Concert mardi 1er avril au Théâtre des Champs-Elysées. Aldo Ciccolini donne un récital de piano. Le programme s'annonce d'emblée impressionnant : la sonate D. 960 en si bémol majeur de Schubert et les Tableaux d'une exposition de Moussorgski.
Je dois avouer avoir assisté à un des mes concerts les plus magistraux depuis de nombreuses années.

Sur les Tableaux d'une exposition, cette approche est encore plus sublimée. On pourra juger cette version très ample, orchestrale et très axée sur la percussion comme peut-être trop agressive parfois. Elle a le mérite de présenter des tableaux très vivants, et, à chaque fois, son jeu nous suggère des images fantasmagoriques.
De ces deux oeuvres d'une complexité effarante, placées en principe sous le signe de la mort, le maître nous dévoile, du haut de ses 83 ans, comme une sorte de rectitude face aux échéances dont il sait qu'elles sont certaines et si proches. La densité de son jeu se déploie avec une belle majesté. Le visage reste impassible (même si un rictus de temps en temps trahit une certaine malice). La posture est ferme et résolue. Comme pour Arrau, on est ébahi par une telle force d'interprétation entièrement guidée par une volonté de construction narrative évidente.
Du grand art.
La salle a offert une "standing ovation" au maître qui a joué, sur trois rappels, Chopin, Debussy et Ravel.
