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Dandy, c'est fini !

Publié le 19 octobre 2012 par Hongkongfoufou

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C’est d’abord une (belle) gueule racée en couverture.

Visage carré, impeccablement peigné, la gitane sans filtre au coin des lèvres, on dirait un baroudeur, un soldat perdu, un acteur peut-être. En tout cas, avec son élégance il n’appartient pas (plus) à notre monde d’aujourd’hui.

Puis un titre, Une âme damnée. Paul Gégauff, signé Arnaud Le Guern. Le tout est publié aux éditions Pierre-Guillaume de Roux, le fils du Condottiere des Lettres Françaises, Dominique de Roux.

Il ne nous en fallait pas plus pour nous ruer sur ce bouquin !

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On avait découvert ce Paul Gégauff il y a quelques années dans le vif essai d’Eric Neuhoff, Les Insoumis. Ce dernier y côtoyait son ami Maurice Ronet, Dominique de Roux (encore lui, décidément), Pascal Jardin et Jean-Pierre Rassam (producteur notamment de Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil de Jean Yanne et ex-mari de Carole Bouquet).

Et finalement, il est aisé de considérer Gégauff comme un parfait concentré de ces quatre autres personnages.

En effet, comme Pascal Jardin (Les Félins, Angélique Marquise des Anges et ses suites, La Horse, …) il sera scénariste. Il signera Plein Soleil pour René Clément et surtout offrira à Chabrol de réaliser ses plus beaux films, tout au moins ses plus efficaces charges contre la bêtise et la pensée petite-bourgeoise : Les Biches avec son duel saphique et tropézien entre Stéphane Audran et Jacqueline Sassard, et Que La bête meure, implacable série-noire sur l’ignominie humaine.

Nous ne nous étalerons pas davantage sur sa participation aux nanards érotico-franchouillards Brigade Mondaine : la secte de Marrakech et Les Folies d’Elodie.

Comme de Roux, il sera écrivain en rupture de combine germanopratine, publiant aux Editions de Minuit (Les Mauvais Plaisants) alors qu’il penchait davantage pour l’esprit hussard et les chevau-légers de la Table Ronde. Et Roger Nimier de considérer ses qualités littéraires : "le cynisme, le sens de la drôlerie, un style vif où la pensée saute d’un mot à l’autre comme une puce". Bref, on est loin de Nathalie Sarraute et de Marguerite Duras.

Comme Maurice Ronet, on croisera sa figure altière à l’écran. Dans La Ligne de démarcation, de Chabrol (et aux côtés, justement de Ronet), Week-end de Godard ou Le Vice et la vertu de Vadim.

Mais surtout comme lui, à l’image d’un Drieu La Rochelle, son goût aristocratique de la beauté et sa haine de la vulgarité débouchent inéluctablement sur une morale du mépris.

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Enfin comme Jean-Pierre Rassam, il sera un noctambule chic, pour qui peu importent les contingences matérielles. Sortir chez Castel, s’enivrer avec Antoine Blondin, hiberner à Megève, descendre à Saint-Tropez, conduire une Aston-Martin. Une décadence toute 70s…

Elégance suprême, en 1979, alors que sa jeune épouse, Coco Ducados (tout un programme) tentait de l’assassiner, il lui déclara : "Tue-moi si tu veux, mais arrête de m’emmerder." Quatre ans plus tard, en 1983, le soir de Noël, elle cessera de l’emmerder pour de bon, le poignardant de trois coups de couteau.

De toute façon, aurait-il pu survivre à la vulgarité et au clinquant des années 80 et 90 !

Honneur soit rendu à Le Guern de nous offrir bien plus qu’un magnifique portrait d’une âme forte, une nouvelle figure tutélaire pour jeunes gens forts peu conformistes.

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