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Interview Chrysta Bell

Publié le 19 décembre 2012 par Bullesonore

Interview Chrysta Bell

Chrysta ou la protégée de David Lynch, une beauté sensuelle voir charnelle, une voix profonde, un ensemble presque surréaliste.
Elle a sorti son premier opus fin 2011, produit par Mr David Lynch himself.
Fan Lynchéen et amateur de blues sexy, Bulle Sonore va vous offrir un petit cadeau de noël avant l’heure, nous l’avons rencontrée pour vous lors de son passage à Paris.
Regardez, lisez, écoutez ! Pour découvrir l’envoûtante bell(e), c’est par ici !


 « This train », ton album est sorti en  2011, il t’a pris dix années à réaliser, pourquoi autant de temps ?!

Il y a beaucoup de raisons à ce long processus de création.
Tout d’abord lorsque j’ai rencontré David Lynch, j’étais sous contrat avec un label de musique, et je n’étais pas capable de faire un album avec quelqu’un d’autre à cette époque là.
La première fois que je l’ai rencontré, c’était incroyable, on a directement écrit une chanson ensemble, c’était «  Ouaw », et même si c’était un morceau génial, on ne pouvait rien en faire tout de suite. La chose importante que je devais faire et que j’ai faite un peu plus tard était de rompre mon contrat avec ma maison de disques, afin d’être libre de faire ce dont j’ai envie. Quelques années plus tard, la même personne qui nous avait présenté l’un à l’autre (un agent) m’appelle et me raconte qu’il a vu David lors d’une soirée et qu’il avait tout de suite demandé si j’étais disponible et partante pour faire de la musique avec lui, j’étais ravie et j’ai répondu «  absolument partante ! ».
Ça a été un long chemin pour obtenir l’album, nous avions tout deux des choses à gérer dans notre vie personnelle, sans oublier le souci de la distance qui nous séparait, lui était à Hollywood et moi la majeure partie du temps au Texas puis je l’ai rejoins dans son studio chez lui à Los Angeles. Je pense que ce n’était tout simplement pas le bon moment mais que l’on avait l’essence et l’envie de notre future création qui était déjà là.

J’étais si jeune et j’avais besoin d’avoir d’autres expériences de vie pour enrichir mes textes, ma musique, m’imprégner de mon vécu. 

Raconte-nous, comment c’est de travailler avec Monsieur David Lynch ?
Oh, il est incroyablement patient pour commencer.
Il sait ce qu’il veut et ne veut pas, il n’y a pas de compromis avec lui. Il voulait que chaque chanson colle parfaitement à l’émotion que l’on voulait faire passer. Il ne voulait jamais s’arrêter à de « l’assez bon ». L’idée de la perfection qu’il avait, m’était totalement étrangère, tout était une question d’émotion, de ressenti. Il fallait que ma voix reflète exactement l’émotion que j’avais eu en écrivant les paroles, les siennes, lorsqu’il composait la musique. J’avais travaillé auparavant en studio d’enregistrement, et j’étais concentrée sur la technique, la prononciation, le ton, la justesse de ma voix. David, lui, ne pensait qu’à l’émotion pure et c’était très nouveau et rafraichissant pour moi !
C’était un réel soutien lorsque je pensais que ça n’allait pas ou que j’angoissais, comme un guide, il était présent mais en retrait, il me laissait m’exprimer tout en observant de loin derrière la vitre fumant sa cigarette d’une main, tenant son café de l’autre, attendant que la magie opère toute seule, vous imaginez le stress ? ! (Rires) Mais heureusement ce fut le cas, les miracles arrivent !


Quelles sont tes influences musicales, tes icônes ?
Ce sont surtout des femmes que j’admire ! (Temps de réflexion).
Par exemple, il y a Annie Lenox avec Eurythmics mais aussi sa carrière solo. Le genre de femme qui peut avoir plusieurs facettes et une créativité très diversifiée tout le long de sa carrière. Celles qui arrivent, comme elle, à faire plusieurs tournées, plusieurs albums, et qui grandissent et mûrissent  au même rythme que leur musique et qui le font superbement bien. C’est un travail de longue haleine, elle résiste au temps sans regarder derrière elle. Elle embrasse le futur et avance de façon positive poussée par des causes qui lui sont chères. Je pense sincèrement que lorsqu’on est artiste, on doit utiliser notre art pour faire de nous une meilleure personne et l’utiliser dans notre vie à bon escient, s’engager pour des causes qui ont un sens pour nous.
Il y a aussi Nina Simone, à laquelle je pense, qui a toujours fait de la musique et des live qui lui ressemble, elle était vraie, entière, ne se laissait pas perturber par ce qui se passait autour d’elle. C’est notre mission absolue de mettre tout notre cœur dans ce que nous faisons, et elle, le faisait si bien.

Finalement, je suis inspirée par le fait de se renouveler tout le temps.

L’ambiance dans vos vidéos (comme dans Polish Poem ou encore Real Love) est souvent planante, étrange voir même psychédélique, est-ce que tu t’es complètement imprégnée de l’univers cinématographique de David Lynch pour leur réalisation ?
Je crois que sa vision de la femme et la manière dont il met en valeur les femmes, leur esthétisme, leur beauté me plaisait.
Il aime capturer l’image du féminin, la sensualité féminine du mieux qu’il peut. Et j’ai voulu également lui offrir ma vision personnelle de ce qui se passe derrière cette image, ce reflet, ce qui se passe derrière le regard de ses femmes qui peuvent paraître étranges, mystérieuses.

Bien sûr que j’ai été inspirée par sa vision cinématographique des femmes, ses personnages, je voulais représenter cela et en même temps moi même. Avec Dutch Rall, mon producteur/manager qui est aussi photographe et compositeur  et qui a réalisé une bonne partie de mes clips vidéos et qui voyez-vous a tous les talents, travaillait beaucoup à mes côtés ! Nous avions la tâche de transposer la touche cinéma de David, en touche Musique de David, avec seulement notre imagination et notre créativité pour créer cette « ode de la beauté ». C’est un peu comme avoir une superbe poupée entre les mains, qui nous aime et qui nous a trouvé, on s’aime et s’hypnotise réciproquement et la nous devions mettre ça en image ! Tourner, jouer, c’est toujours un peu comme une chute libre vous savez, il faut lâcher prise, improviser, chercher des mouvements ou des scènes à faire. Et c’est lorsqu’on était le plus excité face à notre projet, plein d’envies, de pensées et d’énergie que nous avons fait les vidéos, tout simplement.


Avec toute cette collaboration et cette symbiose ne penses-tu pas à jouer justement dans un film de D.Lynch ? Ta ressemblance avec certaines actrices qu’il a dirigé est frappante (notamment Laura Harring dans Muholland Drive). Te l’a-t-il proposé ?
A ce que j’ai pu entendre de sa part, c’est qu’il était à la recherche de LA bonne idée, il ne veut pas faire un film pour faire un film, ou pour contenter un public en attente. Et pour l’instant, je suis heureuse, et totalement épanouie par notre collaboration musicale et ne recherche pas forcément plus. Mais (moment de silence accompagné d’un très grand sourire)… S’il a l’inspiration, sa grande idée, et qu’il en vient à vouloir en faire un film, et qu’il me propose un rôle…j’accepterai en un clin d’œil !

J’ai entendu parler d’un potentiel projet s’appelant «  Black Book Angel », peux-tu nous en dire plus, est-ce un nom de code ? (sic)
(Rires)

C’est effectivement un projet créatif que j’ai avec Dutch. Il est excellent musicien et joue tous les instruments. Tous les deux, nous avons beaucoup d’idées qui fusionnent et qui commencent à voir le jour, c’est la prochaine étape musicale après l’album avec David Lynch, sur laquelle je travaille. Nous mélangeons encore beaucoup de visuels, de références cinématographiques, c’est très excitant et à la fois ça met une pression, car autour de nous les questions commencent à fuser. Notre accord musical, fait ressortir pour moi tout ce que j’ai toujours voulu faire passer comme message par ma musique. Quand on a commencé c’était tout bêtement en voyage, nos destinations multiples nous inspiraient. Un jour, nous étions à San Francisco et nous sommes restés enfermés dans un appartement pendant plusieurs jours, à écrire, composer, puis nous sommes sortis faire des photos dans la rue, s’inspirer des gens, de l’atmosphère. ET maintenant voilà tout ça est en maturation, c’est dans le ventre, ça ne demande qu’à sortir ! (Rires)

C’est un peu comme votre enfant ?! Ce sera un album ?
(Intervention de Dutch juste derrière nous) :  «  C’est un enfant affamé qui crie et tape pour sortir ! »

 (Rires collectif) 

Oui, évidemment un album ! C’est ça, un véritable beau bébé pour bientôt !  

On lui souhaite un bon accouchement, et on a hâte d’entendre ses premières notes …

Interview Chrysta Bell

ITW : Christelle BAL

Crédits photos : Benjamin Leterrier

Remerciements : Virginie et Xavier de l’agence DBTH pour avoir organisé l’interview


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