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La mort de Dada

Publié le 20 octobre 2012 par Detoursdesmondes
Soiree-du-coeur-a-barbe
6 juillet 1923 : La soirée du coeur à barbe, organisée par Tristan Tzara, tourne mal. Elle devient l'occasion pour les Dadaïstes et les Surréalistes de régler leurs différends.
Comment est-on arrivé à cette "agonie des amitiés", pour reprendre l'expression de Philippe Soupault, entre André Breton et Tristan Tzara ?
Le documentaire ci-dessous, réalisé en mai 1971, reprend la période 1920 - 1923 et nous éclaire admirablement sur cette rupture.

Un résumé de ce film est donné sur le site de l'INA et est reproduit ci-dessous :
"Le mouvement parisien est né après l'arrivée de Tristan TZARA à Paris qui a apporté avec lui sa technique du spectacle et du scandale dans les manifestations dada. Mais les divergences d'idées entre les différents membres du groupe, notamment André BRETON et Tristan TZARA, vont peu à peu mener le mouvement à s'éteindre en 1923.
Cette émission est construite à partir d'interviews de ceux qui ont vécu cette période. Ils évoquent les soirées dada qui peu à peu mènent à la desagrégation du mouvement.
Philippe SOUPAULT, Jacques BARON et Georges RIBEMONT-DESSAIGNES se souviennent de la manifestation dada de Saint Julien Le Pauvre le 14 avril 1921 qui se déroulait dans un terrain vague devant un public de clochards, sous la pluie et qui fut "morose". René HILSUM lit l'affiche annonçant la manifestation.
Puis Philippe SOUPAULT, Pierre DEVAL, Serge CHARCHOUNE, Georges RIBEMONT-DESSAIGNES racontent la mise en scène du procès de Maurice BARRES qui marqua la rupture totale entre les différents membres et où Benjamin PERRET fit son entrée habillé en soldat allemand avec un masque à gaz et parlant allemand. Le scandale fut immédiat. Philippe SOUPAULT parle d'"agonie des amitiés" attisée par Francis PICABIA qui trouvait que dada prenait trop de place.
Germaine EVERLING situe quant à elle la fin de dada après l'exposition organisée par Francis PICABIA à la galerie Povolovsky où le tout Paris était invité avec Georges AURIC, Francis POULENC et Jean COCTEAU.
Georges AURIC pense que la présence trop importante de personnalités parisiennes eut un mauvais impact sur dada. Puis il raconte comment le tableau "L'oeil cacodylate" vit le jour chez Germaine EVERLING.
Oeil-cacodylate

Philippe SOUPAULT, Georges RIBEMONT-DESSAIGNES se souviennent de la soirée du 10 juin 1921 organisée par Tristan TZARA à la galerie Montaigne où de nombreuses oeuvres dada furent exposées. Marcel DUCHAMP et Max ERNST participaient à cette exposition ; Philippe SOUPAULT y exposait notamment un miroir intitulé "Portrait d'un imbécile" . SOUPAULT et RIBEMONT-DESSAIGNES décrivent la soirée qui fut "l'affirmation de la crainte que cela finisse par un art dada" (RIBEMONT-DESSAIGNES).
MAN RAY raconte l'exposition qui eut lieu à la librairie 6 (librairie de Philippe SOUPAULT) où il offrit à Philippe SOUPAULTun fer à repasser (le cadeau, 1919). Celui-ci fut volé pendant la soirée et MAN RAY en fabriqua un autre car "ces choses là sont indestructibles... c'est l'idée que je montre, pas une oeuvre d'art".
Paul NEUHUYS parle ensuite de Clément PANSAERS l'unique représentant de dada en Belgique et qui rejoint le groupe de Paris en 1921.
En 1921 c'est la parution du dernier numéro de dada, le bulletin collectif "dada au grand air" rédigé pendant des vacances au Tyrol.
Simone COLLINET, alors épouse d'André BRETON, raconte que les relations entre BRETON et ses amis étaient devenues extrêmement froides.
Début 1922 André BRETON organise le congré de Paris qui sonne le glas du dadaïsme à Paris. Georges AURIC se souvient avec malaise de ce congré qu'il décrit comme un lamentable echec et l'expression d'antagonismes entre ceux qui auparavant étaient de grands amis : TZARA et BRETON.
Simone COLLINET, Jacques BARON, Philippe SOUPAULT et Georges AURIC parlent successivement de cet antagonisme et de ce qui séparait désormais les deux hommes : TZARA était un homme de spectacle voulant faire scandale et s'amuser alors que BRETON plus sérieux, souhaitait théoriser ces idées.
En juillet 1923 c'est "la soirée du coeur à barbe"où des poèmes sont lus et une pièce de théâtre de Tristan TZARA "le coeur à gaz" doit être jouée. Philippe SOUPAULT, Georges AURIC, Jacques BARON et Simone COLLINETse souviennent d'une soirée qui bascule dans la violence où certains sont bléssés, la salle saccagée et où la police fut appelée.
En conclusion de l'émission Georges RIBEMONT-DESSAIGNES, Paul NEUHUYS, Jacques BARON, Georges AURIC et Philippe SOUPAULT disent chacun à leur tour ce que dada a représenté selon eux et où ils en voient la continuité".
Photo 1 : Affiche de la soirée Le coeur à barbe, 6 juillet 1923.
Photo 2 : L'oeil cacodylate, Francis Picabia, 1921 © MNAM, Paris.

(Cet article est écrit dans le cadre de l'introduction à la prochaine conférence de l'association : "Autour du Mur d'André Breton")

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