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Fugue en mode mineur

Publié le 09 octobre 2012 par Paulo Lobo
Le navire coule, et les souris dansent. Pourquoi le capitaine ne donne-t-il pas l'ordre de mettre à l'eau les canots de sauvetage?
Je suis terré dans ma chambre. Ma chambre est mon dernier refuge. Comme lorsque j'étais adolescent. Je feuillette mon carnet de bord. Qui m'apparaît comme bien grotesque. Je revis les moments fastueux qui ont émaillé mon voyage. La lumière scintillante de l'aurore au-dessus des flots, les matins qui étaient miens, le monde que je saluais avec grand coeur.
Sonne la sirène. Je fuis mon sort comme un loup éperdu. Je plonge comme tout le monde dans la mer glaciale. Je ne pense à rien. Je ne comprends rien. Je suis en suspension, dans l'attente de l'inéluctable, je me laisse flotter et geler. La mécanique du corps est mise à l'épreuve, ça ne sert à rien de pédaler, la courroie tourne à vide.
J'ai passé mon temps à voir le temps filer. J'ai exercé de mille et une façons l'art de la fuite. Fuite en avant, fuite en arrière, fuite par le haut ou entre les gouttes. Fuite par la sortie d'urgence et fuite par le vestibule d'entrée. Fuite avec panache, fuite embarrassée. Fuite qui dit flûte et fuite qui fait chut. Je n'ai jamais réussi à me suivre, j'ai toujours été trop empressé, j'allais plus vite que moi-même. Le mouvement d'abord, la pensée ensuite. C'est ainsi que plus d'une fois je me suis retrouvé dans des cul-de-sac. Mon chemin a été serpentin et fantasque. Au nom de la liberté, je me suis déssaisi de tout calcul planificateur. J'ai jeté par-dessus bord cartes routières et GPS en tous genres. J'ai vu les instants brûler devant moi. J'ai senti le souffle du vent qui me poussait. J'ai agi d'instinct, curieux toujours et étonné toujours de ce monde qui soutient mes pas. De cet air que je respire, sans lequel je ne serais rien. De ces êtres qui sont proches et que j'aime. De ces êtres qui me sont inconnus et que j'aime. De cette rivière. De cette plage. De la forêt et des prés. De la littérature et de la musique. Je suis un illustre insensé, je gâche mes chances et ruine ma carrière. Je n'en veux à personne, je creuse mon sillon. Un jour viendra, j'y verrai clair, la lumière sera mienne.
Retour dans l'eau glacée. Lent zoom avant, on part de l'immensément panoramique pour en arriver à ma petite tête à la surface des eaux. Je préfèrerais une musique minimaliste, s'il vous plaît.

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