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Un jour une chanson - Bensonhurst Blues

Publié le 24 octobre 2012 par Where Is Scarlett ?


Vous connaissez sans doute cette chanson, Bensonhurst blues, tube planétaire des années 80, interprétée par Oscar Benton. Je l'écoutais ado, je l'aimais bien, et je suis retombée dessus par hasard. J'ai fait quelques recherches pour savoir qui était Oscar Benton, dont j'aime la voix énergique, rauque, et bien testostéronée. Quelle ne fut ma surprise de découvrir qu'il était blanc et avait un physique banal. Mais la découverte des origines de ce morceau fut plus surprenante encore...
Un jour une chanson - Bensonhurst Blues
Mais dis moi (oui) Andy, qui est Oscar Benton ? A l'origine, c'est un groupe de blues-jazz-rock créé à Haarlem en Hollande (à ne pas confondre avec Harlem à New York bande d'ignorants, mais c'est une drôle de coincidence, on y reviendra plus tard) à la fin des années 60 par Ferdinand van Eif. L'"Oscar Benton band blues" change plusieurs fois de membres mais Ferdinand van Eif devient célèbre et prend le nom du groupe. Voilà pour Oscar Benton (oui, vous avez bien compris, Oscar Benton s'appelle en fait Ferdinand. Trop la honte).
Il sort Bensonhurts Blues en 1981, qui devient mondialement célèbre l'année suivante avec le film "Pour la peau d'un flic", de et avec Alain Delon.
Un jour une chanson - Bensonhurst Blues
La chanson reprend le thème du blues du businessman ("j'aurais voulu être un artiiiiiiiiste"), version américaine. Elle dresse le portrait pas très tendre par une de ses connaissances d'un businessman qui a tous les signes de la réussite mais qui au fond de lui a le "Bensonhurst blues". Il offre des cadeaux aux gens (des cigares) à défaut de donner son affection, n'assume pas ses origines et son passé (l'accent de sa grand-mère, et un/une Français(e) qu'il a connu autrefois) et souffre de tous ces faux semblants.
On ne sait pas qui est le narrateur : un ami, de la famille, son fils, un client, le mystère reste entier. A la fin, il remercie l'homme d'affaires pour la leçon, car ne voulant vivre avec le "Bensonhurst blues", il a choisit une autre vie, et coupe les ponts avec lui.
Là où ça devient intéressant, c'est l'interprétation de la chanson qui est faite sur un site dédié à la culture juive, bortch.com. Pour eux, ce blues d'une puissance rarement égalée est coloré d'un scat (improvisation constituée d'onomatopées, le fameux bouille bouille bouille bouille à 1 minute 12 secondes) caractéristique des chanteurs de synagogues (le style "Hazanout"). Ce phrasé et ces intonations sont si caractéristiques, qu'ils les rapprochent de celles de Moïshe Oysher ou celles de Léo Fuld, figures du style hazanout ashkénaze (laissant une plus large place au chant et à l’improvisation que le Hazanout sépharade).
Ainsi, Bensonhurst blues serait un mélange de culture juive et de blues de Harlem !
Un jour une chanson - Bensonhurst Blues
J'ai cherché, écouté Moïshe Oysher et Léo Fuld, et n'ai trouvé qu'une chanson dont l'improvisation se rapproche un peu de notre bouille bouille bouille, Yass de Leo Fuld (et non Yaas comme écrit sur YouTube). Je ne peux pas vous mettre la fenêtre YouTube ici, car elle ne s'affiche pas pour des raisons de droits, mais cliquez sur le nom de la chanson pour l'écouter dans YouTube (ça vaut le coup, et celle ci aussi, bien que très différente, la prouesse vocale est incroyable).
Oscar Benton aurait-il des origines juives ? Apparemment non. Mais un faisceau d'indices montre que l'hypothèse de l'improvisation d'origine liturgique juive n'est pas tout à fait fantaisiste.
Bensonhurst est en effet un quartier de Brooklyn, quartier historiquement juif de New York. Bay Parkway, nom du héros, est une rue de Bensonhurst. Celui-ci semble être un descendant d'immigré (l'accent de sa grand-mère). Plus troublant encore, cette chanson a été composée quelques années plus tôt par Artie Kaplan et Artie Kornfeld, tous deux américains d'origine juive.
Artie Kornfeld, auteur, musicien et producteur est devenu un producteur célèbre aux USA (il est l'un des créateurs de Woodstock). Artie (Arthur) Kaplan, auteur, saxophoniste, compositeur et chanteur, a connu son heure de gloire dans les années 70. En 1972, il interprète "Bensonhurst blues" (donc, dix ans avant Oscar Benton !). En l'écoutant, on découvre que Kaplan est bien l'auteur, non seulement du texte, mais aussi et surtout, de ce "scat" si particulier ! (voir à 1 minute 11 secondes). Bon à part ça, je ne suis pas fan de cette version, on dirait que l'interprète essaie de nous apprendre l'anglais tellement il articule.

Les paroles
Bay Parkway wonder
You're such a success
Your pretty secretary, ha !
She say you are the best
Your face always smiling
Say you sure paid your dues
But I know inside
You've got the Bensonhurst blues
Those custom-made ciggies
That you offer to me pretend
And pretend to care about my family
And those pictures on your desk
All them lies that you abuse
Do they know you suffer
From the Bensonhurst blues
Your grandmother's accent
Still embarrasses you
You're even ashamed
Of the French you once knew
You're part of the chance now
They break you making the news
But I know inside
You've got the Bensonhurst blues
But thanks for the lesson
Cause the life that I choose
Won't make me feel like living
With the Bensonhurst blues
And don't, don't try to write me
And don't bother to call
Cause I'll be in conference
Merry Christmas you all !
Petit Bonus du jour

J'ai aussi découvert sur le site Bortch l'origine et la signification des onomatopées incompréhensibles qu'on entend à la fin de la chanson "Just a gigolo" de Louis Prima (une chanson qui a bercé mon enfance car mon père dansait le rock dessus. Hé oui).
Je vous le donne en 1000, ces onomatopées sont en fait des mots en yiddish ! Louis Prima, qui n'était pas juif, chante Dalet Dalet ("dal" signifie "pauvre" et "deim dalet "ne rien avoir" - Avis aux linguistes, y aurait-il un rapport avec notre "que dalle"?) et Gou Nish ("Rien") à 4 minutes 10 secondes, dans le passage "... Il ne me restera personne, pas un sou, rien de rien..."

L'explication : dans le New-York des années 50, vers la 52ème rue où Louis Prima se produisait dans des boites de jazz, les expressions en Yiddish, en italien ainsi qu'en argot new-yorkais s'entremêlaient. Ainsi le mot "Shmock",  fait-il partie du vocabulaire américain : "... Ce type et un shmock...", "Come on hey you shmock ! Stop calling me Smock please ! " (Dans "Anny Hall " de Woody Allen). On l'utilise pour "Imbécile". En réalité ce mot assez peu distingué désigne l'appareil génital masculin, en Yiddish...
Shalom à tous !


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Par Wendy Shrimp
posté le 22 septembre à 16:10

Waow !!!!! Merci infiniment pour cette fine recherche. Très intéressant tout cela. C'est la preuve que chaque musique tire son inspiration d'autres musiques ;-) Beau travail

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