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- Rue des boutiques obscures – de Patrick MODIANO

Par La Blogosphère De Mathilde @La_blogOsphere

A la recherche du passé…

- Rue des boutiques obscures – de Patrick MODIANOVoici un roman que je n’avais jamais lu mais dont l’auteur ne m’était pas inconnu. Me voilà en pleine discussion « littéraire » entre amis, lorsque l’un d’eux me parle de Modiano avec un entrain incroyable, qui sans connaître l’histoire, vous donne envie.

L’ami : « Tu n’as jamais lu de Modiano ? J’adore cet écrivain, il faut absolument que tu lises mon livre préféré : « Rue des boutiques obscures » !! Modiano a vraiment un style d’écriture très bon, toi qui aime lire, je suis sûr que tu vas A.D.O.R.E.R ce livre ! »

A ce stade, je ne sais pas de quoi parle le livre, mais au fil de la conversation j’apprends que c’est l’histoire d’un homme qui a perdu la mémoire et va entreprendre, 15 ans après, d’aller à la recherche de son passé.

Bon à cet instant précis, j’ai envie de dire que l’histoire n’est pas très originale, mais pourquoi ne pas se laisser surprendre ?

Quelques jours plus tard, je revois cet ami avec son livre datant de quelques années maintenant, mais un livre authentique comme je les aime : couverture vieillissante beigeasse, lettres légèrement effacées, tâche d’humidité, odeur d’étagère où l’on peut imaginer un livre perdu au milieu de milliers d’autres… et surtout, aucun résumé au dos…

Je ne peux plus faire marche arrière, me voilà prise dans un piège fabuleux : celui de devoir lire un livre qui m’est totalement inconnu et dont l’histoire va me transporter à la fin de la seconde guerre mondiale. Ce roman écrit en 1978 valu à Patrick Modiano le Prix Goncourt de cette même année et notamment remis pour l’ensemble de son oeuvre. Après sa lecture, j’ai pu remarquer que les avis d’hier et d’aujourd’hui sont toujours très partagés. D’ailleurs, le mien aussi est divisé et je vais vous en expliquer la raison.

En quelques lignes voici l’histoire…

Le roman commence dans une atmosphère maussade puisque deux personnages, M. Hutte et Guy Roland se font leurs adieux après avoir travaillé côte en côte en tant que détectives privés. Dans leurs derniers échanges, j’apprends que Guy Roland décide d’entreprendre des recherches sur son passé. C’est alors que je comprends que 15 ans auparavant, ce personnage de Guy Roland, qui sera le personnage principal du roman, a perdu la mémoire.

Habitué à remonter les pistes en tant que détective privé, Guy Roland va utiliser son expérience professionnelle pour son usage personnel. Les premiers indices vont l’aider à trouver des pistes le menant vers des témoignages de son passé et à relier petit à petit les personnes qui ont été ses amis proches durant une époque précise : l’occupation. Ces indices vont ainsi le faire voyager de part et d’autres de Paris, mais aussi en Suisse, en République Dominicaine, aux Etats-Unis, puis à Rome, rue des boutiques obscures. Pourquoi autant de changement ? Est-ce l’évasion d’un groupe de révolutionnaire ?

Chaque indice que va trouver Guy Roland va le mener d’un lieu à un autre lui offrant ainsi une nouvelle rencontre, telle une chasse aux trésors. Des rencontres vont lui ouvrir de nouvelles pistes. Des photos vont s’accumuler dans la poche de sa veste créant ainsi le fil de son histoire. Toutes les personnages sur ces photos, des amis, de la famille, est-ce lui plus jeune ? Est-ce juste une amie ou sa femme qui pose à ses côtés ? Quel rapport entretenait-il avec chacun d’eux ? Pourquoi autant de changement ? Quelle vie pouvait-il mener ? Pourquoi ou qui fuyait-il ? Le passeport d’un diplomate de la république dominicaine, comment et pourquoi ? Est-ce son véritable nom inscrit dessus alors qu’il use de subterfuges pour fuir inévitablement quelque chose, mais quoi ? Comment a-t-il perdu la mémoire ? Que vient-il faire en France alors qu’il était peut-être de la république dominicaine ? Que faisait-il réellement durant ces années aux USA ? Qui sont toutes ces personnes qu’il a croisé dans son passé : Hélène Coudreuse, Fredy Howard de Luz, Gay Orlow, Dédé Wildmer, Scouffi, Rubirosa, Sonachitzé, Denise… et que sont-ils devenus ?

A chaque avancement de l’enquête, les indices vont permettre à Guy Roland de retrouver la mémoire. les dernières pages du roman répond ainsi aux questions que le protagoniste recherche, mais ne répond pas aux miennes…

Voici ce que dit le résumé de l’éditeur : 

« Qui pousse un certain Guy Roland, employé d’une agence de police privée que dirige un baron balte, à partir à la recherche d’un inconnu, disparu depuis longtemps ? Le besoin de se retrouver lui-même après des années d’amnésie ?
Au cours de sa recherche, il recueille des bribes de la vie de cet homme qui était peut-être lui et à qui, de toute façon, il finit par s’identifier. Comme dans un dernier tour de manège, passent les témoins de la jeunesse de ce Pedro Mc Evoy, les seuls qui pourraient le reconnaître: Hélène Coudreuse, Fredy Howard de Luz, Gay Orlow, Dédé Wildmer, Scouffi, Rubirosa, Sonachitzé, d’autres encore, aux noms et aux passeports compliqués, qui font que ce livre pourrait être l’intrusion des âmes errantes dans le roman policier. »

Mais voilà, Modiano me fait mener l’enquête auprès de Guy Roland, je me retrouve moi aussi à me poser les questions sur cet homme, mais je me pose aussi d’autres questions qui ne seront jamais élucidées dans le roman. Je reste ainsi sur ma fin… frustrée de ne pas savoir, de ne pas comprendre comment ce personnage a perdu la mémoire, qui était-il avant cet évènement qui a troublé sa vie ? Que fuyait-il et pourquoi ? Je me sens totalement perdue dans la lecture de ce roman. A quelle époque sommes-nous quand il termine la quête de son passé ? Modiano me perd dans les dates, presque incohérentes les unes avec les autres… Guy Roland reçoit des lettres d’anciens contacts de M. Hutte pouvant l’aider dans ses recherches, celles-ci étant datées et avec l’accumulation des informations, notre personnage principal aurait perdu la mémoire en 1955 et non en 1943 comme il est indiqué dans le roman. Ce qui nous amène à se demander ce qui s’est passé durant les 12 années !? Est-ce une volonté de l’auteur de nous perdre dans les dates, tel Guy Roland et son amnésie ? Encore une question qui restera sans réponse…

Ensuite, « Rue des boutiques obscures »… quel nom curieux pour un roman dont on ne lit cet ensemble de mots qu’une seule fois, à la dernière ligne du livre et dont le protagoniste se rendra certainement un jour… mais en tout cas, dans le roman de Modiano, nous n’en saurons pas plus ! Nouvelle frustration.

Après la lecture de ce roman, je me demande sérieusement si Modiano a terminé son livre ou avait-il prévu d’écrire le tome 2 ? Suite à la lecture, j’ai tout de même fait des recherches… et je comprends que Modiano a son style effectivement de laisser l’histoire se dérouler dans un sens dans lequel le lecteur ne s’attend pas, et ainsi le perturbe dans sa lecture. Tout est fait de façon à ce que l’auteur nous laisse ainsi, dans cette incompréhension des plus totale. Bref, dans tous les cas, Modiano a créé en moi une grande frustration en laissant autant de questions sans réponse, comme un roman inachevé, je suis déçue.

Mais, sans aucun doute, le roman est très bien écrit, la recherche d’identité est parfaitement bien menée, je me prends au jeu de détective pour suivre la reconstruction de cette mémoire. Cependant, il me reste ce goût amère de ne pas connaître la fin ! Je reste ainsi divisée sur mon avis sur ce livre.

J’ai très envie de vous dire : « allez-y, lisez-le, il est très bien ! mais ne vous attendez pas à avoir les réponses aux questions les plus évidentes de ce roman ».

Après « rue des boutiques obscures » je me suis tout de même laissée tenter par son nouveau roman actuellement sur les têtes de gondoles : « L’herbe des nuits ». Et bien, me revoilà plongée dans un « Modiano » et oui… un même retour dans le passé, toujours une jeune femme mystérieuse, un groupe de compagnons, des appartements, des chambres d’hôtels… la recherche d’un passé dans l’ombre d’un autre passé. Modiano serait-il nostalgique de son propre passé ?  Peut-être devrais-je écrire un prochain article sur cet auteur pour mieux appréhender ses romans !

Enfin, arrivée seulement à la moitié du livre, je laisserais mon avis à nouveau se diviser sur ce roman et vous laisser, comme moi, sur ma fin.


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