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Protection, une fanfic sur la série Sherlock : chaptitre 06 / 24

Par Kaeru @Kaeru
Voici comme promis le nouveau chapitre tout frais. Le pauvre Watson n'est pas au bout de ses peines avec son revenant !
Pour lire le début : 01 - 02 - 03 - 04 -
Chapitre6
Je redescends l'escalier, mon oreiller sous le bras. Je me suis mis en pyjama. Mécaniquement, je débarrasse les tasses vides. Jeté négligemment sur le dossier d'une chaise, le manteau de Sherlock. Une idée me traverse l'esprit. Je n'hésite pas, je vérifie le contenu de ses poches, et surtout de son portefeuille. Ses papiers d'identité...
Tiens, tiens, la conversation avec Carmine prend soudain une autre dimension. Je ne suis même pas surpris.
Tandis que je tapote mon oreiller avec un soin particulier, le nom de Sebastian Moran ne cesse de revenir sur le devant de la scène. Je suis certain de l'avoir déjà entendu et il est associé à une affaire très sale. Inconsciemment, je me masse l'épaule. Là où un sniper maladroit m'a logé une balle. Avant de rencontrer Sherlock, l'armée, sa structure, son implication me manquaient terriblement. Après sa mort, enfin, sa mascarade de décès, j'ai beaucoup repensé à cette période, sa camaraderie. Et sa réalité peu joyeuse : je n'avais gardé presque aucun contact avec d'anciens soldats. Il faut dire que ceux que j'appréciais le plus étaient encore en service, souvent aux quatre coins de la planète.
Un déclic.
Avec une clarté rare, je situe le nom de Moran. Le colonel Moran.
L'infâme colonel.
Ça fait au moins dix ans, oh oui. Une bonne douzaine d'années même. Si un de mes supérieurs n'avait pas été personnellement impliqué, je n'aurais probablement jamais entendu parler de l'homme et de sa terrible réputation acquise en Libye, si ma mémoire est bonne. Un soir où l'alcool prêtait aux confidences, et où il était dans un état d'ébriété peu commun, il m'avait raconté que Moran avait commis une série d'exactions atroces impliquant des civils. Il avait le bras très long, si long qu'au lieu de se retrouver devant la cour martiale, il avait quitté l'armée, en étant simplement dégradé. Un déshonneur terrible pour mon chef, qui avait été compromis sur le terrain. Ce n'est qu'à la fin du récit qu'il avait lâché le nom de Sebastian Moran, trop tourmenté par l'injustice pour se soucier de la confidentialité.
Un type doté d'un réseau de connaissances utiles inversement proportionnel à sa morale, doublé d'une ambition et d’une cupidité assumées. Idéal pour fricoter avec la pègre. Bref, un charmant personnage...
Que les noms de Moran et Moriarty soient associés ne me surprend pas. Que Carmine reçoive le jour de la réapparition de Sherlock une enveloppe avec des infos visiblement liées à ce dernier, par contre, n'a rien d'une coïncidence.
J'écarte l'hypothèse que ce soit Sherlock lui-même qui ait fourni les données.
Il a peut-être changé en trois ans, mais pas à ce point. Il y a un truc qui m'agace et je n'arrive pas à mettre le doigt dessus. Je lui poserai plus de questions demain. Mes mains tremblent encore un peu. Surtout la gauche. J'ouvre et ferme le poing pour limiter les fourmillements. Le choc de le voir en vie, ici, débarquant la gueule enfarinée, s'estompe peu à peu.
Je commence à apprécier les conséquences.
J'inspire profondément. L'air est plus léger, comme si on avait ouvert une fenêtre magique qui, donnerait sur une prairie printanière. Je me sens ragaillardi ; à la fois épuisé et détendu. Heureux ? Une autre inspiration profonde. Pas encore ; je ne veux pas me relâcher maintenant, sinon, je n'aurai pas les réponses. Sherlock est vivant.
Vivant.
Il est revenu ici. Pour vivre ici, de nouveau. Comme si de rien n'était, après trois ans d'une absence assassine. Comme un enfant qui n'a pas bien intégré la notion du temps, qui confond « tout à l'heure », avec « demain », avec « dans trois ans ».
Il y a quelques bricoles que je dois régler ce soir, si je veux réussir à dormir. J'envoie un texto à Molly pour lui signifier mon retard. Après quelques hésitations, je ne mentionne pas Sherlock. Il ne s'agit pas d'une vengeance mesquine de ma part, au contraire. Je veux lui dire en face que je suis en colère, mais pas après elle. Pas totalement. Qu'on est toujours amis.
Je retourne à l’étage. Je n’entends plus le bruit de l’eau. Il a du finir ses ablutions. Connaissant le loustic, je m'enquiers quand même :
— Tu es décent ?
Il répond par l'affirmative et quand j'ouvre la porte, un nuage de buée s'échappe. Au milieu, Sherlock, dans le plus simple appareil, une serviette minuscule nouée autour de la taille. Je le soupçonne d'avoir pris la plus petite exprès. Ses cheveux mouillés ruissellent sur ses épaules. J'avoue, une fraction de seconde, j'admire son anatomie. Je l'ai déjà vu nu une paire de fois, la pudeur n'a jamais été son fort, encore une convention sociale ridicule faite pour le commun des mortels. Mais ce sont les cicatrices et surtout les bleus qui accrochent mon regard. Une lézarde de peau plus rose sillonne son épaule droite et une autre sa jambe gauche, au-dessus du genoux. Sur l'omoplate droite, une marque en étoile qui ressemble furieusement à un impact de balle. Un miroir de la cicatrice que j'ai aussi.
— En effet, tu n'as pas chômé ces trois dernières années...

Protection, une fanfic sur la série Sherlock : chaptitre 06 / 24

Black and blue, illustration de Anne Jacques


Il tourne vers moi son visage rasé de près et je retrouve la limpidité étrange de ses yeux gris-vert. Un instant, j'oublie le reste.
Le foyer vient enfin de se peupler. Un magnifique hématome lui décore la mâchoire, comme je m'en doutais. J'opine du chef, d’un air faussement désespéré :
— Je n'ai même plus envie d'être en colère contre toi quand je vois ton état.
Il me répond dans un sourire :
— C'était l'idée...
Du placard à pharmacie, je sors de quoi le traiter : crème à l'arnica, compresses, bandes et quelques analgésiques. Rien de trop puissant. Il est possible qu'il consomme encore des substances illicites et je veux éviter tout risque d'interaction médicamenteuse.
Il se rince une dernière fois le visage. J'ai envie de lui demander de s'habiller, mais il est foutu capable d'ôter la serviette avant que je n'aie eu le temps de me retourner. Je ne dis rien. La nudité de Sherlock ne me dérangeait pas avant, enfin, pas comme ça.
Je me frictionne les paumes avant de lui tâter les côtes. Sa respiration s'accélère et s'interrompt.
— C'est très douloureux ?
— Ça se voit non ? Lâche-t-il d'un ton sec, avant de se reprendre et d'ajouter : je crains d'avoir quelque chose de cassé...
— Pas forcément cassé. Tu as une gêne pour respirer ?
— Non, ça fait mal si j'éternue.
— Je ne pense pas que tu aies une fracture.
— J'ai mal plus bas aussi...
— Là ? Vu la couleur appétissante qui orne ta dernière côte flottante, c'est normal – je laisse ma main glisser sur son flanc gauche. Le mieux serait quand même que tu passes des radios. Je te fais un bandage lâche, mais c'est surtout pour tenir la compresse, la crème devrait au moins aider à résorber les ecchymoses.
Assis avec dignité sur le battant des toilettes, Sherlock se laisse faire ; sa docilité m'aide à me détendre et à m'éclaircir les idées.
— Parfois, j'oublie que tu es vraiment médecin. Que tu peux aussi soigner...
Le ton de la voix est neutre, une main tendue pour une discussion en terrain neutre. Sherlock a toujours eu une capacité d'ignorer mes reproches et mes demandes quand ils ne lui convenaient pas. Il peut se focaliser sur des détails, râler pendant des heures sur son prétendu ennui comme si j'avais la capacité divine de le distraire, et à côté de ça, quand il s'agit d'un truc qui ne correspond pas à ses attentes, il peut en faire totalement abstraction. Encore une des ses contradictions violentes qui parfois m'ont rendu dingue et surtout conduit à aller précipitamment prendre l'air... Une de ces choses qui m'ont aussi le plus cruellement manqué...
— Tu penses que je peux faire les radios demain à la morgue de Barts ?
— Non. C'est pour les cadavres. Tu n'es plus mort que je sache.
— Je n'aime pas trop les autres services... Légalement, je ne suis pas encore revivant...
— Ok.
— Merci... John ? Tu es en colère contre moi ?
Je le fusille du regard par-dessus la bande autoblocante que je suis en train de dérouler, mais je n'ai pas le cœur à me chamailler avec lui. Ni l'énergie. Il est vraiment tard.
— Je voudrais que tu répondes à une question, avec sincérité. Et je voudrais aussi mettre au point quelques petites choses concernant la reprise de notre collocation.
Il acquiesce avec une bonne humeur forcée. Je regarde le bleu sur sa cuisse et celui sur sa mâchoire, le tube de crème à la main. J'ai envie de le toucher. Sentir sous la pulpe de mes doigts la peau de sa joue douce, encore humide. Mon regard croise le sien. Non. Je n'ai jamais fantasmé sur Sherlock. Jamais. Il était mort quand j'ai réalisé.
Je me suis interdit d'imaginer ce que notre relation aurait pu être.
Interdit.
Pas la peine d'ajouter des regrets cinglants à une affliction si grande. Mais il est là, vivant. Sa peau si tiède sous ma main. Je retire vivement la main de son torse, juste sous le bandage. Il me semble avoir senti les palpitations de son cœur s'accélérer. À moins que ce soit le mien, assourdissant, qui vibre jusqu 'aux extrémités de mes ongles.
— Je crois que tu peux te débrouiller seul pour le reste. On discutera demain, repose-toi.
Je sors de la salle de bain trop chaude sans demander mon reste.
À suivre mercredi prochain !  Copyright : Marianne Ciaudo

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