PAR BERNARD VASSOR

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Tante Rose, soeur du patron et dame caissière,
les traits tranquilles d'une statue Grecque
collés à une face de paysanne romaine
qu'éclaire une bonté maternelle, digne d'attitude,
adorée et respectée par les pensionnaires"
ANDRE GIll
La Parodie 1869
Située dans la rue des Poitevins, dans une partie de
l'Hôtel de Thou, l'autre partie étant occupée par les extraordinairement prolifiques éditeurs imprimeurs, la famille
Panckoucke, dont nous donnerons une notice un peu plus tard. En 1235, la rue portait le nom de
Gui-le-Queux,
Guidoni ad Pictavina en 1288,
Grimaud ad Pictavinas puis la rue
dite des Poitevins. On ne sait trop pourquoi, au quinzième siècle, on la nomma
rue du Pet...comme cela ne semblait pas suffire, en 1560 elle est remplacée par la
rue du Petit-Pet, et en 1636, comble d'ironie :...
rue du Gros-Pet. Cela laissait supposer que comme le disait
Montaigne :
Paris avait une odeur de putréfaction !!!!
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La largeur de la voie fut fixée à 6 mètres en l"an VII, puis à 10 mètres en 1844. Une partie fut supprimée par l'ouverture de la rue Danton en 1895.
Revenons à notre
père François Laveur qui avait fondé une pension
rue de la Harpe dans les années 1830, qu'il avait en
1855 transportée rue des Poitevins. C'était un sacré caractère que ce père Laveur, il jugeait les gens au premier coup d'oeil, et celui qui ne lui plaisait pas, quelque soit l'état de sa fortune, ne faisait pas long feu entre ses murs. Il avait une forte sympathie pour les idées républicaines, et c'est ainsi que l'on voyait se coudoyer des gens aussi différents que le jeune Gambetta, son ami Eugène Spuller, un certain
Jules Ferry, les frères
anarchistes
Reclus : Onésime Elie et Elysée. Un jeune peintre dessinateur caricaturiste
Louis Gosset de Guines à qui son ami Nadar donna le nom d'
André Gill, en le prenant dans son journal :
"Le Journal Amusant" pour y faire ses premières armes, il avait à peine dix neuf ans.
Jules Vallès était attablé avec son ami
Courbet et
Jean Gigoux, l'amant de madame Balzac, si l'on en croit Octave Mirbeau, pendant que
Victor Hugo rendait une dernière visite à "
l'illustre écrivain",
"madame était occupée au premier étage avec son amant".
Madame
Rose Laveur (que l'on appelait
tante Rose), soeur de François, était une petite bonne femme sautillante, toujours le sourire aux lèvres, trônant derrière la caisse avec son petit bonnet de dentelles.. Elle survécut à son frère, et tint la pension jusqu'en 1895. Les deux garçons de salle étaient les neveux du patron. Parmi les habitués, des peintres, des écrivains, les même d'ailleurs que ceux de
la Brasserie des Martyrs sur la rive droite : le peintre roumain
Nicolae Grigorescu Alphonse Daudet,
Léon Cladel,
François Coppée,
Arthur Ranc (qui fut un temps maire du neuvième arrondissement),
Charles Garnier, (le peintre, pas l'architecte son homonyme) et bien d'autres qui fréquentaient aussi les maîtres de
l'Ecole de Barbizon.
Mise à jour le 03/11/2012