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Il y a 70 ans Stalingrad (septembre 1942-février 1943)

Par Alaindependant

Notre dette envers les combattants victorieux de la bataille de Stalingrad

Par James Bradford DeLong
Professeur d'économie/Université de Berkeley
--------------------------------- Notre passé est fait de couches superposées d’instinct, de propensions, d’habitudes de pensée, de modes d’interaction et de ressources matérielles. Notre civilisation s’est construite sur cette fondation historique. Sans cette histoire, notre labeur ne serait pas seulement en vain ; il serait impossible.

Et dans cette histoire s’inscrivent les crimes de l’humanité. Les crimes horribles. Les crimes impensables. Notre histoire nous poursuit comme un cauchemar, parce que les crimes du passé hantent le présent et engendrent de nouveaux crimes dans l’avenir.

Cette histoire comprend également les tentatives de mettre fin aux atrocités et d’atténuer les effets des crimes passés.

Il est donc approprié ce mois-ci de ne pas parler d’économie, mais de tout autre chose. Il  y a soixante dix-neuf ans, l’Allemagne sombrait dans la folie. Le pays était en défaut de paiement. Il faut aussi compter avec la marche de l’histoire et la malchance. Aujourd’hui, presque tous les criminels de l’époque sont décédés. Leurs descendants et successeurs en Allemagne ont réussi – et réussissent – mieux que quiconque aurait pu penser à faire face et à surmonter le passé insurmontable de leur nation.

Il y a soixante-dix ans, 200.000 soldats soviétiques – en grande majorité des hommes et des Russes – franchissaient la Volga et entraient dans Stalingrad. Intégrés à la 62e Armée du commandant Vassili Tchouïkov, ces soldats ont planté leurs crocs dans les flancs de la Wehrmacht et n’ont plus lâché prise. Les combats firent rage pendant cinq mois. Et près de 80 pour cent d’entre eux périrent dans les ruines de la ville. Le 15 octobre – un jour comme un autre – le journal de guerre de Tchouïkov note qu’un message radio a été reçu du 416e régiment à 12h20 : "Nous avons été encerclés, il nous reste de l’eau et des munitions, nous mourrons avant de nous rendre" . A 16h35, le lieutenant colonel Ustinov demandait que sa position soit bombardée par leur camp.

Mais ils tinrent bon.

Il y a soixante-dix ans en novembre prochain – le 19 novembre pour être précis – l’Armée rouge mobilisait une armée de réserve de plus d’un million de soldats, déployée sous les commandements du général Vatoutine sur le front du sud-ouest, du général Rokossovski sur le front du Don et du général Ieremenko sur le front de Stalingrad. Le déploiement soviétique s’appelait Opération Uranus, le nom de code de l’offensive visant à encercler et à anéantir la 6e armée et la 4e armée de Panzer allemandes. Ils se battirent, furent tués en grand nombre et en fin de compte gagnèrent. Ils mirent ainsi fin à l’espoir nazi de dominer l’Eurasie pour une seule année de plus – et brisèrent définitivement le rêve caressé par Hitler d’établir un Reich de mille ans.

Ensemble, ce 1,2 million de soldats, les ouvriers qui les armèrent et les paysans qui les nourrirent, firent de la bataille de Stalingrad une bataille qui, plus que toute autre bataille de l’histoire humaine, modifia de manière bénéfique la trajectoire de l’humanité.

En finale, les Alliés auraient probablement gagné la Seconde guerre mondiale, même si les nazis avaient conquis Stalingrad, redéployé leurs forces d'élites sur d’autres fronts en renforts mobiles, repoussé l’offensive de l’Armée rouge à l’hiver 1942, et saisi les champs de pétrole du Caucase, privant ainsi les forces soviétiques de 90 pour cent de leur carburant. Mais dans ces conditions, toute victoire alliée aurait nécessité le recours massif à des armes nucléaires et le nombre de victimes en Europe aurait sans doute été le double de celui du bilan de la Seconde guerre mondiale qui avoisine les quarante millions de morts.

Qu’une telle bataille n’ait plus jamais lieu. Puissions-nous ne plus jamais avoir besoin d’une telle bataille.

Les soldats de l’Armée rouge, et les ouvriers et paysans de l’Union soviétique qui les armèrent et les nourrirent, ont laissé leurs dirigeants autocrates commettre des crimes et en commirent eux-mêmes. Mais ces crimes sont infimes par rapport au service rendu à l’humanité – et en particulier aux peuples de l’Europe occidentale – par ces combattants dans les ruines au bord de la Volga il y a soixante-dix ans cet automne.
Nous sommes les héritiers de leurs hauts faits. Nous leurs sommes redevables. Mais nous ne pouvons rembourser l’immense dette que nous avons à leur égard. Nous ne pouvons que nous souvenir.

Mais combien de dirigeants de l’Otan ou de présidents et Premiers ministres de l’Union européenne ont pris le temps de visiter le champ de bataille et de déposer une couronne à la mémoire de ceux dont le sacrifice a sauvé leur civilisation ?

Traduit de l’anglais par Julia Gallin

http://lecercle.lesechos.fr/

 Voir aussi sur le conseil de Michel Peyret: 1942-2012 Stalingrad, L’honneur d’un peuple


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