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Culture, associations et Politique

Publié le 01 octobre 2012 par Chacalito

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Depuis quelques semaines et suite à des discussions assez intéressantes avec des militants et militantes, j'ai élaboré une théorie qui vaut ce qu'elle vaut, mais qui, je pense, mérite bien un article de blog, pour réflexion. Cette théorie, je l'ai testée auprès de quelques amis qui n'ont rien trouvé à y redire bien que je subodore quelques critiques une fois ces lignes parcourues...

Tout est venu d'une discussion sur les politiques et la communication avec une militante d'EELV. Cette dernière me parlait de "réseaux" et je lui rétorquais que ni eux (EELV), ni nous (UDB) n'avions de "réseaux" chose qui la chiffonnait un peu (EELV étant prompt à signer toutes les pétitions possibles). Et pourtant, lui rétorquai-je, ce n'est pas parce que quelques uns de vos militants ou des nôtres sont membres d'asso environnementales ou liés à la culture bretonne que nous avons du "réseau". Pour tout individu politisé normalement constitué, il est indéniable que le seul parti à avoir du "réseau" - autrement dit des relais suffisants pour peser dans des assemblées générales et vice-versa - c'est le PS. A Rennes, n'importe quel habitant du Blosne (quartier populaire) qui parle politique est membre du PS!

Pourquoi? L'une des raisons (mais pas la seule), c'est que le plus gros parti de France est aussi celui qui a le plus d'élus locaux! Or, les associations vont rarement à l'encontre des élus qui distribuent les subventions, sauf certaines dans lesquelles, justement, on retrouve nos militants! "Baise la main que tu ne peux couper" dit le proverbe. Je ne juge pas, je constate: combien de "têtes de réseaux" (syndicalistes, associatifs...) se retrouvent dans les conseils municipaux sur les listes socialistes?

De ce point de vue, la Bretagne diffère de tous les autres pays comptant des mouvements d'émancipation. Partout ailleurs, le mouvement culturel et le mouvement politique marchent main dans la main, avec un objectif commun. Chacun son travail certes, mais une confiance s'établit et des relations se nouent. En Bretagne, non! Je ne veux pas dire que les relations n'existent pas (preuve en est le forum des langues organisé par l'UDB auquel participait justement Ai'ta et Diwan pour ne citer qu'eux), mais c'est dans le rapport au Politique (avec un grand "P") que cela bloque. Diwan "ne fait pas de politique", Ai'ta "ne fait pas de politique", les asso écolo "ne font pas de politique". Etonnant! Moi j'avais cru comprendre qu'officialiser le breton, c'était faire de la politique, que revoir les façons d'habiter, de se loger, de se nourir, de se déplacer, c'était faire de la politique, j'avais aussi cru comprendre que revendiquer des pouvoirs régionaux ou la réunification, c'était de la politique. En confondant a-politique et a-partisan, le mouvement associatif se tire une balle dans le pied!

Alors, pour être tout à fait honnête, ce rapport n'est pas propre à la Bretagne, c'est un travers très français en réalité. Ce qui me fait dire que tout bretons (et même indépendantistes) que soient certains militants, ils pensent hexagonal! D'ailleurs, il n'est point besoin d'être sorti de St Cyr pour savoir que les lycéens Diwan, en sortant de Carhaix (où on peut imaginer qu'ils n'ont pas été formatés par le gavage républicain de l'Education Nationale), se tournent volontiers vers les idées écolo plus qu'autonomistes. Là encore, ce n'est pas un jugement. Etre breton ne se résume pas à porter une coiffe fort heureusement et ces jeunes ont tout à fait le droit d'exprimer leur personnalité dans un monde moderne... qui reste, selon eux, français! On en est toujours là...

L'UDB malgré ses prises de position n'est pas sorti dans la tête des bretons (les 4.5 millions, pas les 50000 qui votent breton) de ce carcan folklorique qu'il a souhaité dépasser en quittant le MOB en 1964. C'était justement la raison d'être de gauche pour l'UDB. Ce fut aussi le cas pour Emgann en 1982 et aujourd'hui pour Breizhistance. Le Peuple breton, c'était le marin pêcheur du Guil' ou l'ouvrier de Doux, c'était les chantiers navals de St Nazaire ou le paysan de Glomel. L'Etat, lui, nous traite comme des militants d'une autre époque, qui s'éclairent à la bougie et marchent en sabot. Il a magnifiquement réussi son coup d'ailleurs: combien de cartes politiques dans les bagadoù et autres cercles? Cherchez bien, elles ne sont pas nombreuses!

La société est ainsi faite que les partis bretons (quels qu'ils soient) n'ont jamais bénéficié de la sympathie populaire ou pour être plus précis (car les idées de l'UDB sont plutôt appréciées) de la CONFIANCE des gens. En termes clairs: les gens ne votent pas pour des partis minoritaires, ils n'aiment pas les perdants. Hélas, en politique comme à la bourse, c'est la confiance qui détermine la crédibilité! On peut avoir un parti le plus incapable possible, si les gens sont persuadés qu'il peut gouverner, alors il gouvernera. A l'inverse, tout compétent qu'il soit, un parti auquel personne ne croit restera attaché à son électorat traditionnel. C'est ce qui arrive à peu près à l'UDB. A peu près car il serait bien prétentieux de dire que nous n'avons aucun tort (après 50 ans bientôt, c'est logique).

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Dans ce rapport "Politique et culture", j'ai retrouvé un Peuple breton qui traitait de la question (juin 2006). Ronan Leprohon y expliquait justement que "la culture bretonne [au sens très large du terme] parce qu'elle possède un côté militant non contestable, a aussi un besoin vital du soutien politique" et vice-versa. Je pense, comme Ronan, que le mouvement associatif doit cesser d'avoir peur du Politique*  et s'emparer des outils qui existent, en adhérant certes, mais aussi en relayant l'info (pour nous via Le Peuple breton), en contribuant à la réflexion, en marchant parallèlement à l'action politique. Certes, beaucoup d'anciens du milieu breton sont critiqués par les jeunes (je pense à Tangi Louarn par exemple), mais eux avaient compris ça et à défaut d'être encartés conseillaient. Aujourd'hui, les jeunes bretons sont tout aussi désabusés par la politique que les autres jeunes de France et tentent de réinventer la poudre! Indignés, Anonymous, maintenant Pussy Riots, autant de mouvements éphémères qui, en voulant légitimemement démontrer les faiblesses de la social-démocratie, détruisent la légitimité du Politique donc du peuple.

Moi, je suis très clair, je fais de la politique, mais il est impossible d'avoir des résultats sans être soutenu. Ma prière est simple: aidez-nous à faire pression sur cet Etat castrateur. N'attendez pas que les choses arrivent, tout se gagne. L'Etat n'est pas disposé à nous faire des cadeaux "parce qu'on est gentils"! Réfléchissez à ce morceau de texte car la Politique sans les gens (ou avec des gens anonymes) = la loi du marché.

* Pour moi, l'adhésion au PS n'est pas majoritairement un engagement socialiste en témoigne la démocratie descendante qui existe chez eux, mais plutôt un engagement opportuniste. La base militante du PS que j'ai eu la chance de cotoyer (car ce sont des gens sincères) fait une confiance aveugle aux "élites" du parti. Leurs congrès en témoignent puisque le militant est relégué à adhérer à une motion quand, chez nous, tous les militants quels qu'ils soient, participent à l'élaboration du texte du congrès. Deux méthodes, deux philosophies...


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