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Duggy Tee : «Unis le Senegal peut realiser enormement de choses, en solo on est fragiles

Publié le 15 octobre 2012 par Africahit

Sa langue, il ne l’a pas dans sa poche. Il, c’est Deug E Teee. L’ancien du PBS se dévoile dans cet entretien vérité. De ses débuts dans le hip hop en passant par la situation du rap au Sénégal, la réunification du PBS, rien n’a été laissé au hasard, par le rappeur à la voix de rossignol.
Duggy Tee : «Unis le Senegal peut realiser enormement de choses, en solo on est fragiles
Comment se sont passés vos débuts dans le mouvement Hip Hop ?

Mon vrai nom est Amadou Barry. J’ai commencé le rap en 1989, juste après l’année blanche. D’ailleurs, c’est un des faits qui m’ont poussé à faire de la musique. Je le faisais par passion, en écrivant des textes, en protestant contre les maux qui frappaient la société sénégalaise. J’aimais bien le foot, mais en tant que spectateur seulement. Des fois, j’étais gardien de buts, mais j’encaissais trop. C’est pour cela que j’ai abandonné le foot très tôt. J’aime bien suivre les matches à la télé, par contre. J’ai aussi fait du volleyball, du judo et du kung fu, quand j’étais encore gosse. Des gens qui étaient autour de moi, des proches qui me voyaient souvent chanter, m’ont fait une remarque de taille. A leur avis, j’avais du talent et je chantais bien. Ils m’ont demandé si je ne pouvais pas me consacrer intégralement au rap et en faire un métier vu que j’avais des idées pertinentes et des textes très explicites dans le fond et la forme. La musique n’était pas ma première vocation, quand j’étais jeune. Je voulais m’initier dans l’architecture et surtout dans l’aviation, qui était ma véritable passion, je voulais devenir pilote. C’était dur d’allier ces trois passions, qui étaient très différentes l’une de l’autre. J’hésitais. Mais comme j’avais le soutien des proches concernant la musique, j’ai pris la décision de m’y consacrer entièrement. C’est en 1989 qu’on a créé le groupe PBS (Positive Black Soul) avec Didier Awadi. En 1992, pour une première fois, on est sorti dans une compilation : « Revue Noire », Dakar 1992. C’est par la suite que les choses se sont enchainées avec notre participation dans l’album de Baba Maal avec Island Records qui sont tombés sous le charme. La structure nous a gratifiés d’un contrat. Juste avant cela, il y avait Mc Solar qui se produisait en concert à Dakar. On a fait la première partie. On connaissait le directeur du centre culturel François Bellanger. Par la suite, Solar nous a invités en France. Depuis le début, on n’est parti de rien du tout. Ce qu’on faisait, était un peu nouveau aux yeux du public. Les gens avaient tendance à fuir. Le mouvement était indésirable au début, car il y avait la peur de l’inconnu. Mais il y avait la curiosité du public par rapport au phénomène du rap. 


J’imagine que vous en avez vu… 

Cela n’a pas été facile pour nous, du fait qu’on était activistes et très engagés dans nos textes souvent protestataires. On s’est fait chasser un peu partout. J’ai fait les études de même que Didier, mais je n’ai pas eu le Bac, vu que cette période a coïncidé avec l’année blanche. Cependant, je me cultive tout le temps, j’ai eu la chance de faire partie d’une famille ouverte d’esprit. Ce qui m’a aidé dans ce sens-là. Je parlais beaucoup à mon père et il me donnait tout le temps des conseils sur la vie. On était tout le temps ensemble. Ma mère m’a beaucoup soutenu, elle continue à le faire. Je ne la remercierai jamais assez. J’ai beaucoup voyagé, étant gamin. Cela m’a permis d’avoir une grande ouverture d’esprit. D’ailleurs, je lis beaucoup. Je suis quelqu’un de curieux. J’aime bien suivre la chaine ‘’National Géographique’’. J’adore les découvertes, les inédits, les grands reportages. C’est juste pour vous dire que je fais énormément de recherches. 


Vous vous identifiez souvent à de grands hommes, êtes –vous un progressiste, un rebelle… ? 

En un moment donné, Awadi et moi avons senti que nous avions les mêmes références : des personnages qui ont marqué le monde à travers leur combat pour la bonne cause et qui ont été assassinés, pour la majeure partie. Il y a Cheikh Anta Diop, Kouamé Krumah, Thomas Sankara, Malcom X, Martin Luther King, Gandhi etc. La bonne cause, ce n’est pas un bon business. On s’est dit que nous aussi, on devait servir à quelque chose pour le continent. On ne prétendait pas faire mieux que ce qu’ils avaient déjà fait. Mais quand même, on pouvait pérenniser leurs actions à travers notre musique et continuer la lutte. Et en même temps, vu que la musique adoucit les mœurs, on a jugé nécessaire de développer d’autres thèmes qui sont beaucoup plus sociaux. On retrouvait un mélange de tout dans nos albums. Partant du révolutionnaire au gars très romantique, il y avait un véritable mélange de style. Notre premier album officiel au niveau international fut « Salam » ; au plan national, c’était « Boul Falé ». 


Êtes-vous nostalgique du PBS ? 

Nostalgique, non. Je pense que le PBS est plus un état d’esprit qu’autre chose. Quand on est membre du Positive Black Soul, on l’est pour la vie. Même si le groupe en tant que tel n’existe plus, on est tout le temps en contact. On se partage les idées et on se soutient mutuellement. On s’invite dans nos concerts et dans le cadre du travail, on collabore le plus possible. J’appelle Didier Awadi souvent. Si j’ai des questions ou suggestions, je lui en fais part. Pareil pour lui. 


Pouvons-nous nous attendre à un come-back du PBS ? 

Pour les 20 ans du PBS, c’était une très bonne idée de se réunir à nouveau. Cela nous a réjouis de faire plaisir aux fans, lors de cet anniversaire. Si on peut réaliser cet événement à chaque fois que c’est possible, ce serait une bonne chose. Mais, ce n’est pas facile pour nous. Toutefois, nous sommes conscients de l’importance de satisfaire les fans qui sont fidèles au PBS. Sans eux, rien ne serait possible. Une carrière n’est possible que si les fans vous soutiennent. Les calendriers nous font défaut, Didier a ses propres activités, moi aussi. Je suis continuellement interpelé sur la question du come-back du PBS. Lors d’un récent concert de Bouba Kirikou, un fan m’a interpelé sur la question : « Faites un truc pour le mouvement hip hop. Un come-back du PBS, les gens en redemandent. Le hip hop Galsen ne marche pas. Et des questions de ce genre ». Il ne faut pas croire que c’est le PBS seulement qui peut rehausser le mouvement. Il y a plein d’autres talents qui peuvent apporter leur touche. Bon, je ne veux pas m’étaler davantage sur la question. Mais, il y a un travail qui est en train d’être fait et des choses se préparent. On s’y attèle et le public sera avisé au moment opportun, in challah. 


«Il faut que les Sénégalais s’auto éduquent. Vous voyez chaque jour des gestes, des comportements indignes d’un citoyen. Les gens urinent ou ils veulent, ils font des places publiques leurs poubelles, ils construisent dans les espaces comme ils veulent, ils font leur commerce ou ils souhaitent, pour ne citer que ces exemples. Les Sénégalais doivent grandir et être conscients d’une chose, le développement du Sénégal passe d’abord par le changement de mentalité». 



Qu’est-ce qui explique la diversité des langues dans vos textes ? 

Dès le début, j’ai voulu être très réaliste. La musique que je pratiquais nécessitait une certaine ouverture. En toute honnêteté, je chante parce que j’adore mon métier. Je ne devais pas faire juste de la musique pour mon quartier ou pour mon pays. Mon message devait être universel et je suis un citoyen du monde et l’anglais est la langue la plus parlée à travers le monde. Pas la mieux parlée, mais la plus parlée, je le répète. Je chante souvent en français ; ce qui est très normal, comme je suis francophone. Le wolof est notre langue dominante et le Pulaar, ma langue paternelle. 


Où en êtes-vous, coté musical ? 

Je suis en constante évolution. Je travaille beaucoup avec des étrangers. Pour l’instant, on ne veut pas faire trop de bruit sur nos activités. Mais je projette un retour au plan international, vers les Etats-Unis d’abord, ensuite vers la France, dans le cadre du travail qui doit être mené avec mes collaborateurs. Mes premiers partenaires étaient des Français. Je ne veux pas les perdre surtout que je partage des relations sincères et durables avec eux. Il y a beaucoup de Sénégalais et beaucoup d’Africains qui vivent en France, on travaille sur tout cela. Après « Ngeum » qui est sorti en 2005 « Fit » en 2011, « Jom », sera le dernier album de la trilogie, sa sortie est prévue dans un an in cha Allah. 


Le dernier album « Fit » constitue-t-il un retour aux valeurs culturelles ? 

Il est toujours important de faire un retour en arrière pour avoir une vision plus fluide dans ce que l’on fait après avoir fait cent pas. Il est indispensable de voir ou est que j’en étais ? Qu’en est-il aujourd’hui et ou-est-ce que je vais ? Avec le temps on mûrit et on gagne en expérience, il faut la partager. Doug E Tee de 1992 et d’aujourd’hui font deux. Je n’ai plus la même fougue qu’avant. Je fais les choses telles que les sens, je ne force pas ce que je fais. Je prends le temps nécessaire pour réaliser quelque chose de bon. Un produit doit exister dans la continuité. Des chansons feu d’artifice, je ne m’inscris pas dans ce cadre je suis plutôt quelqu’un qui tend vers le produit classique. Raison pour laquelle vous voyez des touches nouvelles et de la variété dans mes tubes. C’est pour plus donner de la valeur et une certaine crédibilité à ma musique. La mélancolie de ma musique permet de toucher un maximum de public et toutes les tranches d’âge. 

Duggy Tee : «Unis le Senegal peut realiser enormement de choses, en solo on est fragiles

Old school, new school, quelle appréciation vous faites du hip hop Galsen et du statut du rappeur aujourd’hui ? 

Il y a eu une évolution par rapport à certaines choses dans le mouvement hip hop sénégalais. Mais cela ne sous-entend pas que l’engagement des rappeurs remonte à aujourd’hui. Non, nous avons toujours été engagés dans ce que nous faisons. C’est maintenant que les gens ont une vision plus objective du hip hop, mais nos textes ont toujours reflété la société. On a eu à sortir des chansons comme «ceci n’est pas normal, dou degeu dou yone». Le président Abdou Diouf nous avait reçus au palais pour nous certifier qu’il a entendu nos cris de cœur. La situation a changé, il n’y avait pas le besoin de sortir dans la rue pour exprimer son mécontentement. Aujourd’hui, les Sénégalais sont dos au mur. Abdou Diouf qui nous avait traités de jeunesse malsaine, s’est excusé. Il nous a fait chevalier de l’ordre du mérite bien après que la France nous avait décorés chevalier des Arts et des Lettres. Les gens parlent et disent ce qui les arrange. Mais, ils n’étaient pas témoin de ce qui s’est passé exactement entre nous et l’ancien président. Abdou Diouf a été très courtois et ne nous a jamais menacés. Il nous avait écoutés et avait regretté ce qui s’était passé concernant l’année blanche. Il était fier qu’on soit des ambassadeurs culturels pour le Sénégal et pour toute l’Afrique, il ne faut pas croire aux spéculations des gens. Les rappeurs ont toujours eu ce sens du devoir et du patriotisme pour le peuple sénégalais. Mais bon au Sénégal la souffrance de certains fait le bonheur des autres. Beaucoup de rappeurs et de musiciens ont eu à être soudoyés. Certains ont fait de la politique du business, mais cela existe depuis que le monde est monde. Des gens trouvent du plaisir et des intérêts à s’ériger en héros au dépend de la souffrance des individus, ce n’est pas nouveau. Heureusement que nous sommes conscients des pièges qui existent dans le milieu. J’avais soulevé déjà la question de la gouvernance au Sénégal lors de la sortie de l’album « Ngeum » avec le titre Emeutes. Mais étant donné que les Sénégalais n’avaient du goût que pour le tube « wadiour », alors que d’autres titres intéressants, constituaient tout l’album. C’est ça qui fait défaut aux Sénégalais. 


Quels rôles ont joué les rappeurs dans l’avènement de Macky Sall au pouvoir ? 

Le président a été élu par un peuple qui a fait son choix, ce ne sont pas les rappeurs qui ont élu Macky Sall. Si vous posiez la question au président, il serait catégorique. Il dira que ce sont ses partisans qui l’ont élu. Les rappeurs n’ont pas décidé, ils se sont battus pour le peuple. Nous avons le droit à la liberté d’expression, la libre circulation des gens et des biens. C’est ça la démocratie. Mais on est dans un pays où les gens font trop de zèle pour rien. Je veux voir un Sénégal qui avance au niveau de la mentalité, des comportements, de même qu’au plan des infrastructures et des autres domaines d’activité. Mais les gens ne se bougent pas, les gens veulent tous être pris en charge. J’ai vu récemment des gens refuser de quitter une école affirmant qu’ils n’ont pas où aller. Mais je me demande au nom de quoi. Il y a les élèves qui doivent rejoindre les classes pour la rentrée. Il faut que les Sénégalais s’auto éduquent. Vous voyez chaque jour des gestes, des comportements indignes d’un citoyen. Les gens urinent ou ils veulent, ils font des places publiques leurs poubelles, ils construisent dans les espaces comme ils veulent, ils font leur commerce ou ils souhaitent, pour ne citer que ces exemples. Les Sénégalais doivent grandir et être conscients d’une chose, le développement du Sénégal passe d’abord par le changement de mentalité. Les rappeurs remplissent leur devoir mais ne peuvent pas tout faire. Si les Américains sont si puissants, c’est parce qu’ils ont un sens du patriotisme très élevé. 


Quelle appréciation faites-vous du nouveau gouvernement ? 

Je ne pense pas qu’il y avait lieu de faire tout un bruit autour des entrées et sorties au niveau du gouvernement. Un remaniement fait partie de la machine gouvernementale. Quand une voiture est en panne, il est normal de l’amener au garage pour changer des pièces ou voir les segments, faire le vidange etc. On vient de confier le pouvoir à Macky Sall, il serait trop tôt pour s’acharner sur lui. Le mieux serait de lui donner un peu plus de temps pour pouvoir donner une appréciation du travail qui a été fait. Mais il ne faut pas que Macky Sall tombe dans le piège du multi remaniement. Un changement doit être radical. Ce n’est pas une histoire de camaraderie ou de compensation, le gouvernement ce n’est pas une histoire personnelle. C’est l’affaire de tout un peuple. Je pense que Macky Sall ayant été dans l’ancien régime est conscient de la tâche qui l’attend et des défis qui relever. Les Sénégalais sont conscients d’une chose certaine, c’est eux qui décident maintenant qui élire à la tête du pays. Nous voulons des gens compétents qui travaillent pour le peuple, c’est nous qui les payons. Les autorités sont averties, elles doivent faire leur boulot au risque d’être remerciées. 


Le single pour les sinistrés a-t-il porté ses fruits ? 

C’était plus de la sensibilisation qu’autre chose, on voulait transmettre un message de solidarité. Concrètement on est descendu sur le terrain avec l’appui de Meissa Ngom de Chaka Computer. Nous avons collaboré par le biais de Aziz Dieng. On est allés dans les quartiers inondés et participé à notre façon à aider les sinistrés pour se sortir des eaux. J’espère qu’on n’aura plus jamais à faire une chanson pour régler des situations de ce genre. Les inondations vont devenir une tradition si des actions concrètes à long terme ne sont pas définies. Mieux vaut prévenir que guérir. Il ne faut pas oublier qu’il y a eu des pertes en vies humaines. La continuité, c’est ce qui nous fait défaut. Les autorités doivent travailler dans le long terme. Unis le Sénégal peut réaliser énormément de choses, en solo on est fragile. Voyez le geste de certains rappeurs à travers Y’en A Marre, au-delà des actions que des membres ont mené, ils sont descendus sur le terrain et apporter leur soutien. Ce sont des actions nobles. Je ne suis pas impliqué dans aucun mouvement politique, j’ai mes raisons de ne pas être impliqué dans la politique, c’est un domaine que je n’aime pas. D’ailleurs j’en avais touché quelques mots à des proches du mouvement de faire attention aux hommes politiques. J’avais envie de rejoindre Y’en A Marre la cause est noble il ne faut pas être hypocrite, ils ont fait du bon boulot. Nous avons le même combat et nous entretenons de très bons rapports. Je les sollicite à chaque fois que j’ai besoin d’eux. Ce sont des frères que j’ai connu et avec qui j’ai eu à travailler avant même la naissance du mouvement. Je réponds quand même présent quand le peuple sénégalais a besoin de ses fils. Honnêtement vous pouvez vérifier ce que je vous dis appelez Malal ou Simon ou Kilifeu, on a d’excellentes relations, il n’y a aucun soucis sur ce plan. 


«J’espère qu’on n’aura plus jamais à faire une chanson pour régler des situations de ce genre. Les inondations vont devenir une tradition si des actions concrètes à long terme ne sont pas définies. Mieux vaut prévenir que guérir. Il ne faut pas oublier qu’il y a eu des pertes en vies humaines. La continuité, c’est ce qui nous fait défaut. Les autorités doivent travailler dans le long terme». 


Un rappeur comme représentant du peuple dans le gouvernement, un rêve ou une réalité ? 

S’il a les bagages intellectuelles nécessaires, la compétence requise pour remplir convenable la tâche qui lui est confiée, pourquoi pas. Il ne faut pas juste se dire qu’au Sénégal nous sommes les premiers à avoir pris un rappeur comme conseiller municipal ou ministre. Ce serait certes une grande satisfaction pour moi de voir un rappeur nommé dans une institution, mais il ne faut pas entrer dans ce jeu-là très tôt. Je ne suis pas contre l’idée, je veux juste que si jamais on en arrive là qu’on prenne des gens capables de remplir la mission qui va leur être soumise et qu’il maitrise bien leur domaine d’activité. D’ailleurs on a eu à m’interpeller sur la nomination de Youssouf Ndour. Je pense que c’est une bonne chose. Il peut apporter quelque chose à la culture. Si je n’étais pas consentant à sa nomination je lui en aurai fais le reproche, je l’aurai appelé pour le lui signifier. Je le pense en toute objectivité. Mais j’ai la ferme conviction qu’il peut être à la hauteur. On va le soutenir dans sa tâche à condition qu’il travaille à fond dans son secteur. Son ministère ce n’est pas seulement la musique il y a les arts plastiques, les lettres, la danse sans oublier le tourisme et toutes les activités culturelles qui vont avec. Un peuple se définit par sa culture, c’est un domaine particulier très important. Il y a des attentes autour de son ministère mais laissons le temps de réaliser quelque chose avant d’apporter un jugement. 


Pourquoi vos prestations se font de plus en plus rares au plan national ? 

C’est vrai que je ne joue plus comme je le faisais souvent. Mais je vais vous expliquer pourquoi les prestations se comptent aujourd’hui. Il faut dire les choses telles qu’elles sont, il y a une crise économique au plan musical, je parle au nom de tous mes frères musiciens. Je vois des structures qui génèrent des milliards au Sénégal mais qui se limitent à payer des cachets de 100 000 Frs CFA seulement aux artistes pour des prestations. C’est un manque de respect vis-à-vis des acteurs de la musique. Pour que ces gens continuent de faire de la bonne musique, il faut que les structures qui les accompagnent payent des cachets conséquents. Moi, je préfère prendre mon temps et organiser mes propres concerts. S’il y a des structures qui viennent m’accompagner, me soutenir tant mieux sino je m’en remets à mon savoir-faire et à mon expérience, c’est tout, je le fais tout seul. La musique agonise par que les gens n’achètent plus de CD. Un musicien qui n’a pas les moyens ne peut pas faire la musique qu’il veut. Les studios coûtent chers, c’est trois séances par chanson. La composition peut prendre trois journées de studio à 300 000 FCFA par jour, une journée en studio c’est 8 h de temps. Tu fais les prises de voix peut être en une journée, cela te fait 100 000 FCFA de plus. Le mix peut être réalisé en deux jours ça te fait 600 000 FCfa si tu veux avoir un produit de qualité et faire les choses professionnellement. Après tout ça tu masterises, tu fais des jaquettes, tu paies les hologrammes, tu paies des spots télé et radio, tu paies des jeunes pour distribuer des flyers, tu loues la sono, la salle, tu prends en charge ton orchestre et tu paies les répétitions. A la sortie de ton album tu n’arrives pas à gagner 1 million de frs Cfa alors que tu dépenses beaucoup plus. Aucun sponsor n’est prêt à te donner un bon cachet pour t’accompagner dans la vente et la promotion de ton produit. La téléphonie mobile utilise nos œuvres sans payer. La télévision et la radio qui utilisent les supports musicaux doivent payer les droits à la BSDA. Il n’y a pas de respect dans le paiement des droits de propriété. Je sais que ce ne sera pas facile à faire mais si à l’unanimité les artistes musiciens boycottaient toutes les prestations pendant un an on ne sort aucun produit, il va avoir un effet. Si on s’accordait à ne jouer que pour un cachet d’un million, vous verrez des musiciens en douce accepter un cachet de 200 000 frs Cfa, c’est ça le mal. Et cette somme ne constitue qu’une miette par rapport aux milliards empochés par les grandes structures. J’adore la lutte et l’aspect économique qui s’y dégage, les gens mettent des centaines de millions pour un combat de trois minutes mais pas pour un concert de 6 h de temps avec une dizaine d’artistes qui œuvrent pour la bonne cause. Ils ne sont pas prêts à investir des millions pour un album qui pendant des années va être un classique et que les sponsors voient leur logos sur le produit et savoir qu’ils ont participé à la réalisation d’une œuvre qui ne meurt jamais. C’est la triste réalité et étant trop fier je préfère aller jouer à l’extérieur avant de revenir au bercail. Par stratégie politique il y a des plateaux de Rap qui sont organisés par des maires ou politiciens, je ne dirai pas des concerts. Ce sont des gosses qu’on paie 20 à 30 000 frs Cfa pour faire du bruit, les initiateurs bouffent de l’argent dans leurs dos. Ce n’est pas ce qu’il nous faut pour progresser. Il faut que les musiciens croient en leurs potentialités pour être mieux considérés. 


Ya t-il rupture dans le mouvement Hip Hop ? 

Les gens ne vont plus au concert. Cependant il y a un avenir du rap au Sénégal c’est certains. Le milieu doit être boosté, les jeunes qui s’y exercent doivent être aidés pour qu’ils puissent se produire. Ce sont des jeunes qui ont opté pour suivre une carrière musicale. Ils ont décidé de ne pas s’adonner à la drogue, de ne pas se livrer au trafic de stupéfiant, au vol, à l’agression etc. Il faut que les visions changent, il ne faut pas voir ces jeunes rappeurs comme de simples perturbateurs, non. Je suis contre cette idée. Ces jeunes font un métier noble et ils sont très talentueux. Le Hip hop génère des emplois, dans le Rap il y a l’art le design, la danse, le marketing. La réinsertion sociale existe, j’ai déjà eu à aider énormément de jeunes à prendre une autre voie que le banditisme. Aujourd’hui ils prennent en charge leurs proches et leurs familles. Je pense que les médias ont un rôle à jouer dans ce sens. Un journal s’est déjà illustré en disant que l’éclatement du PBS est dû à ma consommation de Hachich, je ne sais pas pour quelle raison. Qu’est-ce que ma fille dirait si elle lit cet article ou bien que ses amies lui font la remarque ? Je voulais les poursuivre en justice et ça n’aurait pas été une partie de plaisir pour ce journal. Mais je ne vais pas leur faire de la publicité, je este serin. Je les mets en garde, cela pouvait aller plus loin. Ce n’est la fonction des médias de lancer des allégations de ce genre. Dieu sait que je n’ai jamais touché à cette drogue. J’ai ma famille et je suis un père modèle pour ma fille que j’adore. 


Quel message avez-vous à lancer au public sénégalais ? 

Les populations de la SICAP, je ne pourrai jamais les remercier assez. C’est là ou tout a commencé. Je suis fier d’être un habitant de Liberté là ou tout a commencé pour le hip hop. Que les gens le conçoivent ou non c’est ici que beaucoup de choses se sont déroulés dans le cadre du hip hop au Sénégal. Ceux qui connaissent bien l’histoire du hip hop au Sénégal ne vous diront pas le contraire. Je lance un appel au peuple sénégalais pour s’activer au travail. Arrêtons les ça va aller et les choses de ce genre. Le Sénégal a besoin des fils qui travaillent pour sortir le pays de toutes ses difficultés. Jeunesse du Sénégal de Dakar réveillons-nous il faut changer la mentalité et l’état d’esprit, c’est après avoir semé qu’on va récolter. Plus de sérieux dans ce que nous faisons, soyons unis et cultivons la paix, la patience c’est la voie du développement pour le peuple sénégalais. 


Le Pays au Quotidien 



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