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Série TV : Homeland - Saison 1 (Showtime)

Par Mrwak @payetonwak

Série TV : Homeland - Saison 1 (Showtime)
*Un avis garanti sans spoilers si vous avez vu le pilote.
Série américaine héritée du 11 Septembre et de l'état d'urgence d'une nouvelle Amérique blessée dans son orgueil, Homeland parle du retour au pays d'un soldat laissé pour mort, 8 ans après son enlèvement au cours d'une mission en Irak. Le soldat en question, le sergent Brody, est accueilli en héros par une nation rassurée et pleine d'espoir, mais tous ne sont pas convaincus de l'innocence de la situation. Carrie Mathison, une analyste de la CIA chargée en partie de l'affaire, est persuadée que le sergent pourrait être un agent double versé à la cause de Al-Qaïda ("an american prisoner of war has been turned", c'est tellement plus beau en anglais).
Aux commandes de cet objet, remake d'une série israélienne, on retrouve Howard Gordon et Alex Gansa, deux transfuges de 24 (parmi une longue carrière passées sur beaucoup d'autres séries TV). Deux hommes suffisamment rodées par les années 2000 et leur lot de conspiration pour proposer une alternative au tout venant du récit politique et d'espionnage, pan classique auquel il font référence en permanence ; il est d'ailleurs fortement appréciable que les deux énergumènes ne nous mènent pas en bateau trop longtemps, évacuant les fausses pistes assez vite quand cela s'avère nécessaire. La série n'évite pas l'écueil de certaines facilités (certains épisodes annonçant littéralement en avance ce qu'il va se passer plus tard) mais les scénaristes réservent quelques surprises le long du chemin, des soubresauts contenus relançant la machine qui rappellent que 24 et ses cliffhangers en pilotage automatique sont bien loin derrière. Signe des temps, la série brasse large par le biais de ces personnages : du sentiment exacerbé de paranoïa développé en ce début de XXIème siècle, de la méfiance d'une population envers les communautés qui la compose, et des doutes des instances gouvernementales en action dans leur lutte acharnée contre le terrorisme.

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Carrie Mathison, agent sacrifiée


La série dispose d'un personnage admirable, une héroïne tourmentée, à qui la frêle stature de Claire Danes donne une dimension humaine bienvenue dans cet univers d'habitude si aseptisé. Elle y représente les intérêts de la nation, une analyste de terrain qui vit pour son métier et en porte l'entière responsabilité, comme une profession de foi douloureuse et solitaire. Alors qu'on peut la croire infaillible dans un premier temps, le pilote renverse vite la situation en présentant les failles du personnage et c'est ce côté ambivalent, tout au long de la saison, qui est de loin l'aspect le plus intéressant de la série : à quoi se raccrocher, quand le personnage principal perd pied ? Nous interrogeant directement par les actes qu'elle déclenche, on peut se prendre à émettre un jugement sur le personnage, mais les questionnements moraux qui en découlent ne concernent au final que les spectateurs, directement interpellés. Le rapport qu'elle entretient avec le sergent Brody (Damian Lewis) et les propres interrogations de ce dernier (comment recommencer à vivre ?) sont autant d'intrigues secondaires qui fonctionnent à plein régime, grâce aux deux acteurs.
Un personnage secondaire fait aussi beaucoup pour la réussite de cette première saison : Saul Berenson (l'acteur Mandy Patinkin), mentor de Carrie et figure paternelle d'une patience peu commune, qui veille sur sa protégée malgré les écueils et la tension progressive qui s'emparent de son équipe d'analystes.
Homeland rappelle parfois l'éphémère série Rubicon (du canal AMC - Mad Men, Breaking Bad), qui suivait le morne quotidien d'un groupe d'analyste à New-York, tapis dans l'ombre et chargé de mettre bout à bout des fragments de preuves d'une éventuelle attaque imminente. La série, ambitieuse et très sobre, n'a finalement pas tenue bon mais on peut parfois retrouver dans Homeland des bribes de cette ambiance ténue et renfermée. En comparaison, la série de Showtime reste encore un peu trop glamour, un peu trop propre sur elle, même si la subtilité de certains de ses plans en dit long ; le visage de Claire Danes, où l'on peut lire toutes les émotions qui la traverse, est un paysage en souffrance perpétuelle, où la mélancolie pointe en permanence derrière le sourire ravageur. Et nous, de réaliser comme cette actrice nous avait manqué !
De nouvelle série au pitch tendancieux, Homeland a gagné l'estime de ses pairs et du public très rapidement. Et alors que son accroche initiale laissait présager d'une possible histoire bouclée en une saison et d'ainsi finir en beauté, au faîte de sa gloire, il n'en est bien évidemment rien et la série a été reconduite pour une seconde saison (actuellement en cours de diffusion). La victoire récente de Claire Danes et Damian Lewis dans les catégories de meilleurs acteurs aux derniers Emmy Awards a rassuré tout le monde sur ce point, le network en premier lieu : Homeland est un pur produit américain, paranoïaque et tellement contemporain qu'il ne peut pas échouer (à l'image de son dernier épisode d'une heure et demie, formidable de tension). Les États-Unis continuent sur leur lancée avec la sortie en fin d'année du nouveau film de Kathryn Bigelow, Zero Dark Thirty, racontant les derniers temps de la traque du terroriste Ben Laden. L'existence même du film est d'ailleurs sujette à polémique, car il serait considéré par certains comme un tract en faveur d'une réélection de Barack Obama, rappelant que c'est sous la présidence de ce dernier que s'est achevée la chasse à l'homme la plus méthodique du monde.
Dans ce climat, et avec le contenu qui la compose et sa réinvention perpétuelle, Homeland a encore de beaux jours devant elle.
Homeland - saison 1 - 12 épisodes.

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