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Renaud de Bellefond : A propos du gardiennage des troupeaux en pays de Barège

Par Baudouindementen @BuvetteAlpages

Dans le cadre du dossier sur l'imposture de l'AOC Barèges Gavarnie "Pays Toy story", je viens de recevoir une pièce supplémentaire, elle est signée Renaud de Bellefond.

Après...

  • la réaction de Bruno Besche-Commenge, le stratège du pastoralisme dévergondé (allusion à l'humanisme dénonçé par Claude Lévi-Strauss) et spécialiste de la langue de mouton (pastolinguiste, linguopastoraliste?) qui me traite d'eugénique des alpages,
  • la "stupéfaction" du Vice Président du Conseil Général des Hautes Pyrénées et Conseiller général du canton de Luz saint Sauveur : Jacques Béhague,
  • après les commentaires de Jean Omnes : Moutons : gardiennage ou semi liberté ?
Voici une note signée par Renaud de Bellefond, Etho-historien. Cela se complique donc...

par Renaud de Bellefond
Note préliminaire

Tout d’abord, un mot pour dire que la mémoire parfois déforme le souvenir. Ce n’est pas à propos d’aulhera que A. Schmitt note une féminisation récente, mais de mutuera « gardienne de mouton », mot employé à Cazaux-de-Larboust : « mutwéra « gardienne de moutons ». Depuis la guerre, et par suite de la pénurie d’hommes, les femmes ont du s’improviser gardiennes du bétail. » (A. Schmitt, La Terminologie pastorale dans les Pyrénées centrales, Droz, 1934, p. 3, note 4).

oOo

Défricher le problème du gardiennage des troupeaux

L’ensemble de ce qui suit est basé essentiellement sur des sources  et travaux publiés (ou accessible sur la toile) ; ne sont cités que ceux utilisés dans le texte. Bien entendu plusieurs études plus générales sur les Pyrénées servent aussi de référence, de moyen de comparaison, et permettent d’affirmer, n’en déplaise aux Barégeois, que leurs pratiques culturelles, agricoles, politiques participent des caractères socio-historiques de l’espace pyrénéen gascon.
Les remarques qui suivent n’ont pas prétention à être définitives, mais juste suffisantes pour défricher le problème du gardiennage des troupeaux avec quelques éléments précis et vérifiables. Elles devraient infirmer des visions trop simplistes, en particulier l’affirmation de l’absence de tradition de garde des brebis en Pays Toy, qui est à l’origine de ce questionnement.
« Sur le plan historique il n’y a jamais eu de gardiennage permanent dans les estives » (Le pastoralisme, ASPP65, 2001) annoncent depuis une décennie déjà les représentants des éleveurs barégeois. Une vulgate que les élus locaux reprennent facilement ainsi que l’administration. Tout dernièrement encore, cet été 2012, le sous-préfet et le préfet reprenaient ce lieu commun. Il est un élément justificatif essentiel de l’arrêté dérogatoire permettant des tirs d’effarouchement contre l’ours sur l’estive de Bachebirou, entre Luz et Gèdre.
Un regard dans les estives pour leurs cabanes…
Il suffit d’aller faire un tour dans les montagnes du pays de Barège, vers le chaînon Pène Nère-Tourmalet, sous les hauteurs du Néouvielle, vers belles estives de Gèdre-Gavarnie, dans les en-hauts de l’Ardiden, pour voir sur de nombreux replats des ensembles d’une ou plusieurs cabanes plus ou moins conservées.

Plus difficiles souvent à repérer, mais ne demandant pas encore l’expérience d’une longue pratique archéologique, on voit aussi de nombreuses traces d’abris souvent sous roche. Ces cabanes et abris qu’Henri Fédacou entre autres distingue, nommant les premières couyelà et les seconds cacou, devaient bien avoir pour fonction d’abriter des personnes séjournant plus ou moins longtemps dans les en-hauts.
Aurait-on construit des cabanes, des abris si on n’y restait pas ? A une époque où routes et automobiles, où pistes et 4 x 4 n’étaient pas encore vraiment courants, l’éleveur de Luz, de Gèdre ou de Gavarnie aurait eu de vraiment bien longues journées s’il avait pensé pouvoir faire comme son collègue notre contemporain, à savoir partir le matin pour aller voir les bêtes pour être de retour le soir. Pour aller à pied de chez lui jusqu’aux estives et redescendre le soir, la journée est une insuffisante. C’est évident, bien sur, mais une fois qu’on le rappelle…
Comme ailleurs, on peut penser que le couyelà est lié à la garde des troupeaux de bovins, un espace construit est souvent prévu pour y mettre les veaux ; que le cacou sert à abriter plus ou moins bien les gardiens des troupeaux ovins. Voilà ce que nous indique globalement une rapide perception archéologique.
Etrangers et Barégeois
Sans remonter aux calendes moyenâgeuses, en restant sur la période charnière du XIXe et XXe siècle, il convient de noter que la situation sur les montagnes de Barège à propos du gardiennage est marquée par une relative diversité des pratiques souvent liée à l’origine géographique des troupeaux.
En effet outre les troupeaux des barégeois, des paysans-montagnards ayant leur ferme dans le pays de Barège, montaient aussi, et ce depuis longtemps (on dirait, si cette expression n’était pas galvaudée, « depuis des temps immémoriaux »), d’une part des troupeaux venus de la basse vallée du Gave voire, notamment dans une époque antérieure, du Béarn proche, d’autre part des troupeaux espagnols (aragonais en fait) et ce bien au-delà des montagnes d’Ossoue à Gavarnie où les voisins de l’autre côté ont toujours des droits d’usage ancestraux.

Rondou dans sa monographie sur la vallée de Barèges donne une description de la transhumance par un troupeau « lavedanais » (voir la note La transhumance en vallée de Barège en 1914 de la Buvette des Alpages ; ou directement sur le site des Archives départementales des Hautes-Pyrénées).
Ces troupeaux de trois origines suscitent des types de gardiennage quotidien différents, pouvant évoluer au cours d’une saison d’estive, notamment pour les troupeaux des montagnards de la vallée.
Les grands troupeaux ovins lavedannais et espagnols
Du point de vue qui nous préoccupe, on peut réunir les pratiques de gardiennage de ces troupeaux venant de loin, du sud ou du nord, sous un même regard. Quasi-exclusivement ovins (avec quelques chèvres notamment pour fournir aux pasteurs le laitage nécessaire à leurs repas), ces troupeaux sont accompagnés et conduits par plusieurs bergers qui les gardent en permanence dans les estives. Outre la description de Rondou déjà citée concernant les troupeaux de la basse vallée du Gave, les travaux d’Henri Cavaillès notamment rappellent l’existence de ces transhumances et leur ancienneté.

Par ailleurs, nous avons aussi le témoignage d’Henri Fédacou qui se souvient des bergers espagnols, entre 1907 et 1924 : « Leur cabane était à Sausse-Dessus (dans la Vallée d’Ossoue à Gavarnie). Ils étaient plusieurs avec un grand troupeau de moutons, era ramàdo, des moutons mérinos plus petits que les nôtres.(…) Tous les soirs, ils revenaient près de la cabane, au même endroit, dans un îlot formé par deux bras du ruisseau de Sausse.  » (Georges Buisan, Henri Fédacou raconte. La vie montagnarde dans un village des Pyrénées au début du siècle, association Guillaume Mauran, Tarbes, 1984, p. 34).

Ce retour quotidien sur une même couche chaque soir implique incontestablement un gardiennage assez serré, une conduite journalière du troupeau, comme le décrit aussi Rondou. Fédacou se souvient aussi des lavedannais qui louaient cinq montagnes de Gèdre : La Pène du Barrada, le Camplong, les Sarradets, Estaubé et Cestrède. (Idem, p ; 35-38, voir aussi, entre autres, Henri Cavaillès, la transhumance pyrénéenne et la circulation des troupeaux dans les plaines de Gascogne, 1931 ; réédition Cairn, 2003, p. 25-26 et 34-38))
Ces troupeaux ovins sont évidemment gardés toute la journée, par contre le détail de cette garde, à part le fait qu’ils sont conduits chaque soir auprès de la cabane, est peu décrit dans les sources, reste encore à étudier. On rencontre rarement de description du travail quotidien du berger, de ses parcours et du travail des chiens, ses auxiliaires. Xavier Ravier à propos des œuvres des « chansonniers de Gèdre », remarque que les chiens de berger, de conduite ou de protection, sont très rarement évoqués par les auteurs. « Si curieux que cela puisse paraître, il n’est jamais question des chiens dans les œuvres des chansonniers de Gèdre ». (X. Ravier, Poèmes chantés des Pyrénées Gasconnes, CNRS, 1978, p. 180). Dans La Terminologie pastorale dans les Pyrénées centrales (Droz, Paris, 1934) A. Schmitt ne donne pas un terme concernant les chiens et leur utilisation. Présents bien évidemment (Rondou par exemple dans la description déjà citée les signale esquissant la distinction entre chien de conduite de chien de protection (op. cit.)), cette zone d’ombre est difficile à expliquer. Surtout à nos yeux, du haut de notre imaginaire du berger, de l’éleveur. Même en Barège, aujourd’hui un éleveur sans son chien serait incongru,… sans son border-collie (qui a supplanté le « traditionnel » « berger des Pyrénées ») !
Si on ne peut pas décrire le travail précis des bergers de ces grands troupeaux ovins, destinés à la viande et à la laine, leur présence quotidienne est évidente. Cependant, les tenants de la thèse du non-gardiennage auront vite fait de répondre qu’il s’agit là de troupeaux « étrangers » à la vallée et que les Barégeois ou les Toy ne gardaient pas les troupeaux.
Le gardiennage des troupeaux de la vallée
En premier lieu, il faut revenir sur l’élevage principal des montagnards, qui sont encore à la charnière des XIXe et XXe siècles, bien plus qu’aujourd’hui, des « cultivateurs » (c’est souvent ainsi qu’ils apparaissent sur l’état civil). La culture du seigle, orge, du sarrasin, des patates… est toujours une nécessité, et la volonté autarcique une réalité. Notons qu’au XIIe siècle on cultive la vigne dans la vallée du Bastan à 1000 m environ ! (J. F. Le Nail, « Notes d’histoire », in Tres Serols-Mont-Perdu, MPPM, 2000, p. 126).

Pour l’élevage, ce n’est pas l’ovin qui est dominant, mais bien le bovin lait, notamment pour la fabrication de fromage et du beurre même si cette industrie paysanne est en perte de vitesse à partir de la fin du XIXe siècle. L’industrialisation de l’agriculture et des moyens de transport tend à rendre les laitages fabriqués au loin moins onéreux que la fabrication du terroir. Témoignent de l’importance de l’élevage laitier des bovins, les couyelas, ces ensembles qui outre la cabane intègrent un abri pour les veaux, un parc pour traire et les logios où on mettait le lait à conserver grâce à la fraicheur de l’eau.

« Nous appelions logio, explique Henri Fédacou, une sorte de rigole large et profonde, soigneusement dallée et recouverte de larges pierres plates, qui était irriguée en permanence par l’eau fraîche de la source ». les gardiens du troupeau y déposaient les « bidons » de lait avant de les transformer, souvent en bas, à la ferme. Encore à la fin des années 1920, Schmitt rappelle que « dans la région de Luz on trouve abondamment du lait et de la crème destinée à la fabrication du beurre » (Op. cit, p. 108), indiquant la relative durabilité de cette activité et de ces pratiques. Par contre, il note qu’à Cauterets ces laiteries d’altitude sont rares, « car on en fait pas monter beaucoup les bêtes à lait (on a besoin de lait frais dans le village de Cau(terets) pour les baigneurs. » (Op. cit. p. 107).
Pour montrer la primauté de l’élevage bovin, l’histoire de la famille Fédacou est exemplaire. En 1906 son père meurt, suite à un accident en allant chercher les chèvres au Barrada, et le grand-père décide de vendre les moutons « dont nous ne pouvions nous occuper » du fait du manque relatif de main-d’œuvre. «  Il y avait bien un domestique à la maison mais les enfants étaient petits ; moi, j’avais neuf ans. » A l’exception des plus pauvres, il rappelle qu’à « Pragnères, tout le monde avait des vaches, mais la moitié des maisons seulement entretenait un troupeau de moutons » (op.cit p. 58-59, voir aussi p.135 le tableau présentant les maisons de Pragnères et leur bétail en 1908-1910) ) Cette primauté du troupeau bovin sur le troupeau ovin mentionnée dans l’ensemble des travaux consultés, est aussi une réalité de la vallée de Campan où l’organisation de l’estive est assez semblable.
Les habitants montaient en estive de manière indépendante, chacun à son coueyla (partagé à plusieurs néanmoins) avec son troupeau de vaches et, s’il en avait, de brebis. Les récits des voyageurs qui, comme Ann Lister en 1838 (Première ascension au Vignemale, traduit et présenté par Luc Maury, Cairn, .2000, 106 p.) se font servir du lait dans les couyelàs, en témoignent aussi : l’essentiel des « bergers » gardent en fait les vaches qu’il faut traire chaque jour (ce qui implique une présence permanente sur les estives).

Les troupeaux de moutons, élevage secondaire en somme, qui accompagnent les vaches en estives, sont alors et effectivement sous une surveillance plus ou moins lointaine, lâche. Probablement pas sous la conduite quotidienne d’un berger pour nombre d’entre eux. Tel devait être la pratique assez dominante, mais la montagne, les en-hauts sont bien plus peuplés de surveillants de troupeaux permanent qu’ils ne le sont aujourd’hui. Dans chaque quartier d’estive, il y a au moins un pasteur, plutôt plusieurs. Au couyelà d’ets tousaus (à l’entrée de la vallée des Espècières au-dessus du bois de St-Savin), il n’y a qu’une cabane, en 1911-12, mais ils y logeaient à quatre « pasteurs ». (Fédacou op.cit p. 22).
A côté il y a les bergers espagnols, dans les montagnes environnantes d’autres couyelàs et au-dessus à la cabane de l’Espuge, un cacou (abri sous roche aménagé) avec un berger de Sia (un quartier de Luz-St-Sauveur) qui ne gardait que des brebis, Henri dit « Coco » mort en 1914…à la guerre. Il conduisait ses bêtes dans la montagne des Ligades et restait tout l’été là-haut.
Si Fédacou, comme beaucoup n’évoque pas la conduite des troupeaux de brebis dans les estives des Espécières où ils restaient jusqu’au 15 août environ, son récit est différent quand il se retrouve dans les estives et les pâturages du Barrada à l’automne (pas très loin de Bachebirou), donnant au passage une description presque archétypale du berger qu’était Coco. « Nous partions ensemble garder les moutons, mais lui se distinguait en choisissant le coin le plus dangereux, la Crespo ; l’herbe y était bonne mais c’était très en pente. Il fallait constamment faire attention que les bêtes ne s’écartent pas. Je le revois encore immobile, debout ou adossé à un rocher, les deux mains posées sur son long bâton, son tochou, le menton appuyé sur les mains, ne quittant pas des yeux son troupeau de brebis. » (op.cit. p. 33).

Non seulement il conduit son troupeau là où l’herbe est bonne, mais en plus il le garde avec attention. Même si le souvenir de Fédacou embellit la scène, probablement rendue archétypale par l’influence de notre imaginaire du berger, du « bon pasteur », son récit indique l’existence d’une pratique de conduite des troupeaux ovins dans certaines circonstances et dans certains lieux. Dans ces pâturages de moindre altitude, proche du massif forestier, la conduite serrée des troupeaux ovins apparaît comme la pratique dominante.
Les chansonniers de Gèdre, dont la production a été étudiée par Xavier Ravier, disent eux aussi l’existence de bergers restant en montagne rien que pour les ovins. Bernard Bordères (1890-1914) rappelle dans une de ses chansons qu’il n’a pu poursuivre ses études au séminaire car il a été mis berger de brebis (« Sortit det seminari/Aulhèr lo n’an botat » Op. cit, p.154 »).

Que ce soit Louis Porte-Labit (1861-1912), sa fille Germaine Crampe (1905- ?) ou Bernard Bordère, ils font essentiellement référence aux moutons gardés par des bergers (op. cit p. 139-170). S’il est vrai que souvent les chansons évoquent l’hiver que les bergers passaient avec leurs brebis dans les bordes du Campbielh (Louis Porte-labit avec son chat Pyrène), d’Héas (Bernard Bordères) notamment, quelques textes font mention de bergers autres que lavedannais affectés aux brebis. En particulier, dans la chanson « En soum due mountagne obscure » où le berger Yanot évoque sa « charmante Margalidete » qui le déclare « lou rey dés pastous ». Les filles de Porte-labit rappellent, dans un entretien avec l’auteur, que les jeunes gens évoqués dans la chanson « étaient bergers ensemble. (…) Ils étaient d’ici, de Gèdre. » (Op. cit ; p.149-154)
En somme, les troupeaux ovins étaient conduits et gardés la plupart du temps, en particulier dans les estives intermédiaires, mais pas pendant la période la plus estivale où dominait, dans les estives d’en-haut, une surveillance un peu lointaine.
Evolution
On la connaît, en particulier parce que ce que nous observons aujourd’hui en est l’aboutissement direct.

On notera toutefois qu’il y a encore peu d’études monographiques sur cette période qui court de l’entre-deux-guerres aux Trente Glorieuses (1930-1970) ; pourtant c’est vraiment le temps de la rupture, du passage d’un monde à un autre :

  • déprise démographique et agricole,
  • nouvelles utilisations industrielles et sportives de l’espace montagnard,
  • désenclavement,
  • diversification des activités…

Une évolution, qu’on retrouve en de nombreux endroits, qui modifie radicalement la place du troupeau ovin en passe de devenir de plus en plus prépondérant. C’est en particulier le cas à Campan : en 1866 il y avait 3,5 ovins pour un bovin ; en 1988 on a 20 ovins pour un bovin (tiré des chiffres cité par Georges Buisan, Hier, en vallée de Campan, auto-édition, 1999, p.203 et 171).

Cette évolution n’est pas propre à une vallée particulière, mais bien à l’ensemble des Pyrénées centrales. Pour bien des raisons, dont la moindre présence, la quasi absence des prédateurs, dont le manque de main d’œuvre, réduite de plus en plus au couple d’agriculteurs, voire même parfois à l’agriculteur célibataire, il est évident que la garde des troupeaux ovins en montagne n’était plus possible et ne présentait pas vraiment d’intérêt.

Si cette tradition de garde s’est perdue, c’est évidemment lié à l’évolution globale de l’agriculture et à la chute de la main d’œuvre disponible :

  • fin de l’élevage laitier,
  • augmentation de la part des ovins dans le troupeau,
  • fin des cultures céréalières et vivrières,
  • départ des enfants, départs des cadets,
  • disparition des domestiques… appelés souvent par les meilleurs salaires du fonctionnariat, de l’industrie naissante. Le devenir de postier, à partir de 1924, d’Henri Fédacou en est une illustration concrète.

A l’évidence en 40 ans à peine, les éleveurs barégeois ont abandonné ce qui faisait « la tradition », ont su s’adapter à de nouvelles conditions matérielles, techniques, démographiques, économiques et culturelles. Fini les cultures de céréales, le pain fait à la maison, la traite des vaches et la fabrication du beurre.

C’est évident que pour des éleveurs aujourd’hui en activité, dont les plus vieux sont pour la plupart nés dans les années 40-50 (60 à 70 ans), la « tradition », ce qu’ils ont grosso modo vu toute leur vie, est bien une pratique de non garde des troupeaux…

Une tradition récente, seulement récente…
La  divagation libre des troupeaux dans des montagnes vidées de leurs pasteurs, gardiens de troupeaux bovins et ovins n’est donc pas immémoriale, elle témoigne au contraire de la capacité d’adaptation des agriculteurs. Son corollaire est la modernisation de l’agriculture, ou plutôt son industrialisation et son étatisation. Elle est liée à l’existence des subventions européennes (dont il ne faut jamais oublier les consommateurs tout autant que les agriculteurs en sont les bénéficiaires, car elles dissocient les prix des coûts de production) ; elles ont favorisé en effet un élevage de montagne se désintéressant de la finition des animaux.
Mais cela c’était peut-être déjà hier. Les conditions d’aujourd’hui, les évolutions récentes qui questionnent l’agriculture, la prise en compte des incidences environnementales de l’agriculture, de l’élevage, mais aussi le développement du « bio » par exemple, de la mise en avant des produits du terroir, dont l’AOC Barèges-Gavarnie n’annoncent-ils pas une nouvelle tradition, qu’un renouvellement de la garde et de la conduite des troupeaux en estive peut accompagner.


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