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Classement ciné : 2012 en quelques films

Par Mrwak @payetonwak
Le voici de nouveau, le top de l'année, un classement forcément subjectif et cruel, handicapé en plus pour cette édition par un décalage des calendriers des sorties entre la France et la Nouvelle-Zélande (pays absolument pas calé sur les sorties américaines comme je l'ai cru un moment) : les films arrivent bien plus tard sur les écrans, quand il ne parviennent tout simplement pas de ce côté du globe.
Un top posté depuis la route, un peu dans l'urgence ; on instaure donc un classement à vocation informative :
Classement ciné : 2012 en quelques films1 - Moonrise Kingdom (Wes Anderson)
Un peu facile, mais pourtant tellement évident. Présenté au 65ème Festival de Cannes, le film a ouvert la sélection officielle avec panache et beaucoup de cœur. Et pour cause, le charme désuet de l'entreprise est proprement désarmant. Situé dans les années 60 qui continuent d'inspirer tant le réalisateur, le film est un splendide roman-photo sans cesse renouvelé de petits détails, de trouvailles inventives, d'éléments familiers, comme une jeunesse retrouvée. La musique est à l'avenant, entre la partition de Alexandre Desplat et les ajouts de pièces classiques insérés dans la narration, qui ajoutent parfois à l’incongruité des situations, entre la visite d'un camp scout à la balade sauvage de deux amoureux, Sam et Suzy, à travers la forêt.
Loin d'être étouffé par les acteurs de renom peuplant son film, Wes Anderson les intègre à sa fantaisie mélancolique, renouant avec une audace insouciante où les enfants jouent aux adultes en espérant paradoxalement ne pas leur ressembler. Avec une joie pourtant indiscutable, Moonrise Kingdom plonge dans le romantisme des jeunes années, quand tout était possible. Impossible de ne pas y voir un constat mélancolique de tout ce qui a été et aurait pu être, quand bien même le film se termine de la façon la plus délicieuse et bouleversante qui soit. Au fond, Wes Anderson ne dit qu'une chose: n'attendez plus, soyez heureux maintenant.

Killer Joe, Friedkin, Haden Church, Hirsch- Killer Joe (William Friedkin)Personne n'en doutait mais le choc fut à la mesure de l'attente : le nouveau Friedkin est un film miraculeux, produit avec une indéfectible volonté  de vouloir s'imposer au grand écran, pour explorer le côté perfide d'une humanité qui s'effrite. Le film est déjà diablement efficace quand apparaît finalement après quelques plans détournés le fameux Killer Joe, un professionnel tout de noir vêtu, inquiétant et mystérieux. Un personnage de cinéma fou et puissant, animé d'une logique lui étant propre. Avec ce film, Matthew McConaughey se rachète une conduite, et le reste du casting, tordu, est à l'avenant : Emile Hirsch, popularisé en American sweetheart par des films comme Speed Racer ou Into the wild, en prend sérieusement pour son grade, tout comme Thomas Haden Church, figure paternelle minable. C'est avec une remarquable acuité que le réalisateur croque ses autres personnages de seconde zone, leur absence flagrante de tourments et de remords, le tout combiné dans une ambiance glauquissime, qui fait mouche. Les derniers moments du film sont un électrochoc tel qu'on n'en a pas vécu au cinéma depuis longtemps, le recours à la violence ordinaire de péquenauds ayant toujours autant de puissance. Grand film.
Looper, Johnson, Gordon-Levitt, Willis, Blunt3 - Looper (Rian Johnson)Troisième film pour Rian Johnson, qui parvient (tant mieux pour lui) à s'extraire de la frange indé dans laquelle il opérait pour réaliser un film de haute volée attendu au tournant par beaucoup. La "faute" à ses acteurs, à son sujet de science-fiction, ambitieux dans ses questionnements et sa logique tordue, qui débute par cette élégante pirouette grammaticale : "Time travel has not yet been invented. But thirty years from now, it will have been". À la manière d'Inception (la comparaison s'arrête là), le film ne s'attarde jamais sur la technique à l'oeuvre, et profite du gimmick du voyage temporel pour grimer Joseph Gordon-Levitt en jeune Bruce Willis, mimiques à l'appui (on passe un certain moment à dévisager le jeune Joe, comme un étrange anachronisme). Quant à l'acteur des Die Hard, force tranquille par excellence, il opère un énième retour, sans cesse sur la corde raide entre référence gouailleuse à sa propre carrière et volonté d'accepter son héritage sur le film d'action dans son ensemble, ici avec une humilité bien ajustée.
Looper, Willis, Blunt
Pensé comme un film d'auteur ultra-généreux, limpide et intelligent, Looper convoque la réalisation typiquement racée de Rian Johnson au service d'un jeu de chat et de la souris particulièrement emballant, à mesure que se dévoilent les règles à suivre d'un futur proche. Totalement référentiel (les armes des loopers, joliment rétros, renvoient à un fantasme de contrebandiers des années 30), le film développe en deuxième bobine un personnage ambiguë joué par Emily Blunt, dont on ne sait pas quoi attendre pendant un moment. En parallèle de la quête de Joe, la présentation de la vie isolée qu'elle mène avec son fils est une ouverture inattendue vers un nouveau chapitre ambitieux thématiquement, qui va irrémédiablement se mêler à la trajectoire du tueur.
Gorgé de sublimes plans low-cost et de quelques séquences dont les sujets sont bien ailleurs, Looper fait la part belle à l'artisanat d'un grand fan du genre. Rian Johnson est constamment mu par une volonté de créer une histoire dont il ne laisserait rien au hasard, entre SF et film noir, s'aidant de l'intemporalité du futur découlant d'un présent bien discernable ; totalement conscient du terrain balisé sur lequel il se lance (cf. certains dialogues à perspective de mise en abime), le réalisateur signe une jolie histoire, sur un destin tout tracé, ses possibles parallèles, les incartades sur lesquelles s'interroger et leurs conséquences. On n'avait pas apprécié de se faire ainsi perdre dans les méandres du temps et de leurs paradoxes depuis longtemps…
Classement ciné : 2012 en quelques films4 - Faust (Alexander Sokurov)D'après ce que je lis sur le film, soit on le place en première place toutes catégories confondues, soit on le déteste plus ou moins cordialement (mon binôme lors de la séance a voulu sortir de la salle au bout d'une demie-heure). Je reconnais la difficulté de la démarche, et je comprends aussi ceux qui peuvent rester hermétique à la chose. Au sein du film de Sokurov s'y bousculent des interrogations métaphysiques, des brins de rhétoriques, une logorrhée verbale incessante, des percées sombres et grotesques, un balancement lancinant entre les murs d'un village vert-de-gris. De déambulations labyrinthiques en rencontres diverses et originales, le film devient facilement éprouvant, passé un moment où la perplexité peut poser un frein à la surprise de la découverte. Une expérience de cinéma terriblement exigeante et un film que je ne reverrai sans doute jamais, et surtout pas dans mon salon, l'expérience cinéma semblant irremplaçable à ce stade.
L'avis en entier. 
Classement ciné : 2012 en quelques films5 - Laurence Anyways (Xavier Dolan)
Melvil Poupaud, dans probablement le rôle de sa vie, endosse la lourde responsabilité de faire croire au cheminement tortueux qui pousse son personnage, le jour de ses 35 ans, à devenir une femme. Xavier Dolan a définitivement un maniérisme qui lui sied bien, une façon d'écrire et d'animer ses personnages selon une logique de cinéma lui étant propre, proche d'une certaine véracité des sentiments humains. Le délitement tragique de la relation amoureuse qu'il organise fascine et perturbe, irrémédiablement.
Sans s’appesantir inutilement malgré sa longueur colossale (2h40), le film traverse les séquences, toutes importantes, de construction psychologique, de doutes ou de certitudes : c'est le regard d'une femme qui sourit, d'un homme curieux, d'élèves doucement remués. Dans l'absurde capharnaüm d'appartements québécois, dans les bibelots de toutes sortes, dans la campagne où l'on s'évade (aparté déjà classique chez Dolan), on suit 10 années de vie de couple, parfois en suspension, entre Laurence et sa copine Fred (l'extraordinaire Suzanne Clément, qui jouait dans J'ai tué ma mère).
Perdu dans les méandres de ses tableaux parfois kitsch (au sens positif), Xavier Dolan compile de sublimes séquences rythmant la vie de couple de Laurence et Fred, entre disputes et réconciliations. L'interprétation assez exceptionnelle des deux acteurs est capable de traduire à l'écran les sentiments terribles qui les parcourent. Le film peut sembler classique dans son traitement premier de la décision de mêler les genres, mais le sujet est bien vite transcendé et tourne autour de la difficulté de vivre simplement, comme on l'entendrait.
En compilant méthodiquement les saynètes révélant peu à peu ses personnages esseulés, Xavier Dolan raconte une histoire d'amour incroyable et peint des passages entêtants où Nathalie Baye, notamment, continue de faire vivre le spectre omniprésent d'une mère difficile d'accès, vers laquelle se tourne son enfant écartelé d'émotions.
Au-delà de la simple ode à la différence, une histoire sur l'amour et son inexorable perte.
Classement ciné : 2012 en quelques films6 - Millenium (David Fincher)
"WE WANT INFORMATION". Fincher l'a bien compris, à l'image des divers responsables du Village dans la série britannique Le Prisonnier, qui le matraquaient eux-mêmes à chaque début de générique. Troisième film de serial-killer pour le réalisateur, mais aussi énorme film-dossier reposant sur le premier livre de la trilogie de Stieg Larsson, Millenium condense une partie des obsessions du réalisateur
Conscient du matériel de base à exploiter et de ce qui a déjà été fait, Fincher s'approprie avec une grâce personnelle ce qui lui revenait de droit. Il réinvente au passage le personnage de Lisbeth Salander, plus frêle, comme son homologue du roman, et débauche Daniel Craig - qu'on n'attendait plus - dans le rôle du journaliste économique Mickael Blomkvist. Si le film est en anglais, il se passe toujours en Suède, et c'est dans un pays glacial, parfois déserté, et toujours lugubre que Fincher place ses pions. L'hiver semble éternel, même à l'échelle d'une année, et c'est en grande partie en mettant en scène l'équilibre vacillant des forces en présence dans ce contexte que Fincher trouve la force du film.
En écho à son titre anglais (politiquement correct), le film se resserre sur Rooney Mara avec insistance, et le personnage trouve en Mickael Blomkvist un héraut inattendu, qui peu à peu la plonge dans une enquête vertigineuse où son histoire trouve un écho aux destins tragiques de femmes qu'elle croise. Mais ce qui importe est moins l'enquête que la rencontre des deux personnages et de l'humanisation progressive de Lisbeth, héroïne disloquée et asociale, pendant féminin traumatique d'un Jesse Eisenberg dans The Social Network.
Lorsque l'on assiste, groggy, à l'échange de données tapissant le film, l'information à tout prix semble être l'un des grands soucis thématiques de David Fincher: à mesure que le film se soumet au point de vue d'un protagoniste à l'autre à l'aide d'un montage passionnant, il exige en même temps une attention particulière tant les scènes fourmillent de détails, tempérées par une mise en scène atténuant la lenteur affable de certains passages du livre.
A l'image du livre qui introduisait ses différentes parties par une statistique criminelle sur les violences faites aux femmes, le film devient peu à peu un rapport de la Suède misogyne au travers du portrait de l'apparente respectabilité de la famille Vanger. Les femmes y sont brisées avec un souci méthodique, sous une avalanche de faits, de photos, de rapports de police et de documents en tous genres, dans une nuée telle qu'il est parfois difficile de suivre le cheminement exigeant du film, reposant uniquement sur le montage. Pourtant le film file droit et déploie avec un trésor de minutie des plans d'une beauté effarante, montés de façon parfois vertigineuse. Il arrive aussi à s'éloigner de la pure information pour trouver quelques scènes où pointe une émotion mélancolique qui sied bien au projet.
Classement ciné : 2012 en quelques films7 - Twixt (Francis Ford Coppola)
A priori difficile à appréhender dans la filmographie de Coppola, Twixt est le fruit d'une gestation entamée avec L'Homme sans âge et Tetro, où, libéré des attentes qu'on peut avoir de lui, Coppola se permet d'expérimenter avec toute la liberté qu'il souhaite. Twixt atteint cet absolu: c'est une fantaisie gothique, un film fantastique, le récit d'un drame personnel, une expérimentation de cinéaste. A son apparente laideur se substitue bien vite un fantastique salvateur et malaisé, où les traits du filmage en numérique encadrent les personnages et les fait évoluer au cœur d'une étrange bourgade anachronique.
Sous le couvert d'une enquête susceptible de lui apporter l'inspiration pour un nouveau livre, Hall Baltimore (Val Kilmer) se retrouve face au souvenir de sa fille, tragiquement décédée. C'est dans la confusion des plans de narration qu'apparaissent ces émois passés, où Coppola transmet à l'acteur, double du cinéaste, le poids de la culpabilité. Le cinéaste met ainsi en scène l'accident qui a coûté la vie à son fils en 1987, recréant le trauma poursuivant le personnage de Val Kilmer. La mise en abyme est littérale, quand Hall, guidé dans la montagne de son esprit, regarde en contrebas et contemple le tragique moment recréée sous ses yeux, dans le miroir de l'eau. Renseignements pris, la tragédie ayant frappé Coppola est si minutieusement retranscrite et si parfaitement similaire à celle de Hall Baltimore qu'on ne peut y voir qu'une tentative d'exorciser le souvenir dans l'onirisme. Quand le générique défile avec ces plantes rouges en surimpression, véritables cadres de théâtre, on a la sensation d'avoir assisté à un spectacle intriguant, sorte de veillée mortuaire où s'exorcisent les démons de chacun.
Classement ciné : 2012 en quelques films8 - Les Hauts de Hurlevent (Andrea Arnold)
Troisième film pour Andrea Arnold, remarquée en 2009 avec Fish Tank, qui révélait du même coup Michael Fassbender dans la continuité de Hunger. Cette fois-ci, la réalisatrice adapte le roman de Emily Brontë, reprenant un projet en partie abandonné par les divers participants au projet - signe des temps que malgré l'universalité de son propos, le film avait besoin d'une patte délicate et d'une certaine personnalité pour s'affranchir de la bête adaptation.
Le film dans son entier est une expérience sensorielle incroyable et intense où les jeux de lumières, les gros plans et les cadrages à l'épaule, constants, permettent une immersion houleuse dans le quotidien d'une famille anglaise. Le format 4/3 emprisonne ses personnages dans son terrible drame, impression renforcée par les gros plans sur les visages, les détails multiples sur les sombres détours de la maison en pierre, les tissus des amples vêtements, les cadres pudiques de pure vue à la première personne. Les Hauts de Hurlevent est un cousin lointain du Bright Star de Jane Campion, calquant en partie son hyper-réalisme sur le film de l'australienne, réussissant à restituer la brutalité des éléments entourant son microcosme (vent assourdissant, averse torrentielle, malléabilité de la terre). Quand apparaît Kaya Scodelario, figure victorienne blême, on touche au sublime.
Réalisé en 2010, le film a trouvé le chemin des festivals dans la foulée, avant de se perdre dans les méandres des calendriers et d'échouer lamentablement en décembre 2012 sur les écrans français. A expérimenter de toute urgence. 
Classement ciné : 2012 en quelques films9 - Detention (Joseph Kahn)
Le mauvais goût peut parfois être dérangeant, alors autant être d'attaque quand on choisit de se l'infliger sciemment. Detention est à première vue un merdier absolu, dont les 2 premières minutes peuvent suffire à couper court à toute envie. Un film monté à la manière d'un clip vidéo, criard et dégorgeant de couleurs où s'ajoute un tel surlignage d'informations à l'écran (panneaux, textes, SMS, listes) qu'on frise l'overdose à chaque plan. Derrière le vernis en lambeau, on tombe en plein essai qui navigue entre les genres (teen-movie, slasher, science-fiction) avec une irrévérence et un second degré réjouissants, passée la mise en condition nécessaire pour apprécier la chose.
Le film trébuche à chaque fin de séquence, mais s'en tire à chaque fois in extremis avec une énergie du désespoir (et du découpage) qui surprend et force le respect. Une force qui réside en partie dans son casting, dont les acteurs représentent un échantillon anthropologique de clichés ambulants à mesure que le film se dirige vers un Breakfast Club moderne et tapageur.
La séance épuise littéralement, occupés qu'on est à suivre l'expérimentation délirante, l’œil rivé sur l'écran pour ne manquer aucuns des concepts évoqués, des gags en arrière-plan ou des réactions comiques dignes d'un sitcom à la Community. Le film se rapproche d'ailleurs de la série de Dan Harmon par son commentaire quasi-méta de sa propre situation de film bâtard, ultra-référencé, plein d'énergie et à l'optique clairement suicidaire. Un film absolument pas recommandé pour ceux qui estiment être trop correct pour la chose.
Classement ciné : 2012 en quelques films10 - The Grey/Le Territoire des loups (Joe Carnahan)
Le pétaradant Joe Carnahan a depuis un moment perdu le feu sacré instillé par Narc, mais le revoilà en bonne position cette année pour en remontrer à ses détracteurs : montant un projet lui tenant à coeur, Carnahan s'exile en Alaska tourner un survival poignant où les survivants d'un crash d'avion sont traqués sans relâche par une meute de loups. Eloigné du style tape-à-l'oeil de ses réalisations précédentes, The Grey (titre anglais infiniment plus approprié) se sert de son cadre de pur survival pour parler simplement de la vie et de la mort, avec ses mercenaires envoyés de leur plein gré à l'autre bout du monde, luttant pour leur propre survie au fin fond d'une nature inhospitalière. La mise en scène laisse suggérer les dangers alentours, se concentrant sur les hommes échangeant quelques dialogues, acceptant peu à peu leur sort.
Exilé volontaire hors de la civilisation, le personnage de Liam Neeson prend un dimension humaine étonnante à mesure que se déroule le voyage dans la neige empourprée. Quelques flashbacks mentaux (dont un, brutal, fait office de transition) dévoilés au cours du film permettent de simplement mettre ses actions en perspective. The Grey est un film de genre loin d'être parfait (sa structure simpliste est un problème), mais cherchant son humanité au-delà de ses actions, par ses personnages se remettant peu à peu en question et devant apprendre comment terminer leur cycle.
Carré, fort et poignant, le film offre en plus un rôle parfait à Liam Neeson, comédien qui s'enlise dans ces rôles de action hero ces temps-ci.


Classement ciné : 2012 en quelques films11 - The Avengers (Joss Whedon)
La revanche de l'année, c'est celle de Joss Whedon sur l'industrie toute entière, qui à plusieurs occasions, lui a coupé l'herbe sous les pieds par le passé. Après quelques années de mise en forme, la Marvel parvient à concrétiser l'existence sur grand écran du groupe terminal de super-héros originels, et embauche le réalisateur pour se faire.
Question gestion d'egos, les scènes intermédiaires condensent l'essentiel des problématiques de personnages très riches et hauts en couleurs, correctement exploités malgré un humour omniprésent qui finit par provoquer une certaine distance. En décrochage permanent avec l'atmosphère qu'il essaie d'instaurer, Whedon les laisse souvent se mesurer les uns aux autres et si la dérision est de mise (et est bienvenue), l'ironie pointe aussi parfois le bout de son nez.
La remise à niveau de leur propre (in)humanité en cours de chemin, si elle est schématique, reste pourtant émouvante et symptomatique du genre, permettant au film d'accéder à un second palier où montent significativement la pression et les enjeux du film. 
 Dans son final, le film s'empare de Manhattan et s'en sert comme champ de bataille, renouant instinctivement avec le grand film catastrophe où les menaces seraient maintenant des demi-dieux, des aliens et des milliardaires aux égos démesurés enfermés dans des armures.
Le pétaradant Avengers revient alors à un essentiel de film plus positif, par l'agrégat de ses molécules instables, pleines de couleurs, volontairement anachroniques... Cet élan positiviste propre aux Avengers sonne comme une revanche au trama américain des années 2000, tablant sur un alliance contre-nature pour relever la tête avec humour et frapper fort. Une réalité reprise en écho par Tony Stark, énonçant dans une punchline belliqueuse que s'ils ne peuvent sauver la Terre, ils la vengeront. Étrange diction que de reconnaître que l'affrontement passe aussi par la défaite (la leur), mais perspicace, tandis que Manhattan s'écroule autour d'eux dans un triste écho au passé. Un spectacle certes plus inoffensif que The Dark Knight Rises, mais moins pompeux et plus contrôlé que le gloubiboulga concocté par un Chris Nolan tout puissant.
Classement ciné : 2012 en quelques films12 - Haywire (Steven Soderbergh)
Ce serait suite à la frustration de ne pas avoir pu tâter du James Bond que Steven Soderbergh aurait développé en deux temps, trois mouvements, le pitch et la production de Haywire, substituant le sempiternel agent macho par Gina Carano, une combattante de MMA (littéralement, "arts martiaux mixtes", un sport en cage qui cogne). Ce pari de faire d'une femme lutteuse l'héroïne d'un film d'action est typique de la volonté de Soderbergh d'essayer de bousculer les conventions, et le résultat est des plus impressionnants. 
Au cœur de l'intrigue dont on ne saura que le strict minimum, un casting masculin de haute volée composé en vrac de Ewan McGregor, Michael Fassbender, Mathieu Kassovitz, Channing Tatum, Bill Paxton, Michael Douglas et Antonio Banderas. Ils sont tous présents par pur caprice plutôt que pour leur réelle utilité, chargés de donner le change au seul personnage féminin du film, envoyé à un moment en mission pour faire la potiche : qu'on ne s'y trompe pas, Gina Carano irradie et c'est bien le reste du casting qui lui sert de faire-valoir.

Haywire et son action en flux-tendu sont donc une excellente surprise, qui ne transcende hélas jamais son statut de série B, la faute à un manque d'ambition prégnant, point sur lequel se seraient entendus Soderbergh et le scénariste Lem Dobbs pour raconter simplement leur histoire, très épurée (on n'en dit d'ailleurs rien pour ne pas gâcher le pitch original). La mise en œuvre du film est pourtant un petit bijou de mise en scène, tout entier tourné vers l'actrice qu'on retrouvera bientôt dans d'autres rôles similaires d'action-woman.
Classement ciné : 2012 en quelques films13 - Dark Shadows (Tim Burton)
C'est en pleine nouvelle ère qu'on redécouvre Tim Burton, tiré depuis longtemps de sa tranquille banlieue de Burbank pour embrasser un destin qu'on croit toujours trop grand pour lui, ou tout du moins pas tout à fait adapté, trop occupé qu'on est à vouloir le voir nous combler de ses fantaisies gothiques discrètes.
Dark Shadows compose ici sous le prétexte de l'adaptation cinéma, le retour en terre inconnue d'un marginal détonnant dans une Amérique des années 70, se découvrant une famille héritée du passé. Et Burton, de retrouver lui aussi un certain souffle où un étrange romantisme gothique enserre le film, en particulier dans son ouverture et son épilogue. Parfois cruel avec ses personnages et leurs destins brisés, le réalisateur ne recule plus devant l'image crue, et choisi de l'embaumer d'une tonalité tragique et merveilleuse à la fois, un mélange qui fait parfois joliment mouche.
Dans cette foire, c'est un show constant où les actrices se tirent joyeusement la bourre, face aux hommes, littéralement démissionnaires. Mia Wasikowska portait déjà tout entier Alice au pays des merveilles sur ses frêles épaules, ici c'est une dream team de cinéma qui s'en occupe (Michelle Pfeiffer, Eva Green, Chloë Moretz, Bella Heathcote), qui vampirise et sexualise le film : Tim Burton trouve un salut inespéré en la femme, comme on peut se permettre d'imaginer que sa femme, Helena Bonham Carter elle aussi présente, l'a "sauvé" lui-même.Il faut s'y résoudre et l'accepter, Tim Burton ne fera plus le même genre de fantastique qu'on a connu. Le réalisateur a évolué en parallèle de sa vie personnelle. Devant Dark Shadows, certains crient encore au génie et on aimerait pouvoir s'en laisser convaincre... on se contentera de dire que la cuvée 2012 est étonnamment singulière, à l'image du portrait de famille recomposée qu'elle convoque.
Classement ciné : 2012 en quelques films14 - Projet X (Nima Nourizadeh) + Chronicle (Josh Trank)
Une place qui combine deux films hérités du found footage movie, un genre en plein déclin qualitatif depuis que le monde s'en est emparé pour produire des films à la nullité abyssale (quasiment rien à sauver du côté du film d'horreur depuis REC). Le style repose entièrement sur la participation du spectateur, exposé à une bande-vidéo brute, style film "de vacances" (pas de montage, d'effets sonores, de post-prod en somme) dont il va pénétrer l'univers, en voyeur compulsif qui s'infligerait un tel exercice.
Dans Projet X, un trio de losers tente de changer leur statut social en organisant la soirée du siècle ; c'est Superbad déjà remixé par la génération twitter. Embarqué dans l'invraisemblance la plus totale, le film passe par tous les lieux communs du teenage movie et file vite très vite vers les abus les plus inconsidérés, en cohésion totale avec l'univers précisément défini des ados américains et de leurs excès, vulgaires, gratuits et débiles. Le tout servi par une efficacité de réalisation rendue pourtant difficile à crédibiliser par la véracité de l'image crue de la pseudo-DV projetée en HD… un exploit qui doit à son montage discret, ses personnages archétypaux détournés et leur jeu, dans le ton : un véritable mensonge en soi. Mais la bonne humeur entraîne le tout vers des sommets assez réjouissants vu le cadre régressif.
Un cadre plus inattendu pour Chronicle, petit budget arrivé de nulle part et qui a fait grand bruit à sa sortie pour son mélange de teen-movie et ses attributs fantastiques le rapprochant du film de super-héros. Où l'on rencontre le triptyque traditionnel d'ados, se retrouvant doté de pouvoirs surnaturels après une exposition accidentelle à des minéraux dans une grotte : le film part déjà avec une certaine note référentielle dans l'air, qu'il va contourner méticuleusement. Très premier degré, le film est scénarisé par Max Landis, fils de John, qui a bercé nos années 80 avec Le Loup-garou de Londres et The Blues Brothers : lourde paternité, et bonne surprise à l'arrivée. Car le rejeton est habile et sait que bien incarner ses personnages permettra de faire passer la pilule. Le dispositif de mise en scène part d'un journal vidéo monté par l'un des protagonistes, et évolue au cours du film, à mesure que le même personnage prend de l'ampleur. Le film finit par perdre de vue son approche de found footage, en provoquant l'immersion par une mise en scène habile qui rattrape peu à peu le sujet de son film, avec différentes sources d'images se mêlant dans sa derrière partie. Une belle réussite, ambitieuse et jusqu'au-boutiste, qui traite de l'une des problématiques identitaires du  "super-héros", à savoir, quelle responsabilité endosser.
EDIT: Je viens de voir The Raid, on pourrait lui trouver une place sans problème !
Films pas encore vus : Anna Karenine (sortie fin janvier 2013 ici-bas), Amour, In another country, The day he arrives, Kid with a bike, Magic Mike, The Color Wheel, Les Bêtes du sud savage, The Master, Cogan - Killing them softly, Life of Pi, Your Sister's sister, Margin Call, Safety not guaranteed, The Deep Blue Sea, Take this waltz, The 5-year-engagement, Tinker Taylor Soldier Spy, Searching for Sugar Man, The Loneliest planet, Sound of my voice… bref, un peu trop pour penser être exhaustif.
La lose en 2012 : Premium Rush, Inside, The Darkest Hour, Ted, Sur la route.
A bientôt pour une nouvelle année ciné, qui s'annonce déjà belle avec le prochain Malick...


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