1996

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Andreas Gursky, Bangkok IX, 2011, 307x221cm

Mais le plus intéressant à mes yeux a été de mieux comprendre le travail de construction qu'il pratique. Ce peut dans certains cas être une construction physique comme la vue ci-dessus d'un magasin Prada qu'il a reconstitué dans son studio. Mais ce sont le plus souvent des reconstructions numériques, à partir d'éléments réels, certes, mais en les modifiant radicalement : l'image obtenue n'est plus une représentation plus ou moins fidèle du réel, c'est une invention, un mensonge. Ainsi sa série Bangkok, censée montrer d'en haut l'eau d'une rivière de la ville, est en fait incrustée d'éléments divers ajoutés à l'écran, jusqu'à composer un tableau quasi abstrait.

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Andreas Gursky, Antarctique, 2010, 249.4x347cm

Sa reprise de photos satellitaires d'océans ou de l'Antarctique se fait avec un travail sur la texture, la couleur de l'eau, le rendu crémeux de la glace qui, tout numérique soit-il, relève davantage de la peinture.

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Andreas Gursky, ST XII n1, 2000

Une de ses pièces les plus étonnantes à mes yeux est cette page d'un livre, comble de l'artifice car cette page n'existe pas : Gursky a repris des phrases glanées ici et là dans L'Homme sans qualités, livre fleuve inachevé de Robert Musil, et les a assemblées sur son écran pour composer celle-ci, synthèse utopique des 1700 pages du livre. Que Gursky ne représente pas la réalité, qu'il questionne le rôle de représentation de la photographie, sont des éléments intéressants, mais pas si originaux depuis l'avènement du numérique; son succès public vient de la beauté formelle et de la qualité technique de ses images, et aussi de leur gigantisme.

Andreas Gursky a trouvé plus fort que lui

Andreas Gursky, Pyongyang, 2007, 307x215.5cm

Tout en reconnaissant leur importance dans l'histoire de la photographie, sans doute ne suis-je pas très enthousiaste devant ces images-tableaux. C'est pourquoi j'ai été ravi quand j'ai découvert, au détour d'une salle, que Gursky avait trouvé son maître, un faiseur d'image plus manipulateur de réalité que lui, face auquel il ne pouvait plus rien ajouter, plus rien modifier, mais seulement s'incliner : Kim Jong-il (à moins que ce ne soit Kim Il-sung). Face à une création d'image artificielle aussi puissante que cette manifestation de masse, Gursky ne put que baisser les bras, corrigeant seulement un peu les éclairages et s'avouant vaincu. Le monde n'est plus qu'une image.

Andreas Gursky a trouvé plus fort que lui

Calvin & Hobbes, IHT, 20 septembre 2012, lu dans le train pour Düsseldorf ce matin-là

Photos 1, 4 & 6 courtoisie du Kunstpalast. (c) Andreas Gursky, VG Bild-Kunst, Bonn, 2012; courtesy Sprüth Magers Berlin London. 

Voyage à l'invitation du Kunstpalast.


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