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Il faut lire, relire ou decouvrir ce texte de louise michel

Publié le 15 octobre 2012 par Micheltabanou

J'ai retrouvé ce texte magnifique et militant de Louise MICHEL rédigé en septembre 1904 lors de son intervention à la Loge Maçonnique Diderot. Il est intutulé " LA FEMME DANS LA MACONNERIE" mais dépasse largement ce cadre dans son engagement féministe.

Il est aujourd'hui une épine dorsale de la conscience du droit à l'égalité. Il faudrait le donner à lire à ces juges de Créteil qui viennent de poser une nouvelle embûche sur ce chemin de la reconnaissance. Lisez ce texte, diffusez le surtout prennez conscience de son extrême nécessité quand régulièrement le femme se voit dénier les droit élémentaire d'être.

"Il y a longtemps que j'aurais été des vôtres si j'eusse connu l'existence des loges mixtes, mais je croyais que, pour entrer dans un milieu maçonnique, il fallait être un homme.

Selon moi, devant le grand idéal de liberté et de justice, il n'y a point de différence d'hommes et de femmes ; à chacun son œuvre. Ce n'est pas pour conquérir des privilèges que nous devons nous réunir, car, des privilèges, nous n'en avons pas besoin. Nous allons à la conquête du monde avec ses richesses multipliées par la science et le travail, avec pour horizons la liberté sans limites.

Le vieux monde craque de toutes parts : à Rome, en Russie, il montre ses pourritures. Pour arriver nous tous, hommes et femmes, à instaurer la cité nouvelle de lumière et de bonheur, nous avons à vaincre l'ignorance et la misère qui rendent mauvais. C'est nous, qui savons, qui sommes des criminels si, en égoïstes, nous gardons pour nous-mêmes nos connaissances. On manque d'enthousiasme : il ne suffit pas de savoir, il faut vouloir et agir.

On s'est défié des femmes, qui sont pourtant une grande force. La femme est un terrain facile à cultiver, c'est un compagnon et non un esclave. C'est à la femme d'essayer de faire des hommes. Qu'elle n'ait plus rien de caché, qu'elle renonce aux puérilités et aux petites ruses qui sont une marque de faiblesse ; qu'elle aille comme l'homme à visage découvert ; elle sera heureuse. Il faut que la femme refuse de se prostituer plus longtemps d'âme lorsque ce n'est pas de corps. Elle-même doit être l'artisan de son émancipation. Que la femme refuse de demeurer l'être inférieur que la vieille société a prétendu faire d'elle à perpétuité !

Et que les hommes, armés contre d'autres hommes pour la défense du vieux monde d'iniquités, refusent de se faire assassins ! Que des militaires préfèrent se faire fusiller que tirer ! Ayons, hommes et femmes, la force de la volonté, car nous n'avons pas celle des baïonnettes !

Nous sommes à une époque de l'évolution universelle où la lumière commence à rayonner : sachons en profiter ! Eveillons, aidons les forces latentes. Je me rappelle la Bretagne, que j'ai parcourue il n'y a pas longtemps pour y faire des conférences. C'est une province qui possède de grandes ressources d'énergie et qui est impulsive comme tous les convertis. Il s'y passera de grandes choses lorsque nous aurons su prendre cette province. Elle-même s'insurgera contre ses religions et détruira ses églises. Les prêtres y sont plus arriérés qu'ailleurs et, à cause de cela, il faut que les paysans bretons libérés deviennent un peu savants.

Les groupements humains et les individus suivent les mêmes lois d'évolution naturelle : hier l'esclavage, la misère morale et matérielle ; aujourd'hui le premier éveil ; demain l'entrée dans le bonheur et la liberté. On n'a rien fait de mieux que les universités populaires où la femme va s'instruire à côté de l'homme, son camarade, où des prolétaires s'efforcent de s'assimiler des vérités naturelles et des lambeaux de savoir. Il nous faut multiplier ces universités, les vivifier, consolider leur méthode d'enseignement. On doit y apprendre ce que sont la Matière, l'Homme, la Société, les rapports existant entre eux, ce que fut l'homme, ce qu'il sera. Il faut que rien ne nous fatigue, que rien ne nous abatte.

Le Moyen Age, lui aussi, à un moment, semblait prêt à faire triompher les idées généreuses. Mais le clergé recouvrit de son ombre le mouvement qui se dessinait et, pour des siècles, l'erreur domina la vérité. Nous devons profiter de l'heure présente et ne pas nous attarder aux choses mesquines, aux rivalités de clans, aux vanités ridicules : la femme ne doit pas singer l’homme dans ses erreurs.

Le duel des sexes serait ridicule et odieux : il n’y a pas la Femme contre l’Homme ; il y a l’Humanité. Nous n’avons pas à mendier ces choses mesquines qu’on appelle des droits politiques et qui vont disparaître avec la politique elle-même dans cette grande refonte faisant de l’humanité une vie toute nouvelle. Qu’est-ce que le droit de déléguer tous les quatre ans un pouvoir nominal à des mandataires en comparaison du droit naturel de penser et de vivre sans maître en puisant dans la richesse devenue le patrimoine de tous.

Il faut prendre, pour en faire le bien commun de l’humanité sans distinction de sexe, ce qui donne la vie, la vie de la pensée comme celle du corps. Il faut prendre la science, prendre les arts, se les approprier et que chacun soit soi-même. Etre soi-même! Que la femme qui poursuit son émancipation cesse d’être un écho, un reflet ! Qu’elle s’affirme sans vanité comme sans peur, telle qu’elle est. Ce qui fait que les peintres qui sont prix de Rome n’ont jamais rien valu, c’est qu’ils ont pris l’habitude de copier au lieur de créer.

Agissons et marchons vite, car nous ne sommes pas seuls et il nous faut songer aux autres. Laissons les réactionnaires se cramponner au passé, à leurs institutions qui s’effondreront avec eux, les tenant captifs comme des rats dans leurs trous. Ils veulent vivre dans l’ornière ; pour nous, créons les larges routes où nous ferons passer les petits enfants. En ouvrant ces routes-là, on peut mourir : ne le cachons pas, on ne meurt qu’une fois et ce n’est pas grand-chose. Ceux qui passeront les premiers seront les plus exposés : qu’importe, toute avant-garde est faite pour être sacrifiée.

Il ne faut pas regarder, lorsqu’on fait une découverte, si l’on est suivi, il faut soi-même la poursuivre. Il y a longtemps que le progrès serait le maître si on avait eu plus de volonté, mais nous osons à peine nous affranchir du joug du passé. Nous avons partout des attaches qui nous enserrent, des hérédités qui, d’hommes à hommes, ont passé aux enfants. Rome et Fouilly-les-Oies ont pesé également sur les esprits. Il faut s’affranchir de l’une comme de l’autre.

Il nous faut transformer quelque chose de plus important que les constitutions : la société, où toutes les misères découlent les unes des autres ; la faim, l’ignorance, la prostitution, la haine. Chez l’être humain roulé dans toutes ces misères, qui l’enveloppent comme les replis d’un suaire, il peut substituer quelque chose de bon. Les apaches (vieux mot désignant les truands) eux-mêmes ont leurs qualités : ils ne se trahissent pas. Le pouvoir abêtit les hommes ; aussi devons-nous, non point le conquérir et nous l’arracher entre hommes et femmes, mais l’éliminer de la société en faisant de celle-ci une grande famille libre, égalitaire et fraternelle, selon la belle devise maçonnique. Les hommes de la Commune étaient individuellement énergiques, d’une grande valeur. Membres de la Commune, ils ne furent pas à la hauteur de leur tâche. Ce n’est pas le gouvernement qui possède la grande force, c’est le reflux de revendications ouvrières qui pousse le pouvoir dans le dos et le force à exécuter quelques réformes indispensables. Il faut donc que notre action active celle des pouvoirs.

Ce ne sera pas chose facile, car la réaction se remue pour conserver ses privilèges. Nous allons vers l’avenir, elle veut ramener l’humanité au passé. Peut-être la violence devra-t-elle trancher ce conflit. J’ai assisté à Londres à une réunion de nihilistes. Il était curieux de voir ces hommes, non pas se réjouir de la mort de Plewhe, mais être satisfaits que l’humanité fût débarrassée d’un obstacle entravant sa marche en avant.

Il nous faut dépouiller l’humanité de ses laideurs et de ses tares. En ce moment souffle, tantôt en harmonie tantôt en tempête, un esprit véritablement nouveau. Il y a des grèves où on entend les colères monter, il y a une certaine chaleur dans les cerveaux, on cherche quelque chose, c’est une autre orientation de l’espèce humaine, des troupeaux qui vont vers l’idéal. Ils veulent rompre avec le passé ; il faut que le passé soit mort. Il appartient aux maçons et aux maçonnes de créer la religion nouvelle, la religion sans dieu et sans dogmes.


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