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Créatures anachroniques contemporaine I

Par Solonecrozis @SoloNecrozis

2012 : ebooks, ateliers d’écriture en ligne, liseuses numériques, blogs littéraires, magazines sur internet. Dématérialisation, toujours plus de dématérialisation. 

Aujourd’hui, on peut écrire une lettre, un livre, un article sans qu’il n’y ait jamais aucune main portant de stylo, ni de support recevant d’écriture. Ainsi il est  possible d’écrire en adultère de la relation sacrée tube encreur-support inscriptible. Ce n’est pas seulement possible, c’est surtout devenu  commun, banal, habituel. Et il apparaît évident que cette tendance ne s’inversera pas de sitôt. Aujourd’hui, on préfère la rigidité d’un logiciel de traitement de texte à la liberté d’une feuille de papier vierge, le clignotement mécanique d’un curseur virtuel au ravissement de sentir son stylo glisser avec vivacité sur les feuilles de son cahier. On se satisfait de faire défiler des pages virtuelles remplies de caractères dépersonnalisés, on a oublié le plaisir de tourner des pages, de sentir leur grain sur la pulpe de ses doigts. On ne sait plus rien du sentiment qui étreint de toute sa force lorsqu’on parcourt les pages d’un journal intime oublié, qu’on retrouve dans les soubresauts de sa calligraphie les flux d’émotions intenses qui ont générés ces mots. Sommes-nous si peu nombreux à ne ressentir que frayeur et frustration devant ces pages blanches immaculées, frayeur de savoir que l’on en arrivera jamais au bout et frustration de ne jamais pouvoir raturer son texte, l’annoter, le voir prendre forme, s’égarer, se l’approprier?

Il ne s’agit pas ici de nier toute valeur au texte dactylographié. Ni l’intention ni ce qui en résulte ne sont condamnables. Cependant, il m’est difficile de voir tous ces mots et les histoires qu’il raconte réduits à n’être qu’un amas d’octets stockés dans un disque dur synchronisé automatiquement avec le nuage, prêts à traverser le temps sans qu’il ne puisse jamais les altérer dans leur essence, sans odeur, sans volume,complètement à opposé de mes journaux intimes d’adolescent sentant le renfermé, aux pages jaunies et écornées maculées de tâches de café et de graisse.

Au delà ce ce que nous racontent les mots qu’il contient, le support lui-même conte son histoire, avec son langage, universel et intraduisible. Je ne crois pas que les outils d’écriture informatique soient capables un jour d’avoir une relation aussi intime, de proposer une relation aussi charnelle qui implique autant celui qui écrit  avec le produit de son imaginaire retranscrit sur papier. Je ne le souhaite même pas.

Ni vrai blogueur donc, mais pas un vrai écrivain non plus; créature hybride quelque peu anachronique issue d’une période de transition, je suis le blogueur papier,et je vous fait ici plus un adieu qu’une présentation, je laisse une trace de mon passage éphémère sur  terre, un témoignage pour tous ceux comme moi qui à la croisée des chemins ont vu leur pratiques happés par l’appétit insatiable du progrès technologique et rendues désuètes. Je suis un élément indispensable de tout processus d’évolution et preuve une preuve de son effectivité, et c’est en tant que tel que je m’approprie cet espace et vous livre ces mots.

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