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La Vie Privée de Sherlock Holmes (Billy Wilder, 1970)

Par Doorama
La Vie Privée de Sherlock Holmes (Billy Wilder, 1970) 50 ans après sa mort, conformément à ses volontés, les écrits du docteur Watson, biographe du grand Sherlock Holmes, sont enfin dévoilées. On y trouve ce que l'histoire ne dit pas sur Holmes, sur l'homme qui se cache derrière ce mythe, notamment au travers du récit d'une enquête restée dans l'ombre du grand public : l'enquête Gabrielle Valladon, le plus grand "échec" de Holmes, qui conduisit Holmes et Watson jusqu'aux bords du Loch Ness...
C'est avec cette enquête, "la plus scandaleuse" (dixit Watson), que Billy Wilder (Témoin à Charge, Certains l'Aiment Chaud ou La Garçonnière) contribue à la liste déjà longue des adaptations du célèbre détective. Bien loin de se suffire de l'écrasant génie du plus grand cerveau de l'Angleterre Victorienne, Wilder invente une nouvelle aventure de toute pièce (une femme amnésique débarque chez Holmes, des nains, le monstre du Loch Ness...) afin de faire apparaître ce que l'oeuvre de Conan Doyle avait omis de décrire : l'homme derrière le détective, avec ses démons et ses failles...
Billy Wilder avait initialement prévu et tourné La vie Privée de Sherlock Holmes pour atteindre une durée totale de près de quatre heures, soit le double de sa durée actuelle. Avec cette donnée en tête, on comprend mieux la structure du film, et on imagine facilement que la demi-heure, très riche, qui précède le cas Gabrielle Valladon, devait baliser et préparer davantage encore ce qu'allait faire apparaître l'enquête écossaise de Holmes. L'ennui tant redouté de Holmes, ses rapports avec Watson ainsi que son étrange rapport aux femmes auraient certainement profité à La Vie Privée de Sherlock Holmes pour démystifier, plus encore que Billy Wilder ne le fait, le détective et s'attarder sur ses zones d'ombres ! C'est là l'ambition, et le jeu, du film de Wilder : casser le mythe, redonner une profondeur humaine aux attributs pipe-loupe-violon-chapeau du détective quitte à en réduire la perfection et le priver du piédestal sur lequel il trônait, par une consommation à la cocaïne, une misogynie nourrie, et une personnalité plus difficile encore que décrite par Doyle. Le Holmes de Wilder n'est pas un héros amputé de ses qualités, mais un mythe restitué à la réalité, et donc entaché de ses imperfections.
 Si Wilder réussit à livrer un intéressant portrait alternatif du célèbre détective, son film ne bénéficie par pour autant de la vie et de l'énergie que dégage habituellement son cinéma. La Vie Privée de Sherlock Holmes, peut être à cause de sa durée tronquée, laisse le spectateur au début de l'exploration des nouvelles facettes du personnage. Wilder fait apparaître les fissures du vernis, mais se refuse à en expliciter les causes réelles, préférant que le spectateur aboutisse par lui même à ses propres déductions. Intriguant portrait d'un mythe par sa face cachée, nouvel éclairage sur ce grand esprit par une enquête aussi brillamment menée qu'elle sera une tâche noire dans la carrière du détective, La Vie Privée De Sherlock Holmes se révèle au final plus intéressant sur ce qu'il apporte au personnage de Sir Arthur Conan Doyle qu'en tant qu'oeuvre cinématographique. Billy Wilder, dont les plus grands succès sont maintenant derrière lui, construit toujours avec un immense talent son film, mais, comme les fêlures internes qu'il montre de son personnage, comme cette nostalgie qui l'habite et cette absence de vie ou de bonheur qui lui font rater une dimension dans sa construction, La Vie Privée de Sherlock Holmes semble inabouti, partiel, presque inachevé.
Wilder soulève légèrement le voile qui enveloppe le mythe, laisse entrevoir de nouveaux territoires, riches et complexes, passionnants, mais ne trouvant pas le temps de les explorer, se contente simplement de les évoquer. On ne s'attendait pas à ce que cette découverte de la vie privée nous donne la couleur et la forme des slips du détective, mais qu'elle nous décrive au moins avec précisions ces nouvelles clés qu'elle avance. Faute de toucher réellement ces clés, il faut se contenter de les voir, de loin. Wilder entrouvre des portes, suggère de nouvelles facettes au personnage, enrichit la complexité et la personnalité de Holmes, mais emballe le tout dans un film trop lointain de son personnage. Si la réalisation est des plus appréciables, très pure, sobre et précise, nous trouvons, ici à la rédaction, que La Vie Privée de Sherlock Holmes génère plus de frustrations qu'elle ne suscite d'excitations. Même si nous adhérons à comprenons ce que l'on peut entendre ou lire de cette oeuvre de Wilder, nous pensons qu'elle est un poil surestimée...  Sous ses deux heures actuelles, le film est trop court pour aborder comme il se doit l'immense richesse des thème qu'il contient et véhicule.  La Vie Privée de Sherlock Holmes est un excellent film, aussi stimulant que passionnant, mais il laisse la désagréable impression  de "trop peu", comme si le plus intéressant du film n'était pas dedans (juste suggéré, faute de temps ?), mais encore dans la tête de Wilder... ou dans celle du spectateur rompu à l'art de la déduction ! On adore La Vie Privée de Sherlock Holmes, mais c'est le mystère qui caractérise cette révélation partielle. Peut être cachés dans les deux heures qu'il lui manque (et que nous ne verront sans doute jamais, à l'image du Dune de David Lynch), il manque quelques faits à ce Sherlock Holmes pour qu'il tienne toutes ses promesses... Élémentaire mon cher Wilder !
La Vie Privée de Sherlock Holmes (Billy Wilder, 1970)

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