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Mémoires de la Première Guerre mondiale : en attendant le centenaire...

Par Mbertrand @MIKL_Bertrand

Abstract: The commemorations of the centenary of the World War I approach. One of the main stakes will be to succeed in associating the various forms of national memories.

Je sais bien que l'école est désormais réputée pour ne plus apprendre les grandes dates de l'histoire de France aux enfants mais dans mon souvenir la Première Guerre mondiale était encore associée à "14-18".

Le doute était néanmoins permis depuis quelques semaines tant cet évènement a été placé au centre de l'attention. Cela a d'ailleurs commencé dès novembre 2011 lorsque le magazine L'Histoire a consacré un très beau portrait à Joseph Zimet, le chef d'orchestre de la "symphonie mémorielle" pour le centenaire de la Grande Guerre. Une relative accalmie s'en est suivie, jusqu'aux RDV de l'Histoire de Blois 2012  où plusieurs manifestations ont été consacrées aux commémorations à venir.

Ce week-end, le relais a été passé à la télévision française, et plus précisément à Arte et son émission Le Blogueur, qui a consacré  un très bon documentaire aux mémoires de la Première Guerre mondiale.

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L'émission est encore visible quelques jours sur Arte+7 pour ceux qui ne l'ont pas encore enregistrée.

Cette forte médiatisation peut s'expliquer pas plusieurs éléments :

1. L'intérêt jamais démenti de la société française pour cette guerre. 

2. L'émulation constante de plusieurs collectifs d'historiens dynamiques qui s'emploient à renouveler notre lecture de cet évènement.

3. Le contexte politique actuel qui remet partiellement en cause les projets préparés sous la majorité précédente.

A cette allure, on peut néanmoins se demander si un sentiment de lassitude, voire d'overdose, ne risque pas de submerger l'opinion avant même le lancement officiel des commémorations.

Quoiqu'il en soit, l'émission consacrée aux mémoires de la Première Guerre mondiale mérite d'être vue pour comprendre ce qui se prépare non seulement en France, mais aussi chez nos voisins européens qui n'ont pas nécessairement entretenu une mémoire similaire d'un évènement pourtant commun.

Le premier aspect intéressant de ce travail repose sur une démonstration de la diversité des lieux de mémoire. Alors que Nicolas Offenstadt accueille le présentateur de l'émission devant le monument aux morts de Levallois-Perret qui symbolise la forme la plus répandue du souvenir de la Première Guerre mondiale en France, la caméra nous embarque également au gigantesque Mémorial de la porte de Menin à Ypres (Belgique), dans le  cimetière de Tyne Cot (Belgique) qui est le plus grand cimetière militaire britannnique d'Europe, à l'Historial de Peronne (France), mais aussi devant un monument à Berlin et au musée historique allemand  (car il n'existe visiblement pas de musée véritablement consacré à cet évènement en Allemagne et même le monument présenté est finalement peu valorisé sur les guides touristiques).

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Monument aux morts de la Première Guerre mondiale de Levallois-Perret

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Mémorial de la Porte de Menin à Ypres

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Cimetière de Tyne Cot

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Historial de Peronne

Cette grande diversité des lieux de mémoire est révélatrice de constructions mémorielles résolument nationales.

La France a par exemple entretenu une mémoire essentiellement victimaire du conflit par l'intermédiaire de ces centaines de monuments aux morts qui ont été semés sur le territoire et qui rappelaient sans cesse le sacrifice humain du pays dans le conflit. 

A l'inverse, l'Allemagne n'a pas été en mesure d'enclencher un processus mémoriel similaire. Le témoignage d'un jeune lycéen allemand dans le documentaire est assez révélateur : "En cours, la Première Guerre mondiale ne sert qu'à nous expliquer comment on arrive à la Seconde".

Plusieurs éléments peuvent permettre de comprendre cette situation.

D'abord, le statut de vaincu qui rend toujours plus difficile la construction mémorielle (comment honorer les victimes d'un conflit lorsqu'on en est considéré comme le responsable ?).

Ensute, l'absence de combats sur le territoire national entraîne souvent une mémoire moins visible car celle-ci repose souvent sur des traces matérielles susceptibles d'accueillir et d'entretenir le souvenir. 

Enfin, bien que cet aspect ne soit pas envisagé dans le documentaire, je pense qu'il ne faut pas négliger l'influence du récit national nazi sur la construction mémorielle allemande, y compris après 1945. Pendant des années, les Allemands ont été abreuvés d'une propagande qualifiant le Traité de Versailles de Diktat et exploitant la moindre bavure dans l'occupation de la Rhénanie. La nouvelle défaite de 1945 a certes été un nouveau choc faisant entrer les Allemands dans une ère de culpabilité (visible d'ailleurs dans ce documentaire), mais elle n'a pas nécessairement aboli le lien entretenu et instrumentalisé par Hitler d'une Seconde Guerre mondiale vécue comme une revanche de la Première.

L'exemple des lieux de mémoire belges présentés dans ce documentaire méritent enfin une place particulière en raison de leur caractère international. Que ce soit la porte de Menin à Ypres ou le cimetière de Tyne Cot, ces lieux ont un commun d'honorer la mémoire des soldats britanniques sur le territoire belge. La Grande-Bretagne a en effet fait le choix de ne pas rapatrier les corps de ces hommes morts au combat. Cette décision a finalement eu des conséquences mémorielles importantes car elle nécessite désormais des échanges constants et un respect mutuel entre les deux pays, éloignant ainsi le spectre d'un nouveau conflit.

La réussite des commémorations de la Grande Guerre reposera probablement sur cet aspect essentiel qui consiste à réunir l'ensemble des acteurs liés à cet évènement, tout en respectant et en associant la diversité des manifestations mémorielles.


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